Vaincre l’alcool et la drogue chez les jeunes : la formule magique ?

Le professeur Harvey Milkman, chef de file international de la réflexion sur les programmes de prévention contre la délinquance et l’addiction des jeunes, est sur le territoire. Il est connu pour avoir contribué à détourner la jeunesse islandaise de l’alcool et de la drogue. L’Islande devenant un modèle pour une quinzaine de pays. Une méthode qui pourrait- être efficace en Calédonie. 

C’est à l’invitation de la Finc, Fédération des industries, que le professeur Harvey Milkman a rencontré les représentants du haut- commissariat, les groupes politiques et tenu une conférence publique, mardi soir, à la CPS. Ce professeur de la Metropolitan State University de Denver, aux États-Unis, est devenu une sommité de la prévention contre la délinquance et l’addiction des jeunes, après le succès du modèle développé en Islande.

Ses travaux, menés depuis 1998 en collaboration avec le Centre islandais de recherche sociale et d’analyse, ont ainsi contribué à réduire significativement l’abus de la consommation de substances psychoactives chez les adolescents et permis à l’Islande de devenir le premier pays européen en matière de santé chez les jeunes. Concrètement, la proportion des adolescents islandais entre 15 et 16 ans qui avaient l’habitude de s’alcooliser était de 42% en 1998 et a chuté à 5 % en 2016. Sur la même période, le nombre de consommateurs de cannabis a baissé, passant de 17 % à 7 %, et les jeunes fumeurs sont passés de 23 % en 1998 à seulement 3 % en 2016.

Les travaux d’Harvey Milkman ont dès lors été présentés aux Nations unies, puis détaillés dans la presse internationale l’année dernière. À ce jour, une quinzaine de pays ont engagé des programmes similaires avec le professeur qui précise : « On parle souvent de formule magique, mais c’est en fait un travail de longue haleine. Pour arriver à de tels résultats, il faut user de bon sens et de la chimie du cerveau. Il faut remplacer une addiction par autre chose. »

Le modèle islandais

Pour quasiment éradiquer l’abus d’alcool, de tabac et de drogue chez les adolescents, l’Islande s’est basée sur une formule qui combine couvre-feu, prévention et activités. Tout a commencé en 1998 avec un questionnaire anonyme diffusé aux collégiens et lycéens. Puis des rencontres avec les acteurs sociaux ont été organisées. Après une phase de collecte d’informations, sont arrivées les premières mesures comme un couvre-feu pour les mineurs de 13 à 16 ans avec interdiction d’être dehors après 22 heures et une permission de minuit pendant les grandes vacances.

La vente de tabac a été interdite aux moins de 18 ans et l’achat d’alcool est devenu illégal pour les moins de 20 ans. Si certains y voient là une forme de répression, Harvey Milkman, explique « qu’il s’agit de mesures spécifiques à l’Islande, la population de ce pays trouvant cela normal. Je ne dis pas que cela s’applique à coup sûr ailleurs. Chaque pays à ces spécificités et c’est à ses habitants de décider collégialement les mesures à prendre. »

Le programme islandais a aussi encouragé la pratique d’activités extrasolaires avec la distribution aux familles d’enveloppes annuelles d’un montant total de 36 000 F par enfant de 6 à 18 ans. Des moments de partage ont été aussi mis en place avec des activités, des temps de parole entre parents et enfants. « Il faut garder en tête que quelle que soit la société, le comportement des jeunes repose sur quatre facteurs : la famille, les pairs, le bien-être, le sport et les activités. C’est le fondement de ce programme et on le trouve dans une société aux populations différentes comme en Calédonie », explique le scientifique.

En Calédonie justement ?

Interrogé sur la question de savoir si le modèle islandais pourrait fonctionner pour le territoire, grandement touché par les fléaux de l’alcool et du cannabis chez les jeunes (voir encadré), le professeur répond : « Il est certain qu’en Islande, la population a été facile à mobiliser puisqu’il s’agit d’une population homogène à la différence de la Nouvelle-Calédonie. Mais si les valeurs humaines sont différentes selon les pays, par expérience, les programmes lancés dans des pays pluriethniques, fonctionnent. Les résultats sont encourageants. Il suffit de garder en tête quand on lance ce type de méthode qu’il faut prendre en compte les différences et les souhaits de chacun. Si dans tels pays c’est la répression qui marche, dans d’autres cela peut être la religion ou les activités culturelles, etc. »

Pour le spécialiste, la première action à faire est donc d’obtenir « la volonté collective d’endiguer ces fléaux que sont l’alcool et les drogues ». C’est pour cette raison que le programme de lutte commence, et à juste titre, par une année où il faut arriver à démontrer aux différentes populations le bien-fondé d’un tel programme. « Il faut ensuite mener une étude où l’on va rencontrer les jeunes, les communautés, les décideurs, les spécialistes de santé, les parents… pour savoir ce qu’eux proposent. » Cette étude dure en moyenne six mois.

À partir de là, un programme de prévention contre la délinquance et l’addiction des jeunes débutera aux moyens d’actions qui vont durer trois ans. Au terme de cette période, un point sera fait pour ajuster le programme qui se poursuivra le temps qu’il faudra.

Et pour le spécialiste de conclure : « Un tel programme ne peut que fonctionner puisque ce sont les acteurs de la société qui en tracent les grandes lignes. Avec cette méthode, n’importe quelle population peut bénéficier au bien-être général, psychologique et physique de milliers d’enfants. Sans parler des bénéfices pour la société en général et pour les finances des systèmes de santé en particulier. » La balle est plus que jamais dans le camp des autorités…


Alcool et cannabis chez les jeunes Calédoniens

Selon les services sanitaires et le Baromètre santé jeunes 2016, près de 60 % des jeunes ont déjà expérimenté l’alcool et 40 % en ont consommé dans les 30 jours. C’est en province Nord que la consommation est la plus répandue (44 %). La quantité augmente avec l’âge, 11 % des 10-12 ans consomment occasionnellement de l’alcool, ils sont 60 % des 16-18 ans. 10 % des jeunes déclarent avoir vécu leur première « cuite » avant 13 ans et 52 % déclarent avoir été ivres au cours des 30 derniers jours. Pour le cannabis, 26 % des 16-18 ans déclarent consommer du cannabis dont 6 % de manière régulière. Ils sont 20 % à avoir déjà expérimenté le cannabis. En province Nord et dans les îles la consommation est plus importante que dans le Sud. Enfin, la consommation du cannabis chez les jeunes est plus importante en Calédonie qu’à Wallis-et-Futuna et en Métropole.

C.S.

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