26 janvier, un moment d’introspection pour l’Australie

L’île-continent a célébré, ce mardi 26 janvier, son Australia Day dont la date, on le sait, est controversée. La fête nationale est désormais un moment de réflexion, de manifestations autant que de festivités, ce qui est d’autant plus vrai dans le contexte de crise actuel.

Insister sur l’unité, le multiculturalisme, le respect, la résilience face aux crises, voilà les grandes lignes impulsées par les autorités australiennes en cette fête nationale 2021, lors des cérémonies, dans les espaces de discussion, les médias…
Depuis plusieurs années, il ne s’agit plus de célébrer, sans réfléchir, l’arrivée des premiers colons européens, en 1788. L’opinion s’est levée et continue de se lever contre cette idée et à défaut de changer la date de la fête nationale, ce que demande une partie de la population, désormais on prend en considération les 60 000 ans d’histoire du pays, son peuple autochtone à qui l’on a officiellement demandé pardon (le 26 mai 1998).

On reconnaît également les autres phases de l’histoire : les fondements européens de la société, les arrivées plus récentes qui ont permis de construire la société multiculturelle actuelle. C’est tout l’objet d’une campagne nationale intitulée « The Story of Australia ». À noter également qu’une modification, petite mais symbolique, de l’hymne australien – Advance Australia Fair – a pris effet au 1er janvier : « Nous sommes jeunes et libres » est devenu « Nous sommes unis et libres ». L’Australie n’est pas un pays jeune, bien au contraire, et son peuple ne doit faire qu’un.

Des sacrifices payants

Crise sanitaire oblige, il s’agissait aussi, ce 26 janvier, de porter un regard sur le chemin parcouru en 2020. « L’Australia Day intervient forcément dans un contexte un peu plus sombre », commente Alison Carrington, consule générale d’Australie en Nouvelle- Calédonie. Le pays a déploré près de 28 800 cas de Covid-19 et plus de 900 décès depuis janvier 2020.

Mais la situation est désormais « maîtrisée », souligne-t-elle. « Et si nous avons la chance d’être un peu épargnés, c’est le fruit de beaucoup de travail, de sacrifices. Il y a eu de longues périodes de confinement, à Melbourne par exemple, des frontières fermées. C’est donc intéressant de voir ce que nous avons réussi à accomplir. » La période, extrêmement compliquée, fait aussi « prendre conscience de tout ce que l’on a de positif dans le pays ». Mercredi, l’Australie comptait onze jours sans contaminations autochtones. Comme en Nouvelle-Calédonie, les cas sont désormais repérés en quatorzaine.  Autre source de réjouissance : le vaccin Pfizer-BioNTech vient d’être approuvé par les autorités sanitaires et la vaccination devrait débuter au mois de février, à raison de 80 000 doses par semaine.

Mis à part un confinement ciblé il y a peu à Brisbane, les Australiens ont donc retrouvé une vie plus normale et les restrictions sur les frontières nationales ont été assouplies. Il a été indiqué que les frontières internationales ne rouvriraient probablement pas avant 2022. Le corridor avec la Nouvelle- Zélande a d’ailleurs été suspendu pour quelques jours, après la détection chez ces proches voisins d’un cas du variant sud- africain de Covid-19, décelé sur une personne revenant d’Europe après sa quatorzaine. La fameuse bulle aérienne Pacifique n’est toujours pas d’actualité, même si les discussions se maintiennent avec les petits pays de la région. L’Australie privilégie toujours « la santé et la sécurité ». Cela n’empêche évidemment pas les actions de soutien comme les évasans.

Relance

L’autre priorité est la relance. La situation économique n’est pas aussi mauvaise que prévu : la récession technique a été de courte durée, la croissance a atteint 3,3 % au mois de décembre et le taux de chômage est tombé à 6,6 %. Le programme d’aide aux travailleurs les plus touchés est en vigueur jusqu’en mars et le gouvernement a engagé une stratégie dédiée à la création d’emplois.

L’économie avait également été ébranlée, il y a un an, par les conséquences du « black summer », ces méga-incendies qui ont anéanti des villages entiers, le tourisme et plus d’un milliard d’animaux. Le pays a le taux le plus important d’extinction de mammifères au monde et on estime qu’il a failli à les protéger. Deux milliards de dollars ont été investis dans les efforts de relance économique, environnementale et sociale, post-feux de brousse, à l’échelle locale. Quelque 200 millions sont particulièrement destinés à la régénération de la faune endémique et de ses habitats.

Plusieurs structures sont en cours de création dont une agence fédérale* chargée de la réduction des risques face aux catastrophes naturelles, de l’organisation des secours et de la relance. L’Australie comme le reste de la planète est partie pour le « long run »**. « Le Bureau national de la météorologie affirme que les conditions seront de plus en plus extrêmes et sur une saison de plus en plus longue, concède Alison Carrington. Les facteurs favorisant le changement climatique sont clairement identifiés et ses effets se feront ressentir sur des décennies ».

* National Resilience Relief and Recovery Agency

** Long terme.


Investissements dans les technologies à faible émission

Le pays a réduit ses émissions de carbone de 17 % depuis 2005. Davantage, dit-il, que la moyenne des pays de l’OCDE et il promet d’atteindre – voire de dépasser – ses objectifs de l’accord de Paris sur le climat pour 2030, avec une réduction de 26 à 28 % des émissions par rapport à 2005. Il veut trouver la voie de la neutralité carbone grâce aux investissements dans les technologies à faible émission comme l’hydrogène, les véhicules électriques ou aux biocarburants, les projets de captage et de stockage de carbone. Un conseiller spécial a d’ailleurs été nommé et une feuille de route lancée pour accélérer le déploiement de ces technologies dans toute l’économie australienne. L’investissement s’élève à 18 milliards de dollars sur dix ans. Le soutien dans les énergies renouvelables est aussi important. Ces dernières représentent 27 % de l’électricité en 2020, avec un objectif de 48 % d’ici 2030 (le reste fonctionne au charbon). Un foyer sur quatre est équipé en énergie solaire.

Ces annonces vont dans le bon sens, mais le gouvernement fait l’objet de vives critiques puisqu’il n’est, pour l’instant, pas question des pollutions émises par les industries. L’Australie est l’un des plus grands producteurs au monde de charbon et les ressources minérales représentent 11 % du PIB et plus de 60% de la totalité des exportations du pays. Les émissions de CO2 liées à l’énergie (exploitation minière, combustion du charbon, etc.) figurent parmi les plus élevées au monde. Le pays refuse, par ailleurs, de rehausser ses ambitions pour 2030 et fait savoir qu’il atteindra la neutralité carbone en 2050 sans pour autant s’y complaire officiellement, comme l’on fait de nombreux pays. Reste à voir le positionnement choisi lors de la conférence climatique de novembre à Glasgow, en Écosse.

C.M.

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