À Dumbéa, les élus et les bailleurs veulent tester une autre politique du logement social

Après des années de frénésie de construction, les institutions orientent leur politique du logement social autour de l’intégration et de la rénovation. C’est tout l’enjeu du projet Habile, de la province Sud, qui porte sur cinq zones prioritaires dans le Grand Nouméa. Après Magenta Tours fin octobre, une visite de Dumbéa-sur-Mer a eu lieu vendredi 26 novembre.

« On est venu appréhender la réalité sur le terrain », déclare Philippe Blaise, premier vice-président de la province Sud. Vendredi 26 novembre, des élus de l’institution, des représentants des bailleurs sociaux, SIC, FSH et SEM Agglo, ainsi que de la commune ont visité une partie du quartier de Dumbéa-sur-Mer afin d’établir un diagnostic de la situation. « Il faut une démarche commune pour que ces quartiers soient de vrais lieux de vie et pas seulement une cité dortoir », poursuit Philippe Blaise. « Il faut corriger certaines choses réalisées il y a dix ans et voir comment intégrer au mieux les populations qu’on va accueillir », indique Georges Naturel, le maire.

Réhabiliter

Fini le temps des grandes constructions nombreuses à être sorties de terre ces dernières années afin de répondre à la demande, le nombre d’habitants ayant augmenté rapidement sur Dumbéa. Exemple avec le FSH, qui doit livrer la résidence Cloezia – 133 logements pour un budget de 3,7 milliards de francs – face au Dumbéa Mall en novembre 2022. « C’est un des derniers grands ensembles que nous construisons avec celui qui se trouvera à côté de notre futur siège social à Koutio », affirme Jean-Loup Leclerc, directeur du FSH. À proximité justement, 45 villas en R+1 vont être proposées en location-vente à partir du mois d’août, « un produit nouveau ».

Place désormais à l’appropriation et à la rénovation, le cœur du projet Habile porté par la province Sud (lire par ailleurs) dans lequel s’inscrit cette visite après celle de Magenta Tours fin octobre. « Il s’agit d’une réorientation des ressources, précise Philippe Blaise. Pendant longtemps on a construit environ 1 000 logements par an. Aujourd’hui, la priorité, c’est environ 250. L’essentiel, c’est la réhabilitation. »

Marie-Suzette, à gauche, présidente de l’association des locataires, cherche à ramener le calme dans la résidence.

Sécuriser et résidentialiser

Le groupe arrive à la résidence Arawa, 118 logements, de la SEM Agglo, aménagée en 2012, sujette aux dégradations et à des problèmes d’insécurité avec des intrusions de jeunes « qui ne sont pas du quartier » et, outre le trafic de cannabis, « à du proxénétisme sur mineurs », témoigne Muriel Malfar, présidente du bailleur et élue à la province. Dernièrement, les clôtures ont été changées, les jardins des appartements en rez-de-chaussée agrandis afin de limiter les espaces libres, « il y a ainsi moins d’endroits à squatter ». « On va fermer la partie rez-de-chaussée et on travaille sur les entrées avec un architecte », indique Sacha Benisti, nouveau directeur de la SEM Agglo.

Deux mots reviennent : sécurisation et résidentialisation. À Arawa, l’association des locataires, en sommeil, a été réactivée. Cela participe au processus. Marie-Suzette en est la présidente. « J’ai constaté en arrivant il y a un an que la résidence était très agitée et je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour mettre le calme. Les logements, ça va, mais il faudrait un petit parc pour les enfants, des arbres, avoir des bancs pour s’assoir et un endroit pour les jeunes. »

Médiation sociale

Au-delà du bâti, le projet s’attaque à la problématique dans son ensemble. Il est question de partenariat avec les locataires et de médiation sociale avec la mairie. Cette dernière vient d’être mise en place par la mairie. La convention de ce nouveau dispositif géré par la Croix-Rouge, à laquelle la SIC vient de mettre un local à disposition dans le quartier, a été signée mi-novembre. Quatre travailleurs sociaux vont intervenir auprès des jeunes déscolarisés et marginalisés, les rencontrer et monter avec eux un projet afin de les « autonomiser ».

Tous insistent sur ce point : il faut un accompagnement humain. Et mener des opérations avec les locataires, comme celui porté par la Secal, de jardins vivriers urbains, avec l’association Partages en herbe. De son côté, Philippe Blaise évoque la tenue de chantiers d’insertion dans les quartiers. Une enveloppe de 400 millions de francs est prévue pour le quartier.

Premier arrêt à la résidence Arawa de la SEM Agglo, qui date de 2012. Le quartier s’est construit en quelques années seulement.

 


Une zone pauvre

Dumbéa-sur-Mer, ce sont 13 000 habitants dont la majorité – 55 % – vivent dans des logements sociaux. Dans certaines résidences, comme à Macaranga, « la moyenne du revenu des ménages est inférieure à un SMG dont environ 40 % sont consacrés au logement », précise Benoît Naturel, directeur de la SIC.

Quelle rénovation ?

La visite est passée par la résidence Cyatheas qui, si elle date de 2014, paraît bien plus vieille. L’arrêt a été l’occasion de réfléchir à ce que doit être la réhabilitation de ces logements sociaux, ce qu’il est pertinent de faire ou de ne plus faire. Il a, par exemple, été évoqué le fait de changer la surface de certains appartements, notamment les F5, afin de les agrandir, ou de revoir la taille des terrasses, parfois exiguës. « S’il s’agit de mettre beaucoup d’argent pour repeindre la façade des bâtiments, est-ce que cela vaut le coup ?, interroge Muriel Mafar, présidente de la SEM Agglo et élue provinciale. C’est important de se rendre compte de l’état de certaines résidences et que les élus voient comment les gens vivent. La rénovation, c’est bien plus qu’un coup de peinture. Et pourquoi pas réaliser un projet pilote ? »

Certains lotissements, pourtant jeunes, sont déjà abîmés et doivent être réhabilités.

Habile, c’est quoi ?

La province Sud annonçait, il y a un mois, le lancement d’un projet d’amélioration de la vie dans les quartiers dits sensibles dans le cadre d’un plan d’action global pour un habitat tranquille intitulé « Habile » ciblé sur cinq zones prioritaires dans le Grand Nouméa : Magenta Tours, Aérodrome, Tindu-Kaméré, Pierre- Lenquette et Dumbéa sur-Mer. En termes de logement social, l’objectif a changé. Après une période axée sur la construction, le temps est venu de la réhabilitation – des logements sont vacants et des résidences vétustes – et de la reconquête de certains quartiers. Les tours de Magenta et cinq résidences de Dumbéa-sur-Mer sont les premières concernées. 900 millions de francs doivent leur être consacrés, financés par le contrat de développement.

 

Anne-Claire Pophillat (© A.-C.P.)

 

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