Une partie du vivant se meurt

Les représentants de 132 pays et des experts internationaux sont actuellement réunis à Paris pour travailler sur la perte de la biodiversité. Cette plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques s’alarme de l’accélération de la disparition des espèces.

La disparition des espèces s’accélère. Pour les scientifiques, il s’agit tout bonnement de la sixième extinction de masse des espèces qui menace à très court terme une espèce animale sur huit. Un cataclysme écologique sur lequel planchent actuellement des scientifiques et des diplomates de plus de 130 pays. Ils examinent un rapport publié en 2018 par la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). Créée en 2012, référence scientifique en matière de biodiversité à l’instar du Giec pour le climat, elle regroupe 150 experts depuis trois ans pour finaliser ce document de plus de 1 800 pages.

« Jusqu’à maintenant, nous avons parlé de l’importance de la biodiversité principalement d’un point de vue environnemental. Maintenant, nous insistons sur le fait que la nature est cruciale pour la production alimentaire, pour l’eau pure, pour les médicaments et même la cohésion sociale », explique Robert Watson, le représentant de l’IPBES.

Si les scientifiques sont aussi inquiets, c’est que les chiffres ne sont pas rassurants. Entre 500 000 et un million d’espèces pourraient disparaître dans les prochaines décennies. Ces chiffres, qui devraient être confirmés par l’assemblée plénière de l’IPBES qui se tient actuellement à Paris, sont confortés par d’autres études. Le WWF avait notamment évalué que 60 % des populations de vertébrés ont disparu en quarante ans et près de 20 % des espèces de mammifères.

« Il existe aujourd’hui un consensus scientifique sur le fait que nous vivons une crise générale de la biodiversité et un effondrement universel, rapide et qui s’accélère », souligne Yann Laurans, le directeur du programme biodiversité de l’Institut du développement durable et des relations internationales. Et c’est peut-être bien là le plus inquiétant, le rythme de l’extinction s’accélère.

Un accord sur la biodiversité en 2020 ?

Tout l’enjeu est de parvenir à un accord du même type que l’Accord de Paris qui marque une légère avancée en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Un réchauffement qui est intimement lié à la disparition des espèces. En quatre ans, la plus grande colonie de manchots empereurs située en Antarctique a tout simplement disparu en raison de la fonte des glaces.

Ce lien a été montré par un rapport du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) rendu public l’année dernière. L’idée de l’assemblée plénière est de proposer une version plus digeste du rapport pour le commun des mortels et dans l’optique d’une réunion en Chine, en 2020, des États membres de la Convention de l’Onu sur la diversité biologique (COP15).

Rien ne dit pourtant que cet accord permettra vraiment d’améliorer la situation. L’Accord de Paris sur la lutte contre le réchauffement climatique est diversement appliqué, à commencer par la France qui ne respecte pas ses propres engagements. Les États-Unis, qui sont le deuxième plus gros pollueur de la planète, ont tout simplement décidé de ne pas respecter les termes de l’accord.

Alors que l’on assistait, il y a quelques jours, à la disparition de la deuxième plus importante colonie mondiale de manchots empereurs, engloutie par les eaux en raison de la fonte des glaces, la France autorisait un nouveau forage pétrolier dans le bassin d’Arcachon. Alors que les problèmes de toutes sortes et notamment d’accès à l’eau se multiplient et sont potentiellement porteurs de conflits armés, les grandes puissances semblent ne pas prendre la mesure de la catastrophe en cours, tout comme les industriels.

Des doutes sur les engagements

Mais ce « greenwashing » qui lave plus vert que vert ne sauvera pas la planète et ses habitants. Il ne faut pas seulement modifier la production agricole, mais aussi notre consommation et plus généralement nos modes de vie, « de modèle économique et de valeurs », martèle Arnaud Gauffier, un des responsables du WWF. « Par exemple, un régime alimentaire bien équilibré est bon pour notre santé et aussi bon pour la planète », souligne l’un des auteurs du rapport. Pour tenter d’enrayer le phénomène, ce sont des mesures radicales qu’il faudra mettre en œuvre et les scientifiques sont plutôt sceptiques quant à la capacité des États, en particulier les plus riches, à s’engager.

L’IPBES a identifié les principales sources de l’érosion de la biodiversité. La première est l’étalement urbain et l’artificialisation des sols qui réduit de fait le territoire des autres  espèces. Un phénomène largement médiatisé dans le cas de la destruction des forêts en Asie du Sud-Est et notamment en Indonésie, qui impacte les populations d’orangs-outans. Au rayon des causes, on retrouve également la surexploitation des ressources, notamment liée à la pêche ou l’extraction minière, les pollutions diverses et variées ou encore les invasions d’espèces.

Autant de raisons qui sont étroitement liées aux modes de production et de consommation actuels, comme l’ont identifié un grand nombre d’économistes de différentes disciplines. De nombreux experts ne cessent de le marteler : cette extinction ne menace pas simplement les espèces animales, mais l’espèce humaine elle-même dont l’équilibre est ancré à l’existence des animaux et des végétaux.


Et en Calédonie ?

La Nouvelle-Calédonie est de plus en plus reconnue comme l’un des hot spots de la biodiversité mondiale. Les politiques publiques environnementales sont pourtant relativement faibles malgré les nombreuses annonces faites par les pouvoirs publics qui verdissent leur communication. Sans être exhaustif, on notera l’absence de fiscalité environnementale ou encore de véritable politique environnementale au niveau minier. On peut également relever que le gaz prévu pour faire tourner la future centrale électrique de Doniambo devrait provenir d’Australie. Il devrait être le fruit de la fracturation hydraulique, un procédé qui génère de très importantes pollutions.

Cela n’empêchera pas la Nouvelle- Calédonie d’accueillir la dixième conférence des îles du Pacifique sur la conservation de la nature et des aires protégées, en avril 2020. Cette conférence sera notamment l’occasion d’évaluer le plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020 de la convention sur la diversité biologique des Nations unies qui a permis de fixer les « objectifs d’Aïchi ».

M.D.

 

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