3 questions à David Meyer

S’appuyant sur le dernier rapport « accablant » de la Chambre territoriale des comptes sur la gestion de la fonction publique territoriale, la Fédération des fonctionnaires tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur un secteur qu’elle estime laissé à l’abandon. Elle promet surtout de durcir ses positions en 2016 si les élus ne prennent pas leurs responsabilités, comme l’explique son secrétaire général, David Meyer.

DNC : Vous dites que la fonction publique est en complète « déshérence ». Concrètement cela veut dire quoi ?

David Meyer : On a l’impression que rien n’évolue malgré les avertissements de la Chambre territoriale des comptes qui avaient déjà été formulés en 2006. Dans les deux rapports, les constatations sont quasi identiques. Les élus se sont focalisés sur la question des collaborateurs, mais il y a sept rappels à la loi, des défaillances pointées du doigt, des recommandations juridiques primordiales pour l’avenir de la fonction publique. Il y a une déconsidération complète de la classe politique vis-à-vis des fonctionnaires et de la fonction publique et on se retrouve aujourd’hui avec des services entiers mis dans l’incapacité de travailler. Aussi bien les services fiscaux que les services de contrôle de la DAE* ou l’inspection du travail rencontrent d’énormes difficultés dans leur fonctionnement au quotidien à cause de textes qui ne sont plus adaptés aux contraintes d’aujourd’hui. Un exemple : s’il faut contrôler le week-end, c’est impossible parce que l’on n’a pas de manière de nous rémunérer. Il y a pourtant des nécessités dans certains services de travailler le week-end ou lesoir!

DNC : Selon vous, quelles sont les véritables urgences ?

David Meyer : Il y a les textes importants comme l’emploi local dans la fonction publique. Sur ce sujet, on est arrivé à un consensus même si le texte n’est pas parfait, maintenant il faut le voter. Ensuite, il y a la régularisation des emplois précaires. Des gens ont été recrutés de manière illégale sur de mauvais statuts (mais pour de bonnes raisons) et il va falloir les intégrer et leur permettre d’accéder aux mêmes droits que les fonctionnaires avec le plan d’intégration. Et il y a par ailleurs, la mise en place d’un droit pour les personnels dits de convention collective puisque depuis 2013, on est dans un flou juridique total et rien ne s’applique à ces gens-là.

Ensuite, plus globalement, nous sommes inquiets sur le risque lié à la décentralisation du recrutement. On nous met systématiquement en avant la libre administration de chaque employeur. Ce principe est poussé à l’extrême sur le territoire : on va vers un éclatement de la fonction publique. Demain, chaque établissement public pourra recruter, chaque province, chaque commune… On risque de gonfler les effectifs et d’engendrer une certaine proximité, dans le sens copinage.

DNC : Vous annoncez une année 2016 mouvementée…

David Meyer : Oui, on a attendu, on a été extrêmement patients, on a énormément investi sur la réforme de la fonction publique à l’époque de Simon Loueckhote, puis on a assisté à une série de guerres politiciennes, chutes de gouvernements, élus qui refusent d’appliquer la compétence… Nous, ce que l’on veut maintenant, c’est avancer. Une fonction publique qui s’endort, qu’on n’arrive plus à faire évoluer, c’est une fonction publique qui permet malheureusement l’installation d’une république bananière. Il faut arriver à mettre en place une fonction publique qui réponde aux attentes des concitoyens et qui garantisse un maximum l’égalité de traitement de tous ces citoyens.

Propos recueillis par Chloé Maingourd.

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