2020 : un accent sur le « bien-être » à l’école

La question du bien-être s’est immiscée depuis quelques années au cœur des stratégies éducatives. Améliorer le climat scolaire, la communication, agir sur la violence, travailler sur l’environnement géographique ou la santé psychologique et physique sont autant de vecteurs de réussite pour les enfants et les établissements. Zoom sur quelques initiatives locales.

L’amélioration du bien-être des élèves, des enseignants et du climat scolaire en général est devenu un enjeu majeur des politiques publiques en matière d’éducation. Une véritable dynamique s’est instaurée à l’Éducation nationale.
Le système français pouvait, par le passé, s’offrir le luxe de ne se focaliser que sur les programmes et l’enseignement pur. Mais ce temps semble révolu. La société a évolué de telle manière que les valeurs de respect sont devenues plus difficiles à mettre en œuvre. Le mal-être des jeunes et des équipes éducatives est aussi plus palpable tandis qu’une partie des parents attendent beaucoup plus de l’école…

Cette dernière n’a donc d’autre choix que d’évoluer sur ces questions pour que les élèves soient plus réceptifs, et donc pour contribuer aux performances, au présentéisme. Une prise de conscience assez récente, mais capitale. En cette rentrée 2020, les services du vice- rectorat, du gouvernement, de la province Sud ont aussi fait de cette thématique une de leurs priorités et promis que les dispositifs existants seraient renforcés, que les nouveaux directeurs (il y a eu de nombreux départs en retraite) seraient sollicités. L’objectif, dans le primaire comme dans le secondaire, est de construire des individus en bonne santé dans un environnement favorable pour apprendre et réussir.

Innov’école dans le Sud

La province a été la première à bousculer les acquis. En décembre 2016, dans la lignée du tout nouveau projet éducatif de la Nouvelle- Calédonie, l’assemblée a adopté le dispositif « Innov’école », visant à favoriser les projets expérimentaux dans les écoles primaires par les équipes éducatives.

Au cœur de ce mécanisme, d’emblée : la question des rythmes scolaires, une préoccupation majeure. « Il y avait un problème sur les journées des enfants démarrant très tôt. Et comme il était impossible d’influer sur les transports ou les horaires de travail des parents, il est apparu nécessaire d’adapter ces journées », raconte Christel Berger, directrice adjointe de la Direction de l’éducation (DES).

Dix-sept écoles volontaires ont intégré la démarche et formulé, pour la plupart, des propositions portant en premier lieu sur les rythmes scolaires et la réorganisation du temps d’apprentissage. L’école Jean-Baptiste Gustin de Païta, ouverte en 2018, est un bel exemple de réussite. La directrice, Dévi Minatchy, a opéré avec son équipe un virage sensationnel pour une école publique.

À l’école Gustin, les 13 classes sont « multiâges », c’est-à-dire qu’on trouve dans les classes de maternelle, des grands, des moyens et des petits et dans le cycle 2, des CP, CE1 et CE2. Comme le feraient des collégiens ou des lycéens, ces enfants changent de classe pour chaque domaine d’apprentissage, avec « des espaces d’exploration, riches, très développés » où ils peuvent évoluer sur un parcours individuel. Même si les programmes de la Nouvelle-Calédonie sont suivis, tous les outils pédagogiques ont été repensés. Les petits ne sont pas cloisonnés à certaines matières ou exercices, les grands non plus. Ils ont des projets en commun. « On s’adapte à ce que les enfants demandent pour les emmener le plus loin possible », nous dit Dévi Minatchi. Ces classes multiâges favorisent l’entraide, la valorisation, le rythme de chacun.

L’école est aussi bilingue et propose deux journées en immersion, le mardi et le vendredi, où tous les cours sauf le français sont en anglais. Des ateliers verts et culturels sont organisés tous les mercredis matin. Les enfants sont « rebrassés » et les parents invités à observer ou participer. Les horaires de la pause méridienne ont été revus de façon à ce que les petits mangent à 11 heures.

Résultat, à l’école Gustin, « les enfants sont heureux ». Et ils ne sont pas les seuls. Les professeurs bénéficient grandement du travail en équipe et de l’innovation pédagogique, très stimulante. Le personnel communal est aussi impliqué dans diverses activités, les ateliers, les actions de sensibilisation. « Tout le monde connaît tout le monde, c’est très sécurisant », se réjouit la directrice.

Dans toutes les écoles participantes, un questionnaire de satisfaction a été rempli par les enfants, les parents et le personnel. Le retour est très positif sur le climat scolaire et le fonctionnement des équipes enseignantes, selon Christel Berger. L’Éducation nationale aura maintenant à charge, lors du premier semestre, d’évaluer l’impact sur les résultats scolaires. La présidente de la province Sud, Sonia Backes, a, en tout cas, fait part de sa volonté de renforcer le dispositif. En ce début d’année, un nouvel appel à projets sera lancé pour fédérer d’autres écoles. Selon la Direction de l’éducation, on pourrait doubler leur nombre au cours de la mandature.

École en santé

La province Sud a mis en place, en 2016, un autre dispositif : « École en santé », porté cette fois avec la Direction provinciale de l’action sanitaire et sociale (Dpass). La démarche de labellisation, assez simple, vise à valoriser et encourager les établissements scolaires à développer des pratiques et un environnement favorable à la santé des enfants.

Un travail de communication est opéré sur le lavage des mains, des dents, sur la nutrition, l’activité physique, mais aussi depuis 2019, sur les compétences psychosociales pour travailler sur l’estime de soi, la gestion de l’émotion, l’empathie, la bienveillance, la résolution des conflits. À ce jour, pas moins de 40 écoles du Sud sont concernées par cette démarche.

Démarche Abma dans les collèges et lycées

De son côté, le bureau de la promotion de la santé en milieu scolaire du vice-rectorat, piloté par le docteur Catherine Lehmann, a entrepris depuis trois ans, dans le secondaire, le déploiement de la démarche Abma : « Aller bien pour mieux apprendre ».

Ce dispositif, imaginé et testé dans la ville de Lyon, a été instauré au sein de deux établissements pilotes entre 2016 et 2018 (Païamboué et Koumac). Ils étaient sept en 2019 et seront dix cette année (avec Pouembout, Kaméré, Thio, Katiramona, Rivière- Salée, Auteuil, Petro-Attiti et Hienghène). Les équipes éducatives qui le désirent obtiennent l’appui de cette cellule composée d’un médecin, d’une infirmière et d’une assistante sociale pour instaurer un climat sain et convivial dans leur établissement.

La démarche implique le personnel, mais aussi les enfants et les parents. Chacun apporte son vécu et ses idées. Les métiers, les statuts sont « décloisonnés ». On doit faire du bien-être une réflexion quotidienne. Les axes d’amélioration sont divers, les outils pas forcément compliqués. « Il s’agit de partir des problématiques initiales et des besoins des enfants et des adultes, de sortir des schémas que l’on s’impose et d’innover davantage en faisant confiance à son intuition », expose le docteur Lehmann.

Le collège de Païamboué, établissement durable, ouvert en 2016, a été le premier impliqué en Nouvelle-Calédonie sous l’impulsion de son principal de l’époque, Laurent Bouly. Les objectifs étaient de créer un esprit et une culture d’établissement, de l’intégrer dans la commune de Koné et de stabiliser les équipes.

Dans ce collège, le projet d’établissement est créé avec la démarche Abma en filigrane. Le règlement intérieur est co-construit avec le personnel et prend en compte l’avis des élèves. Ces derniers ont un temps de parole important lors des conseils de classe et sont invités à faire des propositions. Tous les partenaires sont consultés sur les questions relatives aux incivilités, à la sécurité, au bien- être. Les enfants sont suivis en amont à l’école primaire, puis durant toute leur scolarité de manière individuelle.

Des symboles ont été créés autour de l’établissement : un logo qui figure notamment sur les t-shirts, des tenues fluo pour les sorties en extérieur, une devise : « Bien être et réussite ensemble ». Des soirées et des journées de cohésion ont été organisées en tribu. Une permanence régulière de mamans à l’entrée du collège contribue également au lien avec les familles.

Pour faire face à la montée des tensions dans la cour de récréation en raison de l’augmentation des effectifs, un système a été mis en place : un niveau par jour a accès au plateau sportif, ce qui réduit à trois le nombre de niveaux dans la cour. Trois espaces sont proposés pour la pause méridienne : un espace jeux sur le plateau sportif, un espace calme et ombragé et un espace lecture, en projet. Les enfants passent tour à tour à la cantine en fonction des emplois du temps. Plusieurs projets d’’embellissement sont aussi en cours.

En trois ans, à Païamboué, le taux de réussite du brevet est passé de 65,7 % à 84 %. Le taux d’absentéisme a commencé à diminuer et les consultations volontaires d’aide ou de soutien ont augmenté. Sophie Carbuccia, qui a succédé à Laurent Bouly, a été « très marquée » par l’ambiance à son arrivée. « Le système est interessant parce que dans les lois de la République on dit que l’enfant doit être au centre du dispositif. Or ce n’est vrai nulle part parce que les établissements sont de grosses machines. Là on parvient à prendre les jeunes dans leur globalité et ça fonctionne. »

D’autres initiatives sont à souligner. À Koumac, une brochure sur l’outil « Pronote » a permis d’augmenter de 10 à 30 % de parents utilisateurs. Les rencontres parents-professeurs ont été délocalisées dans une médiathèque pour établir une autre ambiance. Dans d’autres établissements, on a misé sur les peintures pour offrir du confort visuel, réorganisé les classes pour réduire les déplacements jugés trop longs entre les bâtiments, lutté contre les moustiques, assaini les produits dans les distributeurs automatiques, revu les repas, etc.

De simples changements ont souvent de grands effets. Selon le Dr Lehmann, on observe dans tous les établissements concernés moins d’agressions, moins d’absences, des parents « moins pressés de partir », une plus grande fréquentation de la salle des professeurs, une baisse ou une stabilisation du turn-over des enseignants…

Les établissements inscrits dans la démarche depuis trois ans pourront prétendre à une labellisation en tant qu’« Établissement promoteur de santé ». Païamboué est en bonne voie pour obtenir le premier label Calédonien en novembre prochain. Il s’agira de continuer à montrer l’exemple.


La question des cantines

Avec les problèmes rencontrés ces dernières années et la pression des parents d’élèves et des associations, un mouvement d’amélioration de la qualité des produits servis aux enfants est en cours. Les difficultés sont plus importantes, on le sait, dans le Grand Nouméa où il y a plus de bouches à nourrir.

Mais il y a du neuf cette année : la ville du Mont-Dore a choisi deux nouveaux prestataires en plus de Newrest pour fournir ses 1 500 repas aux écoliers, la Niçoise et la Casserolette. Sa volonté : avoir davantage de produits locaux, frais et issus du circuit court. Cette mise en concurrence va être testée sur un an avec une tacite reconduction pour trois ans. À noter que l’on travaille désormais aussi à l’amélioration des conditions dans lesquelles sont pris les repas : la sonorisation, le temps passé à table etc.

C.M

©D.R.

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