Vers un référendum bis ?

Pierre-Christophe Pantz, docteur en géopolitique et chercheur associé au Laboratoire de recherches juridique et économique de l’Université, a récemment publié un article présentant les enjeux de cette élection cruciale pour la Nouvelle-Calédonie au crépuscule de l’Accord de Nouméa. Pour le chercheur, l’un des principaux enjeux pour les indépendantistes sera de confirmer le résultat du référendum qui a fait mentir tous les sondages.

Le scrutin du premier référendum de sortie de l’Accord de Nouméa à peine passé que les Calédoniens sont de nouveaux appelés aux urnes. Cette fois, ils vont devoir choisir leurs représentants dans les assemblées de province et, indirectement, ceux du Congrès. Un choix important si l’on tient compte du fait que ce sont ces futurs responsables qui auront la tâche de se mettre à table afin de discuter de l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Mais d’ici le prochain référendum, qui devrait être organisé à la fin de l’année 2020 et du dernier qui pourrait avoir lieu en 2022, d’autres rendez- vous électoraux attendent les Calédoniens et notamment les élections municipales ainsi que la présidentielle, juste avant la tenue de la dernière grande consultation. Le choix du futur président de la République aura sans doute des incidences sur les négociations qui pourraient être entamées entre les trois partenaires : l’État, les indépendantistes et les loyalistes.

Pierre-Christophe Pantz, docteur en géopolitique et chercheur associé au Larje propose sur le site du laboratoire une analyse des enjeux de ce scrutin important à plus d’un titre. Comme le rappelle le chercheur, les provinciales sont un scrutin qui mobilise habituellement un grand nombre d’électeurs, quelle que soit leur tendance. Il rappelle ainsi qu’en 1999 et en 2004, les élections avaient été marqué par un taux de participation de l’ordre de 75 %. Pierre-Christophe Pantz estime, même si les corps électoraux référendaires et provinciaux sont légèrement différents, que le vote du 12 mai constituera un ultime baromètre avant la consultation de l’année prochaine. Un enjeu important pour les deux tendances. Pour les loyalistes, il s’agit de conserver les institutions et notamment le Congrès et le gouvernement, alors que pour les indépendantistes, il est plutôt question de savoir si le plafond de verre peut être brisé, l’ambition étant de remporter une majorité au Congrès.

Rupture avec les grands partis traditionnels

S’il est vrai que les grands partis ont traité la question institutionnelle, ils ont toutefois dû faire face à la montée de nouveaux partis dont les objectifs sont tout sauf institutionnels. Un positionnement qui les a poussés à développer des programmes sur des thématiques d’habitude relativement peu abordées. C’est tout particulièrement le cas de l’environnement qui a été un thème de campagne important pour des partis qui s’y intéressent peu d’ordinaire ou de manière très superficielle. Au-delà de tirer les grands partis hors de leur zone de confort, la multiplication de ces nouveaux partis traduit une volonté de changement d’une partie de la population qui aspire à de profondes mutations, désabusée par le clientélisme, la corruption et la non-prise en compte de problématiques qui leur semblent importantes.

La prolifération des partis océaniens est également intéressante. Elle marque une rupture entre cet électorat et les grands partis traditionnels. Vivant de nombreuses discriminations au quotidien, ils estiment que ces grands mouvements politiques ne défendent plus leurs intérêts. C’est tout particulièrement le cas de l’Éveil océanien qui s’est fixé pour mission de porter la voix des Wallisiens et Futuniens et plus largement des Océaniens dans les institutions du territoire.

Une gouvernance qui pourrait s’avérer compliquée

Mais la réussite électorale de ces nouvelles formations est plus qu’incertaine en raison de la cristallisation de l’électorat. Comme le souligne Pierre-Christophe Pantz, « l’importante corrélation entre la répartition du vote indépendantiste et celle de l’électorat kanak est une constante qui structure le paysage politique néo-calédonien. (…) Trente ans après les accords de Matignon- Oudinot, la bipolarité indépendantiste / non- indépendantiste est toujours aussi prégnante et clivante et les institutions mises en place dans le cadre des accords de Matignon et Nouméa conçues pour tendre vers le consensus et la construction d’un « destin commun » ont clairement échoué à initier des changements significatifs ».

Si cette tendance est lourde, le chercheur note toutefois une certaine dégradation du vote non indépendantiste en province Nord et dans les Îles. L’absence de liste commune des loyalistes dans ces provinces ne devrait permettre d’arranger la situation.

Dans les Îles, la situation est tout particulièrement incertaine à la veille du vote. Les résultats du référendum y ont montré une abstention élevée, traduisant potentiellement une percée du Parti travailliste qui avait appelé au boycott de la consultation de novembre 2018. Allié au LKS, les deux partis indépendantistes pourraient donc bien créer la surprise aux Loyauté.

Mais l’incertitude concerne également les autres provinces, notamment en raison de l’abstention. Cet élément déterminant sera l’un des grands enjeux des élections du 12 mai. L’analyse du chercheur questionne la participation des jeunes qui s’est avérée particulièrement faible pour le référendum dans certains endroits et pourrait préfigurer un fort taux d’abstention chez des jeunes kanak dépolitisés, même si dans d’autres communes, la participation de cette jeunesse s’est montrée importante. Les provinciales seront donc un révélateur de la «vitalité politique de la Nouvelle-Calédonie » et pourrait confirmer ou infirmer « une fracture générationnelle, idéologique et identitaire qui semble se creuser progressivement, élection après élection ». Une fracture qui se matérialise tout particulièrement chez les indépendantistes avec la création du mouvement néo-indépendantiste et souverainiste ou encore de la liste Unitaire Kanaky génération dans les îles.

De fait, la question des jeunes a largement occupé les esprits des états-majors des partis. La présentation des listes montre pourtant une certaine incapacité des partis à faire une place à cette jeunesse. Si quelques jeunes ont été saupoudrés ici et là et que certains anciens ont décidé de se retirer de la vie politique (*), les têtes de liste sont pour l’immense majorité des poids lourds de la politique calédonienne. Des choix qui ne laissent pas présager l’instauration d’un dialogue renouvelé entre les partis.

Pierre-Christophe Pantz aborde également des questions plus techniques comme celle des procurations qui ne va pas sans poser de problème ou encore la problématique des « votes perdus » qui favorisent les grandes listes et de la barre fatidique des 5 % à franchir pour envoyer des élus dans les institutions. Le chercheur rappelle que cette règle électorale a été modifiée en 1999. Lors de la provincialisation en 1989, les candidats devaient obtenir 5 % des bulletins exprimés et non des inscrits pour pouvoir siéger. Cette règle a été changée en 1999 par la loi organique et a cristallisé les grands blocs et, d’une certaine manière, fait taire les voix qui auraient pu être dissonantes. De fait, la seule question qui a véritablement compté depuis est la question institutionnelle. Si aucune majorité forte ne devait sortir des urnes, l’exécutif devrait avoir bien du mal à gouverner. De nombreuses réformes sont encore attendues, mais trouver des majorités pourrait s’avérer compliqué.

L’article complet est à retrouver sur le site internet du Larje à l’adresse suivante : larje.unc.nc/fr/les-elections- provinciales-de-mai-2019-un-referendum-bis/.

*La plupart des anciens élus qui se sont retirés sont impliqués dans des affaires politico-financières.

M.D.

©AFP

 

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