Assises du Covid : avec le variant Delta, il faut revoir notre stratégie

Vendredi, à la Communauté du Pacifique, se tiendront les premières Assises du Covid. Les acteurs de la société civile présenteront aux autorités une synthèse de leurs travaux de recherche et d’anticipation menés depuis plusieurs semaines sur l’introduction du virus en Nouvelle-Calédonie. Ils appellent à la création d’une grande cellule de crise et à l’adoption d’un plan d’action – adapté au variant Delta – à mettre en œuvre dans les plus brefs délais.

« La question n’est pas de savoir si le virus va arriver, mais plutôt quand.» Cette phrase est répétée à l’envi par les responsables sanitaires et politiques du territoire. Et pour cause. La stratégie Covid- Free, qui nous a protégés jusqu’ici, montre ses limites. Le sas sanitaire est mis en péril chaque semaine : par les différents recours sur les quatorzaines et une sortie prématurée d’isolement. Un cas positif a aussi été détecté en sortie de septaine sur une personne vaccinée.

Désormais, explique Mimsy Daly, présidente du Medef-NC qui porte les Assises du Covid avec différents partenaires, « il y a fort à parier que l’entrée du virus ne concordera pas avec l’ouverture des frontières et qu’il s’imposera à nous » avec des conséquences humaines et économiques dramatiques. L’ouverture des frontières n’est d’ailleurs pas le sujet de ces Assises. Elle serait impossible dans les circonstances actuelles.

Une autre approche

De fait, l’épidémie « remet en cause la stratégie en permanence, explique le Dr Kader Saïdi, spécialiste de la gestion des risques sanitaires. Et ce variant est tellement transmissible, comme la varicelle, avec également des vaccinés qui en sont porteurs, qu’aucun sas sanitaire n’y résisterait ». En clair, explique-t-il, « on ne peut pas le maîtriser par un sas dans la durée ».

L’observation de la contagiosité du variant Delta et sa vitesse de propagation dans d’autres contrées nous prouvent qu’une autre approche est désormais nécéssaire. Les responsables en font aujourd’hui le constat en Australie, en Nouvelle-Zélande. La Nouvelle-Calédonie a la chance d’être encore préservée, mais elle doit impérativement se préparer, au risque de rencontrer le même désastre qu’en Polynésie française qui présente un taux de vaccination similaire et les mêmes comorbidités.

Certes, les décideurs avancent : la campagne de vaccination se poursuit, quoique toujours trop lentement avec un peu plus de 30 % de vaccinés (68 216 personnes). Lundi, le Congrès va se pencher sur l’obligation vaccinale à l’entrée sur le territoire et certains réclament la vaccination obligatoire pour tous. Mais c’est à plan général et concerté qu’appellent les forces vives du territoire.

C’est dans ce contexte que le CHT, le Medef, la CCI, la CPME et la CPS co-organisent les premières Assises du Covid. Elles réuniront, vendredi après-midi à la CPS, sur invitation uniquement, les représentants du monde médical, les partenaires sociaux et économiques, les institutions, les services publics, les coutumiers et les experts. L’idée, explique Kader Saïdi, est de « restituer nos travaux scientifiques et factuels et nos recommandations en matière sanitaire, économique ou encore de droit du travail, qui sont destinés à être rendus publics, et d’obtenir un consensus, qu’elles soient acceptées par le plus grand nombre ».

« Nous espérons obtenir des décideurs la création d’une cellule de crise Covid demandée depuis l’installation du 17e gouvernement et un plan d’action à mettre en branle dès maintenant », ajoute Mimsy Daly.

Envisager tous les scénarios

Le rendez-vous débutera par une présentation des modèles épidémiologiques en fonction des scénarios d’introduction par le Dr Morgan Mangeas, membre du comité d’experts. Les Drs Série et de Greslan, du CHT, feront ensuite une projection des besoins hospitaliers en cas d’épidémie du variant Delta. Le Dr Gourinat, également membre du comité d’experts, parlera des stratégies de diagnostic, sanitaires et logistiques.

Suivra un point sur les conséquences économiques, notamment des deux confinements et les perspectives avec Olivier Fagnot, directeur de l’Institut de la statistique et des études économiques. Stéphane Renaud de l’institut Quid Novi, spécialisé dans les études de marché et les sondages, présentera un état des lieux des différentes stratégies employées par les pays contre le Covid-19 et surtout des enquêtes d’opinion réalisées localement qui promettent d’être particulièrement intéressantes.

Le Dr Joël Kamblock, du collectif médical calédonien Covid-19, parlera ensuite d’un sujet essentiel : la lutte contre la désinformation. La dernière partie concernera le pass sanitaire et les différentes mesures envisagées dans le monde du travail avec les partenaires économiques comme Romain Babey et Mimsy Daly du Medef.

Le Dr Saïdi détaillera enfin un système d’alertes qui pourrait être mis en œuvre en cas d’introduction du variant Delta, selon différents scénarios. Une conférence de presse sera organisée à l’issue de la rencontre.


L’obligation vaccinale à l’entrée examinée au Congrès

Les élus du boulevard Vauban examineront en séance publique lundi, le projet de délibération du gouvernement instaurant une obligation vaccinale contre le Covid-19 pour les personnes entrant sur le territoire. La semaine dernière, l’exécutif avait annoncé vouloir renforcer la sécurité sanitaire à l’entrée face aux nouveaux variants du Covid-19, plus contagieux que la souche initiale et suite aux différentes décisions de justice qui ont permis à des voyageurs de se soustraire aux conditions de quarantaine.

Si le texte est adopté, les personnes devront justifier pour venir sur le territoire d’un schéma de vaccination complète par un sérum autorisé en Calédonie ou au sein de l’Union européenne (Pfizer, Moderna, AstraZeneca, Janssen). Des dérogations à l’obligation vaccinale sont listées : elles ne concernent que les cas d’urgence absolue ne permettant pas de procéder à la vaccination (évacuation sanitaireou sauvetage en mer) et les personnes pour lesquelles la vaccination est impossible, c’est- à-dire celles justifiant d’une contre-indication médicale et les enfants de moins de 12 ans. À leur arrivée en Calédonie, les passagers resteront soumis à la septaine avec un test PCR à la sortie. Les personnes bénéficiant d’une dérogation seront soumises à une quatorzaine et les enfants de moins de 12 ans devront être accompagnés d’au moins un parent.

Le contrôle de l’obligation vaccinale doit revenir aux compagnies aériennes et de transport maritime. Et en cas de non-respect de cette exigence, elles pourront se voir infliger une amende maximale d’un million de francs. Cette loi permettrait également de faire encore évoluer les temps d’isolement : la septaine mise en place en avril concernait plus de 70 % des arrivants en août contre 20 % début mai.


Vaccination obligatoire pour tous : dépôt d’un amendement

Mardi, Calédonie ensemble a déposé un amendement en commission au Congrès qui pose le principe d’une vaccination obligatoire pour tous les majeurs au plus tard au 31 décembre prochain.
Il assortit l’obligation vaccinale du personnel des établissements de santé à une amende en cas non-respect d’un montant de 175 000 francs. Et étend cette obligation au secteur du transport aérien et maritime ainsi qu’aux services portuaires et aéroportuaires. Il propose par ailleurs la création d’une prime à la vaccination susceptible d’être attribuée aux agents des services publics ainsi qu’aux salariés du privé. « L’objectif est d’atteindre le plus rapidement possible le seuil d’immunité collective nécessaire, qui se situe à hauteur de 90-95 % face au variant Delta ».

C.M.

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