Aircal, la crise de trop ?

Photo Delphine Mayeur / AFP

Le conseil d’administration de la compagnie aérienne, paralysée depuis un mois par le blocage des aérodromes des îles, a décidé, le 27 mars, d’entamer une procédure collective auprès du tribunal de commerce. Elle se soldera par un redressement ou une liquidation judiciaire.

Au terme de près d’un mois d’arrêt de la desserte aérienne domestique, en raison du blocage des aérodromes des îles Loyauté et de l’île des Pins par des usagers opposés au transfert des activités d’Aircal à l’aéroport de La Tontouta, « la situation financière de la compagnie n’est plus tenable », a-t-elle expliqué, après un conseil d’administration, vendredi 27 mars, à Nouméa. Le placement en procédure de sauvegarde, décidé à l’unanimité des membres, doit permettre de geler les dettes d’Air Calédonie et d’élaborer un plan de redressement judiciaire sous 45 jours après le début de la procédure.

La direction et les équipes sont mobilisées pour « sauver une entreprise vitale pour le territoire et élaborer un plan de redressement viable », fait savoir Aircal. « Un engagement et des efforts supplémentaires seront nécessaires », annonce-t-elle déjà, avec notamment la poursuite du chômage partiel qui concernait, à la mi-mars, la moitié des salariés. Une situation « très difficile » pour « près de 200 familles ».

Dix millions de francs par jour de blocage 

Au 25 mars, la compagnie ne disposait que de 196 millions de francs de trésorerie, soit moins d’un mois de fonctionnement. Avec cette somme, les salaires du mois d’avril ne sont pas assurés. Plusieurs années de crise et d’obstruction auront réussi à mettre la compagnie à genoux.

Avant la pandémie de Covid-19, Air Calédonie transportait 470 000 passagers par an. Il en fallait 500 000 pour équilibrer les comptes, avec en permanence, environ un milliard de francs de trésorerie (deux mois et demi de fonctionnement), somme jugée insuffisante à l’époque.

Entre 2020 et 2024, elle a dû faire face à la pandémie associée à une explosion du coût du pétrole et des matières premières, des mouvements sociaux, les émeutes et la crise associée. Dans ce contexte, 155 licenciements et départs volontaires ont été opérés (50 % des effectifs) pour une réduction de la masse salariale d’1,2 milliard par an, avec également la baisse du temps de travail, une réorganisation interne, la diminution du programme de vols.

Quatre milliards de francs d’aides cumulées ont été versés par l’Adanc, Agence pour la desserte aérienne, principal actionnaire. La société a instauré une nouvelle desserte vers le Vanuatu, loué puis vendu un avion. Ces efforts, consentis par les salariés, les syndicats, l’Agence pour la desserte aérienne, ont permis de faire tomber le seuil d’équilibre de la compagnie à 300 000 passagers, jugé atteignable avec trois avions.

Malgré toutes ces difficultés, les collectifs d’usagers se sont opposés à toute augmentation de tarifs. Ils refusent désormais le déménagement vers l’aéroport international de La Tontouta. Décidé de longue date, cette mesure doit permettre une suspension d’investissement d’environ un milliard de francs sur les infrastructures, une économie de 500 millions de francs de charges par an sur l’exploitation de l’aérodrome et de capter une clientèle internationale plus large.

Selon nos informations, la perte, pour chaque jour de blocage sur les quatre aérodromes (Lifou, Ouvéa, Maré, île des Pins), est évaluée à dix millions de francs. Les recettes ne rentrent plus alors que les dépenses conti-nuent d’être débitées, à savoir les salaires, les charges sociales, le loyer, les assurances, le carburant, etc.

Deux options 

Aircal a déposé le bilan. Si le tribunal pense que son plan de redressement est soutenable, il sera mis en œuvre durant une période d’observation. La viabilité dépendra évidemment de la réouverture des aérodromes : la compagnie doit générer des recettes propres, c’est-à-dire pouvoir voler et atterrir partout.

Elle dépend également des sommes versées par les actionnaires. La solution viendrait de l’Adanc, qui peut attribuer 500 millions de francs sous forme d’avance en compte courant à Aircal. Mais doit-elle le faire avec le risque que l’activité ne reprenne pas ? La question se pose. Le Congrès demande que le dossier revienne en débat. Ce scénario du redressement judiciaire prévoit le gel des dettes des fournisseurs, des créances bancaires, mais les dépenses courantes resteront à payer.

Si le tribunal juge que le plan de redressement n’est pas viable, il pourra déclarer la liquidation judiciaire d’Air Calédonie. Dans ce cas de figure, selon nos informations, Aircal aurait, en valeur, suffisamment d’actifs pour couvrir ses dettes. Mais cela impliquerait d’abord la perte de tous les emplois actuels (environ 220) et la fin d’un service essentiel aux populations des îles, cantonnées actuellement à des « corridors sanitaires ».

C.M. avec Yann Mainguet

L’Île des Pins a levé le blocage 

Le collectif Kwenyii a informé, vendredi 27 mars, de la levée du blocage de l’aérodrome de Moué, engagé depuis le 2 mars. Il explique que les échanges avec le gouvernement, la province Sud « ont permis d’apporter des réponses à une grande partie des revendications portées par le collectif », comme la mise en place d’une solution de desserte aérienne au départ de Magenta, le renforcement des rotations maritimes et l’amélioration de cette desserte vers l’île des Pins. Le collectif insiste sur le fait que les évacuation sanitaires d’urgence « ont toujours été autorisées et facilitées pendant toute la durée du blocage. Aucune situation d’urgence médicale n’a été empêchée par le collectif ».