Aides, chômage partiel, vaccination : les craintes des entreprises

Comme lors des précédents confinements, les représentants du milieu économique ont été reçus par le gouvernement mardi après-midi. Ces derniers ont fait part de leurs inquiétudes et de leurs interrogations quant aux aides prévues pour les entreprises et leur mise en application, alors que de nouveaux risques pèsent sur l’économie calédonienne.

Cela n’aura pas été faute d’avoir prévenu. Mimsy Daly insiste. La présidente du Medef regrette de ne pas avoir été davantage entendue. « Malgré les demandes et les alertes, la Nouvelle-Calédonie n’est pas prête à faire face au virus, donc cela semblait être la seule décision à prendre. » Il y a un mois, pourtant, Mimsy Daly déclarait que l’économie calédonienne ne survivrait pas à un troisième confinement. C’était un autre temps. Depuis, le variant Delta est arrivé sur le territoire, changeant la donne. « On est pragmatique, on a un plan d’action prêt pour permettre la relance de l’activité. » D’abord, affirme-t-elle, il faut clarifier l’obligation vaccinale des salariés pour qu’elle concerne de la même façon ceux des secteurs dits prioritaires et les autres. Autre point soulevé par Mimsy Daly, la question du contrôle. « On veut que les chefs d’entreprise puissent contrôler les salariés via un pass sanitaire, car ils sont pénalement responsables de la santé de leurs employés. Vu la situation, on demande que cette responsabilité soit temporairement levée. »

Quid des cas contact ?

C’est une des nouveautés de ce troisième confinement. Alors que le variant est présent sur l’ensemble de la Grande Terre et des Îles, certaines entreprises doivent gérer des salariés cas contact. « On en a de plus en plus. On appelle des gérants pour leur dire qu’un salarié est confiné chez lui. Mais, qui paye, est-il considéré en maladie, comment on va rémunérer les salariés qui ne peuvent pas travailler ?, interroge Mimsy Daly. On n’a pas encore de réponses à ces questions. » Et en cas d’introduction du Covid dans une entreprise – deux cas ont été dépistés à la SLN, par exemple – quel protocole s’applique ? « Est-ce que la société ferme ? », s’enquiert Yann Lucien, président de la CPME.

Un confinement moins strict ?

Des préoccupations partagées par Baptiste Faure, secrétaire général de la CPME. « On ne comprend pas trop le confinement strict, qui signifie que des pans entiers de secteurs d’activité ne peuvent pas travailler alors que les entreprises avaient montré qu’elles pouvaient continuer. » Yann Lucien demande de leur faire confiance. « Des protocoles ont été testés et validés, si les règles fonctionnent, pourquoi fermer l’ensemble des magasins ? On va encore creuser le trou de la Cafat et des comptes sociaux… »

Quels dispositifs d’aides ?

Comment vont s’en sortir les entreprises cette fois ? « Elles sont moins en forme qu’en mars. Il y a des problèmes d’approvisionnement, donc certaines ont sur stocké et ont moins de liquidités », développe Yann Lucien. Sans compter le PGE, prêt garanti par l’État, qu’elles doivent rembourser, et une certaine perte de confiance due au paiement inachevé des aides de l’État à la suite du deuxième confinement. Qu’en est-il aujourd’hui de la position de l’État ? Les représentants patronaux regrettent l’absence de visibilité sur le chômage partiel et mettent en cause les capacités des institutions, gouvernement et provinces, à débloquer de l’argent au vu de leurs finances respectives. « Est-ce que les dispositifs d’aides vont être à la hauteur ? On nous a dit que le chômage partiel serait prolongé, mais avec quels fonds ? », enchaîne Yann Lucien. Baptiste Faure réclame « des garanties sur la mise en œuvre de ces aides ». Mardi, la mise en place de réunions deux fois par semaine avec le gouvernement, le mardi et le jeudi, afin de faire le point sur l’évolution de la situation a été actée. Il a également été demandé la réactivation de la cellule de crise anti-Covid. Au point presse mercredi, Isabelle Champmoreau annonçait que des mesures concernant le milieu économique seraient prises dans les jours à venir. De son côté, la province Sud affirmait la mise en place d’un nouveau plan d’urgence de soutien aux entreprises d’ici peu.

 


Des structures déjà très affectées par deux confinements

Selon une étude du Cerom, composé de l’Isee, de l’IEOM et de l’AFD, sur l’impact de la crise sanitaire, le premier confinement a induit des pertes de 30 milliards de francs environ et le deuxième de 20 milliards. Un impact « moindre, note le Cerom, le choc de confiance et la préparation des agents économiques étant bien différents ». Mais, au-delà des chiffres, souligne l’étude, «les risques induits par cette crise, qui s’est installée dans la durée, deviennent plus prégnants, que ce soit pour les entreprises ou les finances publiques. Leur matérialisation dépendra largement du calendrier de sortie du confinement et du retour à la normale, mais aussi de la bonne adaptation des mesures publiques de soutien afin de rétablir la confiance et accompagner les arbitrages des agents économiques en faveur de la croissance ». Les principales sources d’inquiétude des entreprises liées à la crise en 2021 concernent la difficulté de leurs clients et de leur trésorerie, mais aussi la prolongation des restrictions sanitaires et les difficultés d’approvisionnement.

Les commerces autorisés à rester ouverts

Les magasins qui peuvent continuer leur activité sont : les supermarchés, les boucheries, les poissonneries, les primeurs, les boulangeries et pâtisseries, les pharmacies et vente de produits médicaux et orthopédiques, les banques, les assurances, les activités financières, postales et télécommunications, les stations service, les centres d’entretien et de réparation de véhicules, les commerces d’équipement en informatique et télécommunications, les quincailleries et drogueries, les papeteries, les locations de voiture, les blanchisseries, les services funéraires, les magasins d’optique et d’audioprothèses et ceux de vente d’aliments et fournitures agricoles et pour les animaux de compagnie.

 


Trois questions à… David Guyenne, président de la Chambre de commerce et d’industrie

« Certaines sociétés sont très fragilisées »

DNC : Qu’est-ce que la CCI met en place afin de venir en aide aux entreprises ?
David Guyenne : On est habitué maintenant, donc on remet en place notre organisation, dont notre numéro vert (05 03 03), et on vient de relancer la cellule des acteurs économiques qui comprend 80 organisations syndicales, patronales, associations, ordres, etc. Cette cellule se réunit tous les matins pour étudier des questions très pratiques qui se posent sur le terrain. Charge ensuite à nous de les faire remonter aux institutions concernées, État, gouvernement, etc. On met également en place un réseau de conseillers qui sont à disposition des entreprises pour les aider et les informer. On fera en sorte d’accompagner toutes les entreprises au mieux avec notre système de mentoring, de prévention, on a également un partenariat pour accompagner des procédures de sauvegarde ou soutenir des sociétés dans leur transformation pour s’adapter.

Est-ce que de nouvelles questions se posent par rapport aux précédents confinements ?
Oui, la nouveauté, avec la circulation du virus, ce sont les chefs d’entreprise qui se demandent ce qu’ils doivent faire s’il y a un cas contact dans leur établissement, est-ce qu’ils doivent fermer la structure ? Cette situation des cas contacts est une première. Et puis, il y a beaucoup de questions concernant la vaccination. Il faut encourager les salariés à le faire, aucune sanction n’étant prévue pour ceux des secteurs non prioritaires. Il faut apprendre à vivre avec le Covid, on n’est plus dans une phase Covid-free, c’est trop difficile à garder. Mais on a des armes, comme la vaccination.

Comment les entreprises appréhendent-elles cette période, dans quel état d’esprit sont-elles ?
On avait dit qu’un troisième confinement serait catastrophique. Certaines sociétés sont très fragilisées par les dettes sociales et fiscales, elles vont souffrir. Les deux premiers confinements ont changé leur structure financière, notamment avec les PGE, prêts garantis par l’État, elles se sont endettées et doivent rembourser. L’autre question est de savoir si la Nouvelle-Calédonie et les provinces sont en capacité d’octroyer des aides et dans quelles mesures. J’ai peur que leur capacité ne soit pas très élevée. Les aides avaient baissé entre le premier et le deuxième confinement et je pense que le troisième va être plus dur avec des secteurs durablement touchés. Je pense que cette situation nécessite la mise en place de dispositifs particuliers. On peut imaginer refinancer l’endettement des entreprises sur plusieurs années par exemple, afin de l’étaler et de leur donner du temps pour rembourser.

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