[DOSSIER] Chez les artistes, la « lassitude » s’installe

Les années défilent, les problèmes demeurent, constate le Syndic’art, pour qui l’incertitude est « épuisante ». Mickaël Forrest, membre du gouvernement chargé de la Culture, compte notamment sur l’arrivée d’un fonds d’aide à la création artistique pour relancer le secteur.

Il y a eu les manifestations de 2017. Les Assises de la culture, fin 2019. La mobilisation du collectif des artistes, un an plus tard. Sans grand effet. Certains parlent désormais de changer de voie, ce que comprend le plasticien Nicolas Molé. « Il y a peu d’espoir pour les générations d’artistes qui arrivent », considère le président du Syndic’art, qui rassemble une petite centaine de professionnels. La situation financière est « difficile, en particulier pour les compagnies de danse et de théâtre ».

« Les aides publiques ont fondu comme neige au soleil, surtout du côté du gouvernement », confirme la metteure en scène Isabelle de Haas, vice-présidente du syndicat, pour qui le spectacle vivant ne peut pas s’autofinancer. Au théâtre, il faudrait multiplier « par cinq ou six » le prix des billets pour être rentable. « Les aides publiques servent aussi à démocratiser la culture, sans laquelle un pays se meurt, s’enlise dans une banalité. »

« Quel est l’objectif du pays ? »

Le gouvernement enjoint à chercher d’autres modes de financement ? « Bien sûr, il le faut. On est capable de lancer d’autres activités pour financer la création, tout le monde le fait déjà ! », assure la directrice de Pacifique et Compagnie. Pour Nicolas Molé, le problème dépasse les questions d’argent.

Le Syndic’art souhaite, pour commencer, la création d’un statut particulier aux artistes, comme pour les agriculteurs ou les gens de maison. Pour l’heure, ils relèvent de la très vaste convention collective du commerce. « Il y a aussi une lassitude parce qu’il n’y a pas de politique culturelle. Quel est l’objectif du pays ? Avec quels moyens ? questionne le président. L’instabilité des gouvernements fait qu’il n’y a pas vraiment d’avancée. » Le plus difficile à vivre, « c’est de ne pas avoir de réponse, souffle Isabelle de Haas. On sait recevoir un « non ». Mais l’incertitude, c’est épuisant. »

« On ne peut pas recevoir tout le monde chaque semaine. Mais depuis que je suis là, ma porte a toujours été ouverte », répond Mickaël Forrest. Le membre du gouvernement rappelle que la compétence culturelle est « partagée » avec les provinces et estime que la Nouvelle-Calédonie « a réussi à maintenir un minimum d’actions », comme le festival Caledonia +687, les événements liés au naufrage de La Monique ou encore au bagne.

Pour soutenir le secteur, il compte sur la création prochaine d’un fonds d’aide à la création artistique, déjà présentée en collégialité, ainsi que sur le développement du mécénat et le recours aux appels à projets nationaux et internationaux, notamment via le travail d’une salariée de la Maison de la Nouvelle-Calédonie, à Paris.

Gilles Caprais

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Le Poemart, la Maison du Livre et le Chapitô pourraient disparaître à la fin de l’année. Dans le secteur du social, des intervenants comme Solidarité Sida évoquent, eux aussi, de fortes difficultés financières.

 

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