Aircalin, à son rythme de croisière

Cela fait un peu plus d’un an que la liaison Nouméa-Melbourne a été ouverte. L’occasion de dresser le bilan avec le directeur d’Aircalin et de voir plus généralement comment se porte la compagnie aérienne. Un moment important à quelques jours de l’audition du responsable d’Aircalin par le Congrès pour définir la future stratégie de la compagnie.

115 000 ! Nous n’y sommes pas encore, mais à six semaines de la fin de l’année, on peut y croire. Après des années en demi-teinte, voire en perte de vitesse, le tourisme reprend des couleurs. Signe que les choses ont bougé, le nombre de visiteurs a, pour la première fois, largement dépassé la barre symbolique des 100 000, en dessous de laquelle la Calédonie devait se cantonner jusqu’à présent. Les acteurs préfèrent toutefois rester prudents tant l’industrie touristique est fragile, en particulier ici.
Si chacun des acteurs a sa part de responsabilité, l’aérien est le premier maillon de la chaîne. Le constat était le suivant : un déficit structurel et une industrie du tourisme en panne, d’où le business-plan 2013-2018 de la compagnie pour tenter de faire bouger les choses. « À court terme, notre schéma vise la rationalisation et des économies sur nos lignes, détaille Didier Tappero, le directeur général d’Aircalin. Nous avons supprimé la ligne vers Séoul et modifié nos rotations vers le Japon. » La révision du business-plan a permis d’augmenter les rotations vers le Japon et le recours à un A320, un appareil plus petit, d’ouvrir une ligne vers Melbourne et d’augmenter les fréquences régionales reliant la Nouvelle-Calédonie à l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Plus grande implantation régionale

Le président Philippe Germain vient d’ailleurs d’être habilité par le Congrès à négocier un accord bilatéral avec la Nouvelle-Zélande, suite à sa demande d’une troisième fréquence en 2014. Ces négociations, qui se sont déroulées mardi et mercredi avec les représentants néo- zélandais, ont permis de se mettre d’accord sur une quatrième fréquence en haute saison qui pourrait se pérenniser dans la perspective de la fin des liaisons directes avec Papeete.

Le président a par ailleurs pour mission de contenir les velléités de la compagnie aérienne du pays du long nuage blanc de revoir les droits de cinquième liberté (lire par ailleurs) ainsi que d’éviter au maximum des accords commerciaux permettant à Air New Zealand de capter une part trop importante des passagers reliant la métropole à la Nouvelle-Calédonie, trafic dit de cabotage. On peut s’interroger sur cette mission. Si elle vise à protéger les intérêts de la compagnie, n’est-elle pas un frein au développement de partenariats plus étroits et notamment de code share qu’Aircalin a bien du mal à faire accepter aux grandes compagnies telles que la Japan Airline?

Ces augmentations de fréquence, au même titre que l’ouverture de la ligne Nouméa- Melbourne, sont un des points clefs de la stratégie d’Aircalin. « Le marché calédonien est mature, analyse Didier Tappero. Il est nécessaire pour la compagnie de se développer et cette croissance, on ne peut que la chercher ailleurs », en particulier chez nos voisins.
Pour le transporteur, l’idée est de multiplier les fréquences régionales avec des petits avions (ce qui permet par ailleurs de réaffecter les A330, plus grands, uniquement vers le Japon) afin de créer un appel d’air, seul moyen pour faire du volume et d’agir à la baisse sur les prix. Mais en ouvrant la ligne vers Melbourne, la compagnie avait parfaitement conscience qu’elle serait déficitaire pendant un moment. D’où l’intervention de l’Adanc, Agence pour la desserte aérienne de la Nouvelle-Calédonie, actionnaire d’Aircalin à 99 % pour le compte du gouvernement. Chaque année, elle subventionne la compagnie à hauteur de 350 millions de francs pendant six ans afin de prendre en charge les frais de leasing de l’A320 venu en renfort de la flotte.

Renouvellement de la flotte et nouvelle stratégie

Après un peu plus d’un an d’exploitation de cette nouvelle liaison – la ligne a été ouverte le 6 juin 2014 – la question est de savoir si Aircalin et son conseil d’administration ont fait le bon choix. C’est ce qu’estime Didier Tappero au regard des résultats 2014 et 2015. Selon le directeur général, l’exercice 2014 s’est achevé sur un quasi-équilibre et celui de 2015 devrait être, quant à lui, à l’équilibre. Si ces améliorations sont la traduction de l’augmentation du nombre de passagers, elles

sont aussi le reflet du travailde rationalisation des dépenses en interne de la compagnie.
Ce retour à l’équilibre doit être vu d’une manière plus large à un moment clef pour la compagnie. Elle vient tout juste de demander à être reçue par le Congrès afin de renouveler sa flotte. Didier Tappero doit également être reçu avant la fin de l’année boulevard Vauban afin de présenter les différentes pistes pour la future stratégie de la compagnie aérienne de la Nouvelle-Calédonie. Une stratégie qui sera décidée par les élus du Congrès et devrait confirmer le renforcement des liaisons régionales. D’autres réflexions plus iconoclastes pourraient également être menées, notamment sur la nécessité de maintenir deux compagnies distinctes pour le local et l’international. On peut espérer que les politiques en profitent pour imprimer leur stratégie à la compagnie et non l’inverse, dans le respect des missions d’Aircalin et dans l’intérêt des Calédoniens.

* L’Adanc est financée par la TAF, taxe sur le fret aérien, qui devrait être supprimée avec l’instauration en 2016 de la TGC, taxe générale à la consommation.

M.D.

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Les droits de cinquième liberté

S’il est faux de dire que le ciel calédonien est fermé, il n’est pas non plus complètement ouvert. Les possibilités offertes aux compagnies aériennes de se poser et d’embarquer des passagers sont définies par les droits de liberté. Les troisièmes et quatrièmes droits sont ceux qui permettent respectivement de débarquer sur le territoire d’un autre État des passagers ou marchandises embarquées sur le territoire de la compagnie et d’embarquer sur le territoire d’un autre État des passagers ou marchandises embarqués sur le territoire de la compagnie. Le droit de cinquième liberté est celui d’embarquer des passagers ou marchandises d’un autre État et de les débarquer dans un autre État que celui de la compagnie. Un droit qui reviendrait à mettre en concurrence directe Aircalin avec des géants australiens, par exemple, et donc à la liquider. Ce droit est généralement appliqué dans des grands pays.

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Les observations du CESE sur le tourisme

Dans son dernier rapport sur le tourisme, le Conseil économique, social et environnemental de Nouvelle- Calédonie a fait quelques observations sur la question de l’aérien. Le CESE a notamment observé que le territoire n’est pas un « hub », c’est-à-dire qu’il ne constitue pas un point d’étape pour les passagers voyageant dans la région, ce qui limite les rotations. Il a également mis en avant le coût important de touchée à la Tontouta qui contribue au déficit des compagnies aériennes. Autre problème, la déconnexion des vols intérieurs avec les vols internationaux qui sont par ailleurs relativement peu fiables (annulations, grèves,…).

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L’année de la promo

L’année 2015 a été marquée par de nombreuses promotions. Le signe que la compagnie se porte mieux financièrement. Pour les voyageurs, cette embellie s’est traduite par de nombreuses périodes de promotions offrant des tarifs de 54 900 francs pour se rendre à Melbourne, 49 900 francs sur Sydney et 54 900 francs sur Brisbane. La compagnie espère pouvoir en proposer autant sinon plus en 2016.

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La classe W

Au registre des engagements dans le cadre des contrats de destination qui regroupent l’ensemble des acteurs du tourisme, Aircalin s’est engagé à proposer une classe W à l’année. Le dispositif consiste à garantir un volume de sièges à des prix affichant des réductions comprises entre 20 et 33 %. Ces places proposées aux tour-opérateurs, à ceux qui proposent des packages et aux opérateurs d’e-commerce, ont une capacité protégée toute l’année, y compris pendant les vacances scolaires, ce qui n’était pas le cas précédemment et garantissent aux touristes de trouver plus facilement de la place. Il existe par ailleurs un différentiel de prix selon que l’on achète ses places en Calédonie ou à l’étranger pour les mêmes classes (en dehors de la classe W non accessible aux Calédoniens). Une différence qui ne dépasse pas 11 000 francs selon la compagnie. Un Calédonien qui se rend à Melbourne paiera par exemple 74 158 francs (tarif de base) en classe économie. Un Australien qui souhaiterait se rendre en Calédonie à la même période serait facturé 63 449 francs. Si l’idée n’est pas tellement d’empêcher les Calédoniens de sortir du territoire, elle est davantage de favoriser la venue des touristes.

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