Alerte à la leptospirose

De nombreux cas de leptospirose ont été enregistrés depuis le début de l’année. Avec le mauvais temps, les risques de contracter la maladie sont nettement plus élevés. Il est recommandé d’éviter les baignades dans des eaux turbides, en particulier après de fortes pluies.

Si la Nouvelle-Calédonie est indemne de Covid-19 et relativement épargnée par la dengue, en revanche, la leptospirose appelée parfois « maladie du rat » ou « maladie des éboueurs » dans l’hémisphère Nord, gagne du terrain. Il faut remonter en 2008 et 2009 pour retrouver des chiffres similaires à ceux du mois de janvier. Sur le premier mois de l’année, 49 cas ont été enregistrés par les autorités de santé. Les chiffres de février ne sont guère plus enthousiasmant puisqu’au 11 février, 14 cas supplémentaires ont été répertoriés. En un mois et demi, le nombre de cas a presque atteint celui de 2020 (63 cette année contre 69 en 2020). Comme le souligne Roman Thibeaux, chercheur dans l’unité de recherche et d’expertise sur la leptospirose de l’Institut Pasteur, « la leptospirose est fortement corrélée au climat. Le phénomène la Niña que nous connaissons cette année provoque d’importantes précipitations qui entraînent beaucoup de cas de leptospirose ».

Une maladie « négligée »

Pour rappel, la leptospirose est une infection provoquée par des leptospires pathogènes, des bactéries à la forme très particulière de spirale, d’où le nom. Cette maladie est répertoriée dans le monde entier, mais prolifère surtout sous les tropiques et concerne donc principalement des pays en développement et des populations fragiles. Elle est considérée comme une maladie « négligée » parce qu’elle ne suscite pas beaucoup d’attention et peine à capter des moyens pour financer des actions de recherche. La France, au travers de l’Institut Pasteur, lui consacre toutefois un budget important. Les rongeurs sont l’un des principaux vecteurs de la maladie, du moins l’un des mieux étudiés historiquement. Ils présentent la particularité d’être porteurs asymptomatiques. Ce n’est pas le cas des autres mammifères qui développent la maladie, au même titre que l’homme. Roman Thibeaux suggère que le rôle des cerfs et des cochons sauvages dans la transmission de la maladie pourrait ainsi être sous-estimée.

Une transmission par l’environnement

La contamination ne se fait pas forcément par contact direct avec l’animal, mais plutôt au travers de l’environnement. Très concrètement, les bactéries profitent d’une plaie, même très petite comme un bouton gratté, pour s’introduire dans l’organisme, souvent par les pieds. Mais la contamination peut également se faire par les muqueuses, en particulier lorsqu’une personne se baigne, via les yeux ou la bouche. Il est donc fortement conseillé de porter des chaussures afin d’éviter de marcher dans de l’eau ou de la boue qui pourraient être contaminées, mais aussi et surtout de ne pas se baigner dans des creeks pendant ni après des épisodes pluvieux importants, tout spécialement lorsque l’eau est trouble. Il faut également éviter de laisser traîner ce qui pourrait attirer les rongeurs à proximité des habitations. Une fois infecté, la période d’incubation est comprise entre deux jours et trois semaines avant les premiers symptômes tels que fièvre, douleurs musculaires, maux de tête parfois suivis d’un ictère (jaunisse provenant d’une atteinte du foie).

Consulter au plus vite

Les personnes à risque et qui présentent ces symptômes doivent consulter un médecin le plus rapidement possible. Entre 5 et 10 % des cas prennent une forme plus dangereuse, potentiellement mortelle. Et chaque année, la maladie tue. On enregistre au moins un mort avec un triste record, en 1999, de 18 décès. L’idéal est de pouvoir consulter dans les trois jours après l’apparition des premiers symptômes, au- delà, le pronostic du patient peut s’aggraver. La maladie se traite parfaitement avec des antibiotiques, d’où l’intérêt de consulter le plus rapidement possible. À noter que toutes les zones géographiques du territoire ne sont pas soumises au même risque. Les populations de la côte nord-est sont plus exposées que les autres. L’incidence est sept fois plus importante en province Nord qu’en province Sud et elle est 75 fois plus importante en province Nord qu’en province des Îles où il n’y a quasiment pas de leptospirose. Si les risques sont essentiellement concentrés en province Nord, de Kouaoua à Ouégoa, il existe quelques foyers en province Sud, en particulier à Bourail et La Foa.

©IRD 


Des travaux de recherche en cours

La recherche sur la leptospirose a démarré il y a près de 100 ans avec l’isolement de la bactérie pathogène, en 1914, par deux chercheurs japonais. Il existe près de 60 espèces de ces bactéries que l’on subdivise en 24 sérogroupes et un seul vaccin, développé pour les égoutiers de Paris, mais qui protège contre un seul sérogroupe. L’Institut Pasteur de Nouvelle- Calédonie, en partenariat avec l’IRD et avec le financement de l’Agence nationale de la recherche, travaille sur la persistance de ces bactéries pathogènes dans les sols. Cette hypothèse expliquerait les importantes concentrations de bactéries avec les crues au travers du lessivage des sols. L’action des cerfs et des cochons sauvages sur la végétation favorisant l’érosion renforcerait le lessivage et donc la remise en suspension des bactéries. À noter également le peu de protection des captages en Calédonie, malgré l’instauration des périmètres de protection des eaux, qui sont donc livrés aux feux et aux dégradations des animaux sauvages. Selon les chiffres officiels (Forum H20), l’eau de près de 31 % du territoire distribuée aux populations n’est pas du tout traitée.

M.D.

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