Quel projet sur la table des discussions pour Les Républicains calédoniens ?

Pour éclairer le choix des électeurs sur les implications économiques du Oui et du Non le 12 décembre, NC ÉCO a sollicité l’ensemble des partis politiques pour qu’ils présentent leur projet de société. Sonia Backes, présidente des Républicains calédoniens, y a répondu le 16 novembre. En voici les grandes lignes.

♦ Implications du Non

Si les Calédoniens confirment leur choix de rester Français, explique la présidente, cela équivaudra à « l’aboutissement de la période transitoire instaurée par l’Accord de Nouméa et, dès lors, l’ouverture de la période des discussions pour la mise en place d’une nouvelle organisation politique ». Une révision profonde des institutions s’imposera, car « elles sont à bout de souffle », juge Sonia Backes. Les problématiques institutionnelles concernent notamment la répartition des compétences.

Institutions

Les Républicains calédoniens préconisent l’élargissement des compétences provinciales pour mieux répondre aux attentes des populations respectives et non une partition de la Nouvelle-Calédonie. Pour eux, il existe des différences majeures entre les collectivités qu’il ne s’agit pas de « gommer » mais, au contraire, d’accepter et d’optimiser.

Selon le mouvement, la collectivité de la Nouvelle-Calédonie devrait être constituée d’une fédération des trois provinces pour le traitement global, par exemple, du système de santé ou encore du transport aérien international. Le principe de collégialité du gouvernement devrait être revu afin d’éviter « l’immobilisme politique » et « permettre à la majorité sortie des urnes de mettre en œuvre le programme pour lequel elle a été élue ». Le Congrès devrait respecter « une représentativité effective des populations ».

♦ Transferts

Sonia Backes s’oppose au transfert des compétences régaliennes. Par ailleurs, le transfert et l’exercice de nouvelles compétences ne devraient se réaliser « que si nous pouvons les assumer pleinement » avec celles déjà acquises. La présidente estime qu’il ne faut pas revenir sur les compétences déjà transférées, mais qu’il faudra optimiser leur exercice.

♦ Citoyenneté

Le parti plaide pour une évolution de la citoyenneté calédonienne afin qu’elle devienne « plus flexible, plus ouverte et plus inclusive ». Celle-ci aurait vocation à s’appliquer au droit de vote, mais pas au droit de propriété. Il affirme que la victoire du Non le 12 décembre mettra fin à l’Accord de Nouméa et à ses particularismes électoraux. « À ce titre, le corps électoral ne sera plus gelé. » Le mouvement souhaite néanmoins que cette ouverture prenne en compte « l’histoire et les équilibres locaux ». Ainsi, le droit de vote devrait être ouvert « en fonction de différents critères comme le lieu de naissance, la filiation, le mariage et une durée de résidence glissante ».

♦ Le développement pour réduire les inégalités

Pour le mouvement, le développement économique demeure la « meilleure solution » pour lutter contre la pauvreté et les inégalités. « C’est en favorisant la création d’emplois pérennes que l’action publique est la plus utile pour les Calédoniens les moins aisés. »

♦ Fiscalité

Si le dispositif de répartition des recettes fiscales entre les trois provinces « a pu se justifier par le passé », il ne peut plus rester en l’état parce qu’il « pénalise les populations les plus fragiles du Sud et n’a pas permis de fixer les populations du Nord et des Îles ». Sonia Backes proposera que la plus grande partie de la compétence fiscale revienne aux provinces et à chacune de mettre en place ses propres outils d’attractivité avec, également, un système de solidarité entre les collectivités.

♦ Remise à plat du modèle social

Afin de conserver la protection sociale calédonienne, une remise à plat de son fonctionnement et son financement est jugée nécessaire. En matière de lutte contre la pauvreté, Sonia Backes est notamment favorable à l’instauration d’un revenu universel pour les étudiants.

♦ Grands projets

Une politique de grands travaux devra être lancée au lendemain du référendum pour nourrir la croissance (quatre voies jusqu’à Koné, route du Sud, barrages hydroélectriques, etc.). Il faudra par ailleurs valoriser les richesses et les atouts du territoire (tourisme, biodiversité, emplacement stratégique, ressources géologiques et minières, etc.), s’engager dans la transition numérique et énergétique, développer la formation locale. L’industrie minière, dit Sonia Backes, devra « s’adapter à son époque » en respectant des impératifs environnementaux, les populations ou encore la maîtrise de la ressource.

Lutte contre le réchauffement climatique

Pour Les Républicains calédoniens, le développement économique doit s’inscrire pleinement dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de l’environnement. Il faut ainsi mener les efforts nécessaires « afin que la majeure partie de l’énergie électrique consommée localement soit issue de sources renouvelables ». Dans cette lignée, le mouvement suggère la révision du système de production et de consommation avec un travail sur l’autosuffisance dans certains secteurs comme l’agriculture.

Éducation

En cas de Non, le parti va défendre le maintien du nombre d’enseignants et des moyens alloués, la préservation et le développement des structures comme le Régiment de service militaire adapté (RSMA) et le dispositif de formation Cadres avenir. Il préconise de nouveaux parcours d’excellence à l’université dans des domaines stratégiques comme la géopolitique, l’environnement, l’ingénierie numérique ou encore la finance internationale.

Relations extérieures

La victoire du Non devrait être l’occasion pour la Nouvelle-Calédonie de trouver toute sa place dans l’axe indo-pacifique pour « servir la France et ses propres intérêts », estime le parti. La protection de la France est jugée comme étant la meilleure solution dans le contexte régional actuel. Sonia Backes est persuadée que la Nouvelle-Calédonie est « la clé de voûte de la stratégie indo-pacifique française », le territoire étant « idéalement positionné ». En plus d’être le centre névralgique des actions militaires françaises dans le Pacifique et en Asie du Sud-Est, la Nouvelle-Calédonie pourrait « lui servir de relais et de porte-parole dans la région ». Le mouvement estime qu’il faudra dans cette perspective renforcer la concertation et la coopération avec les autres territoires français du Pacifique « en définissant au mieux la place de ces territoires au sein de la République » autour d’« un dessein océanien et français commun ».

ONU

Pour le mouvement, la Nouvelle-Calédonie devra être retirée de la liste onusienne des territoires non autonomes à décoloniser à la suite de la période de transition, les Calédoniens ayant fait le choix souverain de rester au sein de la France. Le droit permanent à l’autodétermination étant constitutionnellement acquis. « Ce sera aux Calédoniens d’en déterminer le cas échéant les modalités d’exécution. »

 


Une adresse à l’ONU

Sonia Backes a écrit la semaine dernière à la quatrième commission de l’assemblée générale de l’Organisation des Nations unies pour demander que le processus d’autodétermination calédonien soit respecté. Au terme des trois référendums « qui auront permis largement de respecter le droit à l’autodétermination » et de la période transitoire de 18 mois qui aura permis de choisir un statut (indépendance, libre association avec un État indépendant, département ou une région française ou nouveau statut), la décolonisation, au sens donné par l’ONU, sera effective, dit-elle. « Contrairement à ce que disent les indépendantistes, décolonisation ne signifie pas indépendance », argumente la présidente de la province Sud.

 

Chloé Maingourd (© Archives DNC/C.M. et AFP)

 

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