[ACCORD DE BOUGIVAL] L’écart se creuse

Le FLNKS, ici réuni en convention à Yaté fin avril, doit se retrouver, samedi 9 août, pour un congrès déterminant. © Y.M.

Les oppositions au projet d’accord de Bougival sur l’avenir institutionnel se font entendre tour à tour au sein de l’Union calédonienne et du FLNKS. Tandis que le ministre Manuel Valls monte au créneau pour le défendre.

Critiques contre explications. Avant un congrès du FLNKS jugé décisif samedi 9 août dans le Grand Nouméa, l’Union calédonienne, moteur du Front, et le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, se livrent à des échanges, directs ou par médias interposés, sur le projet d’accord de Bougival. Dans un courrier daté du jeudi 24 juillet, le locataire de la rue Oudinot répond sur cinq pages, avec détails, aux critiques de l’UC formulées quelques jours plus tôt en commission exécutive élargie à l’égard du texte signé dans les Yvelines.

Pour le plus vieux parti calédonien, « les fondamentaux du combat du peuple kanak n’y apparaissent pas ». L’ancien Premier ministre a rétorqué : « La pleine reconnaissance de l’identité du peuple kanak en tant que peuple premier, le Sénat coutumier, la priorité d’accès à l’emploi local ou encore les politiques de rééquilibrage sont pleinement préservés ». De même, selon l’UC, « le dégel du corps électoral est synonyme de recolonisation de notre pays ». Cette réforme pour les élections provinciales de 2026 a, au-delà des natifs, une ampleur « mesurée : les nouveaux électeurs potentiels, résidant depuis au moins 15 ans, représenteraient environ 5 900 personnes », a riposté Manuel Valls. Divers chapitres sont ainsi abordés, dans la lettre.

TEIN « CONTRE » LE PROJET

L’Union calédonienne a enfoncé le clou, en comité directeur samedi 26 juillet, à Voh. Les dirigeants devaient d’ailleurs revenir sur cet événement devant les médias ce jeudi, au lendemain du bouclage de ce numéro de DNC. D’après un document, présenté comme la résolution du parti, qui a fuité sur les réseaux sociaux, le mouvement rejetterait « formellement » le projet d’accord de Bougival « en l’état ». La raison : « son incompatibilité avec les fondamentaux de notre lutte et les principes de la décolonisation ». Ainsi, « le mandat des signataires du projet d’accord et de ses équipes tombe de fait ». Selon les informations de DNC, une sanction à l’égard des signataires aurait été évoquée à Voh. Ce qui plongerait l’un d’eux, le député de la 2e circonscription et président de l’Union calédonienne, Emmanuel Tjibaou, dans une configuration très particulière.

Au-delà du Sénat coutumier, qui a dénoncé son absence aux négociations de Bougival, Christian Tein, président du FLNKS, a, depuis la Corse, mardi 29 juillet, indiqué à l’AFP être personnellement « contre » le projet d’accord sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie signé le 12 juillet. Si, pour le cadre indépendantiste, toujours placé sous contrôle judiciaire, l’accord de Nouméa constituait « un bond en avant », celui de Bougival « est quasiment un retour en arrière […] pour le peuple kanak ». Parce qu’« il faut tenter d’aller chercher la pleine souveraineté […] mais on voit que dans le projet d’accord, on est loin du compte », a signalé Christian Tein, qui était dans les Yvelines lors de la fameuse négociation.

« TOUT CECI RISQUE DE S’ARRÊTER »

Une nouvelle fois, Manuel Valls a pris la parole, mardi 29 juillet, à Paris. « Je prends un engagement : que tous les partenaires signataires de l’accord de Bougival, mais aussi toutes les formations politiques soient étroitement associés à la rédaction qui sera faite par le Parlement », a annoncé le ministre, durant un entretien accordé à Outre-mer La 1ère. Un comité de rédaction serait mis en place à partir de la mi-août. Toutefois, « s’il faut le compléter, très bien. L’éclairer, incontestablement. Mais toucher à l’équilibre et à l’ensemble de Bougival, ça me semble difficile. Mais il faut continuer à en discuter », a soutenu le membre du gouvernement national, qui a mis en garde : « Il y a beaucoup de projets. S’il n’y a pas d’accord ‒ et il n’y a aucun chantage de ma part, mais c’est la réalité ‒ tout ceci risque de s’arrêter ». Autrement dit, des investissements seraient compromis et l’accès au soutien financier de l’État serait plus compliqué.

La délégation de l’UNI porte le texte signé le 12 juillet. La famille indépendantiste est nettement divisée. Ce qui n’est jamais bon pour la stabilité du territoire. « Il y a une fracture », admet Victor Tutugoro, président de l’Union progressiste en Mélanésie (UPM) et membre de l’équipe négociatrice de l’Union nationale pour l’indépendance. « Deux visions » pour l’accession à la pleine souveraineté se font face. Sur l’autre rive, les dirigeants loyalistes poursuivent leurs réunions quotidiennes d’explications du document. Avec parfois des critiques émises dans la salle. Tous écoutent le débat au sein de la mouvance indépendantiste, sans commenter à ce stade. Pour l’un de ces cadres tricolores, un point est clair, « la renégociation est impossible ».

Yann Mainguet