Violences conjugales, vigilance au travail

À l’occasion de la Journée internationale de l’élimination de la violence faite aux femmes mercredi 25 novembre, la CPS a décidé – par le biais d’une conférence – de se concentrer plus particulièrement sur la violence conjugale et aussi sur la façon dont les lieux de travail sont affectés par ce fléau. Parmi les participants : Izane Vallet, bénévole de l’association Femmes et violences conjugales, plate-forme d’écoute, de prévention et de formation depuis 17 ans. 

Photo: Izane Vallet, à droite, aux côtés d’une autre bénévole de l’association, Valérie Le Den.

 

DNC : Quelles sont les caractéristiques d’une relation abusive ?

Izane Vallet : Le cycle de la violence est toujours le même dans une relation abusive. On observe une montée de tension, puis une crise de violence, des excuses ou des justifications, puis des promesses et des espoirs. Avant que le cycle ne se répète. Il peut se répéter ainsi des années durant voire toute une vie. Et puis il y a toujours des contraintes et des menaces qui sont proférées : menace de faire du mal à sa victime, de la quitter, de se suicider, de la dénoncer, de la forcer à retirer une plainte ou à faire des choses illégales. Après, il y a différents types de violences, psychologiques, physiques, verbales, sexuelles, mais aussi économiques et administratives, qui sont très fréquentes.

DNC : Comment s’illustrent ces abus financiers ou administratifs ?

Izane Vallet : Dans ces cas de figure, on confisque l’argent ou les papiers de la victime pour l’isoler. On l’empêche de travailler, on lui prend son argent ou sa carte bleue, on lui donne de l’argent de poche, on l’empêche d’avoir accès au compte bancaire ou on la force, par exemple, à demander de l’argent aux autres. Les abus administratifs peuvent prendre la forme d’une confiscation des papiers d’identité. Dans tous les cas, il y a une forme de contrôle et de volonté d’isoler l’autre. On vérifie tout ce qu’elle fait, on l’empêche de voir sa famille ou ses amis. Les hommes abusifs séparent souvent bien les rôles. La femme peut être traitée comme une servante, lui, se conduire en maître de la maison ou décider seul des choses importantes. Ils peuvent aussi utiliser les enfants pour la menacer ou la culpabiliser.

DNC : La victime est toujours rabaissée…

Izane Vallet : Oui, surtout que la personne abusive minimise la gravité des abus, fait un déni, rend l’autre responsable, l’humilie, lui fait croire que c’est elle qui est folle.

DNC : La CPS a souhaité évoquer l’incidence que peuvent avoir ces problèmes personnels au travail. Que peuvent faire les employeurs face à ce genre de situation ?

Izane Vallet : C’est un problème important en Nouvelle-Calédonie et de nombreux employeurs sont confrontés à ces situations. Il faut comprendre qu’il y a un impact direct sur le travail avec des absences, des retards, des conséquences sur la productivité et l’ambiance, la santé et la sécurité des employés. Pour faire face, on peut déjà se préparer à l’éventualité de ces situations et sensibiliser les employés. Dire ouvertement que l’on est contre ces formes de violence, montrer qu’on peut être à l’écoute, présent en cas de problème.

DNC : Quels sont les signes qui doivent mettre la puce à l’oreille ?

Izane Vallet : En ce qui concerne les victimes, on peut observer un changement de comportement, un isolement, le manque de confiance en soi, l’autodénigrement, des symptômes de dépression, des difficultés à gérer le stress. Un auteur de violences, de son côté, peut être très affable et séducteur, mais avoir une faible estime de soi. Il peut avoir des difficultés à accepter la critique et à reconnaître ses erreurs. Il a généralement une grande tolérance à la violence, au sexisme et au machisme. Il peut avoir une dépendance à l’alcool, aux jeux, aux drogues, avoir des comportements à risques. Des appels téléphoniques constants de « surveillance » depuis le travail peuvent alerter.

DNC : Qu’est-ce qui empêche les victimes de parler ?

Izane Vallet : Le plus difficile pour une victime est déjà de prendre conscience que c’est une victime. Ensuite, il y a la peur, la dépendance, l’entourage, la coutume pour certaines et la difficulté à saisir des moyens d’action. Il faut trouver des ressources importantes en soi pour pouvoir parler et éventuellement partir. Et il faut aussi se rendre compte que c’est un territoire minuscule. On ne peut pas disparaître et on a des risques de recroiser l’autre . Enfin, il y a un manque de confiance en la justice, les institutions. Le suivi est inégal sur le territoire.

DNC : On sait aussi qu’il y a davantage de dispositifs qu’auparavant, mais on a du mal à voir la situation évoluer. Qu’est- ce qu’il manque aujourd’hui aux professionnels ?

Izane Vallet : Nous n’avons pas de données. Les seules données dont tout le monde se sert, sont les chiffres de l’Inserm publiés en 2003 (NDLR : lire encadré). Rien de plus n’a été fait depuis, donc on ne peut pas mesurer l’impact de notre travail et savoir dans quel état est la population aujourd’hui. On peut simplement dire qu’entre 2012 et 2015, on a eu à peu près le même nombre de demandes, et on sait qu’il y a davantage de dispositifs donc on peut espérer que les gens s’en servent.

Globalement ensuite, chacun fait ses petites actions mais on n’essaye pas de travailler tous ensemble autour de cette problématique qui impacte pourtant tout le pays. Il serait urgent qu’il y ait une concertation sur les violences conjugales au niveau du pays et la mise en place de dispositifs à échelle pays. Aujourd’hui, il n’y a pas de synergie. On sent que ce n’est pas une priorité.

Propos recueillis par C.M.

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Les derniers chiffres en Nouvelle-Calédonie (INSERM 2003)

  • 1 femme sur 4 subit des violences
  • 30 % des femmes sont victimes de violences conjugales
  • Les femmes sont victimes de violences physiques et sexuelles dans 22 % des couples.
  • Seulement 16 % des femmes dénoncent ces violences.
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