Un non, mais…

Le premier référendum d’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie était autant attendu que redouté par les uns et les autres. Le rapport de force à l’issue du scrutin a été chamboulé, alors que le non à l’indépendance est pourtant arrivé en tête avec près de 57 % des suffrages. Si les partisans de l’indépendance sont minoritaires, les résultats leur laissent entrevoir la possibilité d’accéder à la pleine souveraineté dans les quatre ans à venir.

Les Calédoniens y ont mis autant d’espoirs que de craintes, qu’ils soient loyalistes ou indépendantistes. Ils ont dû attendre près de 30 ans avant de pouvoir se prononcer pour la première fois sur l’accession à la pleine souveraineté du territoire. Ce long cheminement explique probablement la forte mobilisation des Calédoniens inscrits sur la liste électorale spéciale à ce scrutin. L’enjeu est également de taille puisque si un vote en faveur de l’indépendance ne préjugeait pas des relations futures avec la France, celles-ci auraient nécessairement été différentes des relations actuelles.

Un changement qui inquiète les loyalistes bien évidemment, mais également une partie des pro-indépendantistes. Cette conscience de l’importance des enjeux explique très certainement la forte participation de 80,63 % enregistrée le 4 novembre, à 18 heures. Une participation historique que les indépendantistes auraient souhaitée encore plus importante. Si les 80 % de ce scrutin sont nettement au-dessus des 67 à 68 % des dernières provinciales, il reste un potentiel de voix encore très important puisque plus de 33 000 électeurs ne se sont pas rendus aux urnes dimanche.

Une forte participation, mais encore des réservoirs

Du côté indépendantiste, l’espoir est du côté de ce réservoir d’électeurs. C’est tout particulièrement le cas dans les îles où la participation enregistrée a été la plus faible. Elle dépasse tout juste les 60 %. Un faible score qui peut en partie s’expliquer par l’appel à la non-participation du Parti travailliste de Louis Kotra Uregei. À Ouvéa, où Macki Wéa a réalisé un important travail de terrain, la participation n’atteint pas 60 % (59,38 %).

Mais le positionnement du Parti travailliste n’est pas la seule raison de la relative faiblesse de la participation dans les îles. De nombreux témoignages ont fait état de difficultés autour des procurations dont les conditions avaient été durcies pour éviter les dysfonctionnements qui reviennent plus ou moins à chaque élection. Afin d’éviter les procurations, des bureaux de vote décentralisés ont été mis en place, mais selon les estimations, entre 4 000 et 8 000 voix ont ainsi été perdues, faute de pouvoir être enregistrées.

Un vote ethnique…

Et il y a fort à parier que ces voix des îles auraient plutôt été en faveur du oui. Si les Kanak ne sont pas automatiquement indépendantistes, près de 18 % voix des îles se sont portées sur le non, ce scrutin confirme le facteur ethnique comme une des premières explications. La carte des résultats se confond presque parfaitement avec la répartition des communautés présentes en Nouvelle-Calédonie. Sur la côte Est où la population kanak dépasse 70 %, le oui s’est imposé très largement, dépassant dans certaines communes 90 %. À l’inverse, sur la côte Ouest de la province Sud, le non a dominé en effet miroir. Seules exceptions qui ont voté non dans le nord, Koumac et Pouembout ont d’importantes communautés non kanak.

À noter, le résultat assez symbolique de Poya qui est à cheval sur les provinces Nord et Sud. Dans la partie nord où la communauté kanak est majoritaire, c’est le oui qui l’a emporté, alors que dans le sud de la commune, le non s’est très nettement imposé.

S’il est extrêmement difficile d’affirmer que telle ou telle communauté, en dehors des communauté kanak et européenne, est plutôt d’une tendance ou d’une autre, il est intéressant de regarder certains quartiers à dominante wallisienne, par exemple. Le Rassemblement démocratique océanien, membre du FLNKS, emmené par Alosio Sako, a battu la campagne, mais il semble que la communauté wallisienne- et-futunienne plutôt loyaliste, n’ait pas basculé dans le camp indépendantiste. C’est du moins ce que l’on peut conclure en regardant les résultats des quartiers du Grand Nouméa où cette communauté est dominante. C’est notamment le cas dans les quartiers de Païta où le non s’impose largement à 74,1 %, mais perd un peu de terrain face au oui.

… et aussi social

Si l’on regarde un peu plus dans le détail sur Nouméa, outre la corrélation du oui et de la population kanak, on peut également observer un lien entre niveau social et vote indépendantiste. Comme l’illustre la carte réalisée par Pierre-Christophe Pantz, docteur en géopolitique, les quartiers populaires présentent des résultats plus favorables à l’indépendance que les quartiers plus aisés. Il est à noter que pour la capitale et par rapport aux élections provinciales, les bulletins en faveur de l’indépendance progressent de manière relativement importante.

Aux provinciales, la liste unitaire du FLNKS avait récolté à peine plus de 11 % alors que dimanche, le vote pour le oui à l’indépendance représente 19,49 %. À noter toutefois que les listes référendaires et provinciales ne sont pas les mêmes. Le corps électoral provincial étant un peu plus ouvert que celui du référendum. Pour l’île des Pins, la poussée est plutôt forte puisqu’aux provinciales, la liste indépendantiste avait récolté 68 % contre 82,47 % de oui dimanche. Dans ce cas, le corps électoral pour les deux scrutins est assez proche. Cette poussée pourrait donc s’expliquer par des éléments de politique locale et exprimer d’une certaine manière un rejet de la politique conduite par le maire loyaliste, Hilarion Vendégou.

Et maintenant ?

Comme de nombreux observateurs l’ont souligné, ce scrutin ne règle rien puisque la question de l’autodétermination reste entière sans montrer non plus de véritable ouverture d’un camp vers l’autre. Il a, en revanche, redonné de l’espoir aux indépendantistes qui redoutaient un « non massif » et un poids bienvenu à l’aube de l’ouverture de nouvelles discussions. Leur position est claire : l’Accord de Nouméa sera appliqué tel qu’il a été prévu, avec ses trois référendums. De leur côté, les loyalistes espérait un « non massif » avec l’idée d’éviter les autres consultations et pouvoir écrire une nouvelle page de l’histoire calédonienne.

Du côté du FLNKS, l’accession à l’indépendance n’est qu’une question de temps. La majorité viendra notamment s’appuyer sur les nouvelles générations, marquées par la reprise de la natalité kanak il y a près de dix-huit ans, qui devrait rétablir un équilibre démographique. Rien n’est toutefois moins sûr.

En attendant les deux prochains référendums, les élections provinciales seront un test grandeur nature qui permettra de mettre à l’épreuve l’ensemble des partis politiques calédoniens et leur capacité à se regrouper. Si l’unité était difficile à trouver chez les loyalistes, les indépendantistes du FLNKS pourraient bien réussir à constituer une liste unique, au moins dans le Sud, à l’instar des élections provinciales de 2014, afin de récolter les fruits de la dynamique de ce scrutin.

Les élections provinciales s’annoncent donc plutôt ouvertes, d’autant que Calédonie ensemble, usé par l’exercice du pouvoir, s’attend à une certaine désaffection de ses électeurs. Après un score sans appel de plus de 36 % aux dernières provinciales, les élections de mai 2019 s’annoncent radicalement différentes des précédentes.

M.D.

Cartes : Pierre-Christophe Pantz

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