Aider les jeunes en contrat précaire à se loger

La province Sud a inauguré un programme expérimental permettant à six jeunes de moins de trente ans, en CDD ou en apprentissage, de louer pour la première fois un appartement. Ce dispositif, qui s’inscrit dans l’opération « Passeport premier logement », concerne six F1 ou F2 meublés à Dumbéa. Il sera testé sur deux ans afin de mesurer son efficacité et son coût pour la collectivité. Par ailleurs, il met en lumière les nombreuses difficultés liées à l’accession au logement.

Les six locataires affichaient un large sourire, le 23 juin, dans une rue du quartier mitoyen des Collines d’Auteuil, à Dumbéa. La SEM Agglo, la province Sud et des représentants de la commune s’étaient retrouvés pour leur remettre les clefs de leur premier appartement dans le cadre du « Passeport premier logement ». Un dispositif qui n’est pas tout à fait nouveau, mais agrège différents programmes et partenaires pour répondre à la problématique de l’insertion des jeunes et l’accession à un logement individuel. L’idée est de permettre aux moins de 30 ans, seuls, en couple ou seul avec un enfant à charge et avec un contrat précaire type CDD ou en apprentissage d’au moins six mois, de pouvoir se loger. Le loyer ne représente que 30 % de leur salaire. Ce dispositif est issu d’un partenariat entre la SEM Agglo et la province Sud qui cherchait à accompagner les jeunes sur la question du logement. Il y a près de six mois, lorsque la province a sollicité le bailleur, ce dernier était en train de terminer la réhabilitation de six appartements de type F1-F2 qu’elle avait rachetés à un marchand de sommeil qui les louait sans scrupule dans des conditions désastreuses.

Afin de permettre l’entrée de ces jeunes qui ne répondent pas aux critères « classiques » du logement social, la province garantit à la SEM deux mois de loyers en cas d’impayés. Aucune caution pour ces meublés n’est exigée par la Direction du logement de la province en lien avec les associations caritatives. Un accompagnement par un travailleur social vise également à les aider à essuyer les premiers plâtres de la location en toute autonomie. Le bail est en réalité un contrat d’occupation temporaire. Le passage des locataires est transitoire. Soit les personnes décrochent un contrat à durée indéterminée, auquel cas, elles pourront être relogées dans le circuit normal de la SEM Agglo. Dans le cas contraire, notamment en cas de perte du contrat, les locataires auront un mois pour libérer les lieux.

Évaluation sur deux ans

Ce dispositif sera à l’essai pendant les deux prochaines années afin de vérifier s’il est adapté aux besoins des jeunes et de mesurer son impact budgétaire. La volonté de la province, en fonction du coût, est de pouvoir étendre le dispositif à l’ensemble des bailleurs sociaux ainsi qu’au parc de logements privés. Actuellement, la demande enregistrée au niveau de la Maison de l’habitat est relativement limitée. Selon Marie Benzaglou, la directrice du logement de la province Sud, environ 70 personnes pourraient être potentiellement candidates. Un chi re peu élevé qui s’explique par le fait que les gens ne s’inscrivent pas, ne pouvant remplir les conditions et en particulier celle d’être salarié en CDI. Un critère qui écarte de fait une importante partie de la population, jeune et moins jeune, qui vit dans la précarité. Selon les chiffres les plus récents de l’Isee, 26 % des salariés étaient en CDD (ou n’avaient pas de contrat pour 7 %) en 2018.

Les impacts de la précarisation de l’emploi

Les chiffres montrent une précarisation relativement importante de l’emploi ces dernières années avec l’accroissement du nombre de CDD et une réduction constante des CDI. Un constat inquiétant qui explique en partie pourquoi certains bailleurs sociaux disposent aujourd’hui d’un grand nombre de logements vacants. La crise liée au Covid-19 ne va rien arranger et devrait renforcer la précarisation du marché du travail dans les mois à venir. Le rabotage des aides sociales ces dernières années pourrait aussi dégrader la situation. C’est tout particulièrement vrai en matière d’habitat étant donné que le gouvernement a sensiblement réduit l’enveloppe de l’aide au logement. Entre 2015 et 2019, elle est passée de 2,6 à 2,1 milliards de francs.

Comme l’avait relevé le syndicat intercommunal du Grand Nouméa au début des années 2010, les difficultés d’accès au logement social poussent les personnes à se rabattre vers des logements insalubres du parc privé assurant la prospérité des marchands de sommeil peu inquiétés par les autorités qui ne s’intéressent pas vraiment à la question. Il faut dire que certains propriétaires sont des personnalités publiques de premier plan. Le nombre de ces logements, dont l’état n’est pas sans conséquences sur la santé de ses occupants, est estimé à près de 1 800 sur les quelque 50 000 que compte l’agglomération. Et c’est bien tout le paradoxe : plus les gens se précarisent, moins ils ont accès au parc de logements des bailleurs sociaux, mais plus ils sont poussés vers des logements insalubres dépeuplant les bailleurs, les privant de ressources pour maintenir les logements en bon état et développer de nouvelles opérations. S’ils sont loin de constituer une généralité, des cas de logements insalubres dans le parc social sont régulièrement pointés du doigt, tout particulièrement ces derniers mois.

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