Un plan d’abattage mis en place à Nouméa

La province Sud et la mairie de Nouméa ont décidé conjointement de lancer une campagne de prélèvement d’une vingtaine de requins bouledogues dans le lagon bordant Nouméa. Une campagne de pêche qui sera accompagnée d’une sensibilisation de la population et des professionnels. Les autorités envisagent également l’installation à plus long terme d’un filet de protection à la Baie-des-Citrons.

Chaque attaque de requin suscite une vive émotion. Cela avait été le cas lors du décès d’une femme suite à l’attaque d’un requin tigre à Poé en 2016. Cela a également été le cas en mai avec le décès d’un pêcheur de Bélep et l’attaque dont a été victime un petit garçon à la marina de port du Sud. Deux tragédies qui sont à l’origine d’une psychose autour des requins et ont conduit de nombreux centres de vacances à annuler leurs activités nautiques et certaines communes à restreindre l’accès à l’eau.

Une situation qui a également poussé la province Sud et la ville de Nouméa à réfléchir à un plan d’action. C’est à l’occasion d’une conférence de presse conjointe, organisée le 12 juin, que Sonia Backes, présidente de la province Sud, et Sonia Lagarde, maire de Nouméa, ont présenté leur plan pour assurer la gestion du « risque requin ». Très concrètement, le plan consiste surtout à autoriser l’abattage d’une vingtaine de requins bouledogues. La présidente de la province Sud a indiqué avoir déjà pris l’arrêté permettant les captures qui contreviennent au Code de l’environnement qui protège l’ensemble des espèces de requins depuis 2013.

Des captures strictement encadrées

Les captures seront strictement encadrées par les autorités qui seront présentes aux côtés de pêcheurs professionnels et s’assureront que toutes les règles de sécurité sont respectées. Un vétérinaire sera également à bord afin de s’assurer qu’il s’agit bien d’un requin bouledogue, la seule espèce autorisée à être prélevée et abattue. Les francs-tireurs qui voudraient pêcher eux-mêmes les requins s’exposent aux peines prévues par le Code de l’environnement qui sont d’une année d’emprisonnement et d’une amende de 1,78 million de francs.

L’abattage de cette vingtaine de requins sera complété par d’autres prélèvements, également autorisés dans le cadre d’arrêtés sur une période de 12 à 18 mois. L’idée étant de réduire la concentration de requins bouledogues à proximité des lieux les plus fréquentés de Nouméa et notamment ses baies. Les décisions seront prises en concertation entre les acteurs réunis au sein d’une cellule administratives et sur la base de témoignages d’observateurs de leur réseau tels que des salariés du port autonome ou encore des ambassadeurs du lagon. Rien de très scientifique et le manque de connaissances est bien l’une des clefs du problème (lire par ailleurs).

« Ce que je comprends, c’est que l’on ne sait pas grand-chose, souligne Sonia Backes. Nous initions un plan global à court, moyen et long terme concernant particulièrement le requin bouledogue qui est une espèce dangereuse pour l’homme. » Et Sonia Lagarde de compléter : « Pendant des années, les requins ont été nourris, ce qui les a sédentarisés ». La maire fait référence au nourrissage des requins longtemps pratiquée par les pêcheurs à l’entrée de Nouville, mais qui est désormais interdit. Si le nourrissage est une cause plutôt évidente de la présence des requins, elle pourrait ne pas être la seule. Et uniquement une étude scientifique permettrait de le déterminer. C’est précisément ce qu’ont fait les autorités de l’île de La Réunion qui ont étroitement associé la recherche à la politique de gestion du risque requin.

Plus de mouillage à la BD et projet de filet

Passé l’abattage, le plan prévoit une campagne de sensibilisation de la population. « Il ne s’agit pas de faire des prélèvements maintenant sans agir en parallèle notamment sur le shark feeding, précise la présidente de la province Sud. Il faut mettre en place une politique du risque requin qui n’existe pas aujourd’hui. » Cette campagne visera notamment à rappeler les bonnes et les mauvaises pratiques telles que vider ses poissons pêchés directement dans la mer, éviter la baignade dans les eaux troubles ou encore les baignades nocturnes. Afin de réduire les risques d’interactions entre les humains et les requins et notamment le rejet de déchets qui attirent potentiellement les squales, le mouillage forain à la Baie-des- Citrons sera interdit.

À plus long terme, la gestion des conditions de mouillage et des ports de plaisance sera étudiée afin de réduire les rejets et éviter les risques. Toujours à plus long terme, une étude sera lancée dans le but d’examiner la possibilité de mettre en place des mesures de protection des baies. Il s’agirait concrètement de mettre en place des filets. Reste que cette solution, appliquée dans de nombreux pays, est très coûteuse. Comme l’a indiqué Sonia Backes, si l’on ne devait protéger qu’une baie, ce serait certainement la Baie-des-Citrons qui concentre la plus grande partie de l’activité sur les baies de Nouméa.


Un manque de connaissances

Un programme d’étude sur quatre ans est actuellement en cours pour mieux connaître le requin bouledogue. Les premières observations avaient permis de comprendre les déplacements des squales. On sait aujourd’hui qu’ils se situent dans la grande rade de Nouméa à partir de 3 à 4 heures du matin. Ils y restent jusqu’en fin de matinée, moment à partir duquel ils rejoignent la petite rade… où ils restent jusqu’en fin d’après-midi. Ce n’est qu’après qu’on les retrouve au large des baies.

En dehors de ces déplacements, on sait très peu de choses sur leurs habitudes, leur alimentation ou encore leur nombre. Selon la province Sud, les scientifiques ont bien du mal à estimer la population. Elle pourrait être de l’ordre d’une quarantaine d’individus ou comprise entre 100 et 200. Aucune étude n’a cependant été commandée.

Selon Philippe Borsa, biologiste marin et écologue à l’IRD, ce type d’études est possible au travers de « captures / recaptures, de suivi des déplacements, d’identification des zones de reproduction, d’échantillonnage d’ADN à plusieurs années ou dizaines d’années d’intervalle ». Pour ce même chercheur, la première question à se poser est de savoir s’il y a plus de risque d’attaques aujourd’hui que par le passé. Si c’est le cas, il convient alors d’identifier les facteurs en cause grâce à des études scientifiques interdisciplinaires. Et une fois que les facteurs sont identifiés, voir « quelles mesures intelligentes peuvent être prises pour éventuellement réduire les risques ». En matière de réduction des risques, en dehors de la solution radicale que constitue l’abattage, Philippe Borsa évoque l’amélioration de la gestion des déchets organiques, de la qualité des eaux côtières ou encore celle des eaux de ruissellement.

M.D.

 

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