À l’ombre de Mélanésia 2000, le festival Calédonia doit rassembler les cultures

La première édition du festival Calédonia se tient jusqu’au 25 septembre, au centre culturel Tjibaou. L’événement fait écho au grand rendez-vous calédonien, organisé par Jean-Marie Tjibaou en 1975.

« Mélanésia 2000 était le préalable pour créer un nouveau pays à l’aube de l’an 2000 », résume Emmanuel Tjibaou. Le célèbre festival de 1975 a été imaginé comme un salut, une réponse à la retombée du boom du nickel, à la perte de repères et à l’alcoolisme dans les tribus. « C’est notre Woodstock à nous, poursuit le fils de Jean-Marie Tjibaou qui était à l’origine du projet. Mélanésia 2000 est un point important du renouveau culturel kanak. C’était la première fois que la culture kanak s’exprimait en dehors de la coutume, pour les Kanak et les autres communautés. »

À travers des danses, des chants, des jeux traditionnels ou la représentation scénique du mythe de Téâ Kanaké, le peuple autochtone a pris la parole et exposé ses propres valeurs. « Mon père a appris à l’école « nos ancêtres les Gaulois » d’Astérix, d’Obélix et de Vercingétorix. Parler de culture kanak à l’époque était anachronique, explique Emmanuel Tjibaou. Le festival Mélanésia était d’abord un inventaire à l’intention des Kanak, puis à destination des Calédoniens. Les Kanak ont parlé d’une seule voix pour dire qu’on n’est pas des reliques primitives exposées dans des musées, mais qu’on est un patrimoine vivant. »

Des voix s’étaient élevées contre l’organisation de l’événement. Les Foulards rouges ou le collectif 1878 avaient notamment dénoncé le folklore kanak. « Pour eux, il fallait d’abord passer par la lutte politique, avant la culture. » L’histoire a donné tort aux détracteurs. Des milliers de Mélanésiens de la Grande Terre et des Îles y ont participé. 50 000 visiteurs se sont pressés pendant cinq jours sur le site aménagé non loin de l’actuel centre culturel Tjibaou. Aujourd’hui encore, le rendez-vous historique est brandi en référence. « C’est un premier festival fondateur pour nous tous », assure Mickaël Forrest, membre du gouvernement en charge de la culture.

La cérémonie d’ouverture, le 3 septembre 1975, avec une danse de Canala. © ADCK / Centre culturel Tjibaou

 

« UN NOUVEL ÉLAN »

47 ans après, le 17e gouvernement s’y réfère pour organiser son nouveau festival Calédonia, du 22 au 25 septembre à l’occasion de la fête de la citoyenneté. Plusieurs personnalités, témoins de l’époque, prendront la parole pour revenir à la genèse de l’événement, vendredi de 16 h 30 à 18 heures. Le festival Calédonia doit être le « premier grand rendez-vous des Calédoniens avec eux-mêmes dans l’esprit du festival Mélanésia 2000 », selon la déclaration de politique générale du président Louis Mapou, prononcée en novembre. « La société calédonienne a longtemps été une juxtaposition d’aires coutumières, de communautés, de cultures, puis de provinces, et chacun se fait fort de s’identifier à ces entités », regrettait le chef de l’exécutif, prônant l’appropriation « historique et identitaire (…) en valorisant la contribution de toutes les communautés à l’histoire, à l’identité et à la culture ».

Après la célébration du peuple Kanak, le festival Calédonia va fêter « le peuple multiculturel » et les différences en tant que richesses. « Cela s’inscrit dans tout le travail qui est fait depuis 1998 autour de la date du 24 septembre, explicite Mickaël Forrest. On a voulu donner un nouvel élan à la sortie de l’Accord de Nouméa. »

Jean-Marie Tjibaou voulait « instaurer un dialogue plus profond et plus suivi entre la culture européenne et la culture autochtone », selon le discours d’introduction du festival Mélanésia. © ADCK / Centre culturel Tjibaou

 

Un circuit touristique du bagne, une visite du Musée maritime, des discussions, des stands de restauration, des chants et des danses sont prévus pendant quatre jours au centre culturel Tjibaou. Une « fierté » pour Sonia Togna, la nouvelle directrice de l’établissement. « Le centre et l’ADCK (l’Agence de développement de la culture kanak, ndlr) sont engagés depuis plus de 30 ans dans ce travail de vivre-ensemble », affirme-t-elle.

Les centres culturels de Koné et de Hienghène s’associent à la démarche en proposant leur propre programmation. Mickaël Forrest repousse tout reproche de folklorisation. Selon lui, les foires, les fêtes et les festivals participent à la culture. Ils sont créés pour la faire vivre. « Il faut continuer à se voir, à s’écouter, à échanger pour créer des liens d’appartenance. » Le tressage en pandanus de la voile où figureront toutes les communautés pour la pirogue Meryemana et les différentes prestations gratuites du week-end tenteront de tisser ou de renforcer ces attaches.

Brice Bacquet

Photo :  Sebastien Lebegue / Only France via AFP

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