Une enquête très attendue

L’Institut de la statistique et des études économiques a lancé l’enquête Budget consommation des familles. Une enquête essentielle pour définir certains indicateurs comme le taux de pauvreté ou encore le niveau d’inégalités. La dernière de ce type date de 2008 et ne permet plus d’avoir une vision claire de la situation. Les résultats sont attendus d’ici la fin de l’année 2020.

La question des statistiques revient souvent dans les débats. Les chiffres se sont aujourd’hui imposés comme des outils incontournables du débat public. Si leur analyse doit faire l’objet de précautions, ils peuvent éclairer un certain nombre de questions économiques et sociales. Mais s’ils sont très prisés de la classe politique et de la population en général, le fait est que la Calédonie produit très peu de statistiques. Un manque qui est potentiellement générateur de dysfonctionnements. L’absence de mesures limite notamment très fortement l’évaluation des politiques publiques et l’optimisation des dépenses.

Ces politiques publiques sont généralement au cœur de la lutte contre les inégalités qui semblent désormais constituer une priorité, contrairement à ce que pouvait par exemple laisser entendre le Medef-NC qui, par la bouche de son président, Daniel Ochida, avait qualifié les inégalités d’arguments « tarte à la crème ». La redéfinition des rapports de force politiques et la possible accession des indépendantistes à la présidence du gouvernement pourraient faire des inégalités l’un des critères de base des politiques publiques de ces prochaines années, du moins si l’en croit les programmes des partis appartenant au FLNKS et à l’Éveil océanien.

L’enquête Budget consommation des familles, lancée en début d’année par l’Institut de la statistique et des études économiques, pourrait bien s’avérer plus qu’utile. Elle vise à « reconstituer les dépenses et les ressources des ménages résidant en Nouvelle-Calédonie » et se déroule sur la période février 2019 à février 2020. « Cette enquête est très importante puisqu’elle va permettre de savoir comment les Calédoniens dépensent leurs revenus, mais aussi de mieux connaître leurs ressources », explique Olivier Fagnot, le nouveau directeur de l’Isee. De ces données pourront être tirés les chiffres de la pauvreté ou encore des inégalités.

L’importance de disposer de données fiables

Tout l’enjeu est de pouvoir disposer d’informations fiables et en quantité. Pour atteindre cet objectif, l’Isee compte sur ses 18 enquêteurs qui arpentent le territoire afin de recueillir les données qui seront ensuite analysées par les agents de l’institut. Les enquêteurs rendront visite aux ménages deux fois afin de tenir compte de la saisonnalité des comportements. L’institut appelle les Calédoniens à bien vouloir participer à l’étude, afin que le taux de réponses soit le plus important possible et demande également aux participants de faire preuve de la plus grande sincérité.

Certains ménages se montrent méfiants, notamment en raison du caractère confidentiel ou personnel de certaines informations qui sont pourtant essentielles à la pertinence de l’enquête. Sur ce point, Olivier Fagnot est plus que formel : les données recueillies dans le cadre de l’enquête sont strictement confidentielles et l’Isee veille scrupuleusement à garantir cette confidentialité.

Ce sont 2 500 ménages qui ont été tirés au sort afin de participer à l’étude avec néanmoins des critères de représentativité pour que l’échantillon soit exploitable. Même si le directeur de l’Isee estime ce panel assez important, on notera toutefois que l’enquête Budget consommation des ménages de 2008 portait sur 3 700 ménages.

Mesurer les inégalités entre les communautés

Contrairement à la version précédente, et c’est le grand apport de cette enquête, le questionnaire précise l’origine ethnique des personnes interrogées. Une question qui n’avait pas été retenue en 2008. Cet élément a été introduit dans l’enquête sur les forces de travail dont les résultats ont été récemment présentés par l’Isee. Cela a notamment permis de faire ressortir les discriminations dont sont victimes les communautés océaniennes sur le marché du travail. D’autres études scientifiques ont permis de documenter des discriminations au niveau du logement, des loisirs et, surtout, sur le plan scolaire. Cette étude devrait permettre, en fonction de la qualité des données, de mesurer les inégalités entre les communautés et de faire des zooms sur chacune d’entre elles, ce qui était impossible jusqu’à présent.

En s’attachant à examiner l’ensemble des ressources, l’enquête pourra également donner des éléments intéressants concernant la solidarité entre les ménages et l’importance de l’économie informelle. Outre les salaires, les enquêteurs examineront les revenus issus des transferts sociaux, du capital, mais aussi les revenus non monétaires, comme les dons ou l’autoconsommation, qui peuvent représenter une part importante pour certains ménages. Au-delà de l’aspect communautaire, l’évaluation des inégalités pourrait réserver des surprises. En onze ans, la situation de la Nouvelle-Calédonie a profondément changé au gré des politiques publiques et des différents dispositifs sociaux. Si des mesures ont été mises en place pour lutter contre les inégalités, certaines ont été sensiblement modifiées, c’est par exemple le cas de l’aide au logement, qui a vu son montant réduit.

On regrettera juste qu’aucune enquête intermédiaire n’ait été réalisée, ce qui aurait précisément permis d’apporter des indications quant à l’impact des politiques publiques, en particulier en matière sociale. L’enquête Budget des familles est normalement menée tous les cinq ans sur l’ensemble du territoire français.


Utile pour l’indice des prix

L’enquête présente une utilité qui n’est pas forcément évidente de prime abord. Cette analyse permet de connaître les habitudes de consommation réelles des Calédoniens et donc de définir le poids des différents postes dans le budget global des ménages. Une répartition qui permet de définir les pondérations appliquées pour la construction de l’indice des prix qui permet de mesurer l’inflation et peut donner des éléments, non suffisants, pour la mesure du pouvoir d’achat.


Quelques grands résultats de 2008

L’enquête de 2008 avait permis de produire un grand nombre de résultats sur le mode de vie des Calédoniens. En moyenne, les dépenses d’un ménage s’élevaient à 343 000 francs. Les deux tiers de cette somme étaient consacrés aux dépenses d’habitat, d’alimentation et de transport. Une répartition qui a légèrement changé puisqu’entre 1991, date de l’enquête précédente, et 2008, les dépenses de logement sont passées devant celle de l’alimentation. On pouvait également apprendre que le taux de pauvreté était de l’ordre de 17 à 20 %, soit environ 53 000 personnes vivant sous le seuil de pauvreté. En matière d’inégalités, l’enquête faisait ressortir des écarts de salaires d’un rapport de l’ordre de 1 à 7. Les inégalités étaient par ailleurs très marquées entre les provinces.

M.D.

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