À quand un président au gouvernement ?

Troisième tentative et nouvel échec, le 1er avril, pour l’élection du président du 17e gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Alors que les indépendantistes n’arrivent toujours pas à tomber d’accord, les Loyalistes estiment que le « degré zéro » est atteint.

Rien n’a bougé, et ce, malgré deux tours de scrutin : c’est toujours le 16e gouvernement qui gère les affaires courantes. Une nouvelle fois, les indépendantistes ne sont pas arrivés à s’entendre sur la nomination du président du 17e gouvernement. Thierry Santa, pour l’Avenir en confiance, a obtenu quatre voix, Samuel Hnepeune pour l’Union calédonienne- FLNKS et Nationalistes, trois, tout comme Louis Mapou pour l’UNI, Union nationale pour l’indépendance. Joseph Manauté, de Calédonie ensemble, a de nouveau voté blanc. Aucun d’entre eux n’a obtenu de majorité absolue. Le 16e gouvernement garde donc la main sur les affaires courantes tandis que l’État gère dorénavant le budget de la Nouvelle- Calédonie.

Un désaccord scellé chez les indépendantistes

Les leaders politiques et membres du gouvernement en place se sont empressés de commenter ce nouvel échec. Isabelle Champoreau, de l’Avenir en confiance, a indiqué qu’à la demande des indépendantistes, il y avait eu deux tours pour cette élection, ce qui a permis de « voir se sceller leur désaccord ». Pour l’élue, « la deuxième chose qui était importante, c’est que c’était une date symbolique, la date à partir de laquelle l’État doit assumer la responsabilité du budget de la Nouvelle-Calédonie », ce qui va « nous paralyser assez rapidement sur les actes budgétaires », a-t-elle précisé.

Sonia Backes, de son côté, a rappelé que c’était « regrettable de la part des indépendantistes d’avoir fait tomber le gouvernement pour finalement ne pas être en capacité d’en réélire un ». Philippe Dunoyer a parlé d’une « occasion manquée » et estime que « c’est aux membres indépendantistes d’élire un président pour trouver une solution à la crise qu’ils ont créée ».

« Guerre des ego »

Les communiqués des partis politiques loyalistes qui ont suivi ont été du même ordre. Générations NC fustige les indépendantistes en précisant que « maintenant qu’il s’agit de diriger le pays, c’est la guerre des egos. Et les rivalités sont telles qu’ils préfèrent laisser aux Loyalistes la gestion de la crise sanitaire et à l’État la gestion de notre budget ».

Le parti précise que « cette incapacité interroge sur leur aptitude à gérer la Nouvelle-Calédonie si elle devenait indépendante ». À son tour, l’Avenir en confiance dénonce « la démission des membres indépendantistes du gouvernement » et ajoute que « Daniel Goa, lors de sa dernière intervention télévisée, a évoqué un point zéro ! Nous avons effectivement atteint le degré zéro vis-à-vis des compétences qui nous incombent ».

Il faut encore du temps

Du côté des indépendantistes, le constat est simple et ne change pas : « Il faut continuer à discuter », comme l’a souligné le membre du 17e gouvernement, Samuel Hnepeune, « pour privilégier une majorité ». Pour lui, « les discussions sont assez denses, ce qui laisse présager qu’une décision peut être prise dans les jours qui viennent ». Même son de cloche pour Louis Mapou ou Aloisio Sako, alors qu’à l’inverse, Jacques Lalié avoue que « les deux partenaires sont bloqués et que la population ne peut pas continuer à attendre que le gouvernement se mette en place ».

L’UNI a diffusé un communiqué pour constater « que l’appel lancé par le président de l’UC au camp non indépendantiste n’a pas eu d’écho ». Elle s’engage « à poursuivre tous les échanges nécessaires avec l’Union calédonienne pour aboutir à un consensus en faveur d’une démarche indépendantiste forte, condition indispensable à la formation d’une majorité permettant de sortir de l’impasse ». L’UNI précise pour autant que « l’absence d’un 17e gouvernement de plein exercice n’a pas empêché ni la cession de Vale-NC à son nouveau repreneur, ni à la Nouvelle-Calédonie d’être dotée prochainement d’un budget ».

Une phrase qui résume la situation institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie. Quel intérêt d’avoir un gouvernement et autant d’élus au Congrès alors que l’État doit gérer le territoire ? Pourquoi demander l’indépendance quand l’on n’est pas prêt à diriger ?

Un gouvernement avec un président indépendantiste verra sûrement le jour. Quand ? Pas tant que subsistera une crise économique et sanitaire, mais plus vraisemblablement juste avant la tenue du troisième référendum qui peut désormais être demandé, histoire de permettre aux leaders indépendantistes de dire à leurs bases qu’après le Congrès, ils dirigent le gouvernement et que l’autonomie n’est donc qu’à un pas…

D.P.

©C.M. 

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