Un fameux trois-mâts

La Nouvelle-Calédonie a eu la chance d’accueillir pour une petite semaine le HMB Endeavour au quai Fed. La superbe réplique du navire du capitaine Cook effectuait son premier voyage international.

En montant à bord du HMB Endeavour, on s’attendrait presque à croiser le capitaine Cook et son équipage, voir à vivre avec eux l’une des plus grandes aventures maritimes qui soient : le premier voyage du capitaine entre 1768 et 1771 qui l’emmena à Tahiti, en Nouvelle-Zélande et en Australie. Le pont du navire, briqué à la perfection, impressionne. Il est paré de centaines de bouts, plus épais les uns que les autres, de superbes poulies reluisantes, d’ancres massives. Le bois, domine. Les vingt-huit voiles parent magnifiquement le trois-mâts s’érigeant à perte de vue. Plusieurs petites marches, toujours en bois, nous emmènent sur le deck du XVIIIe siècle. Là, les tables et les tonneaux sont encore installés, les hamacs prêts à être accrochés pour la nuit. Un énorme poêle (appelé « fireheart », « cœur de feu ») pourrait presque répandre des odeurs de bœuf et de porc bouillis. À l’avant de ce deck, une partie basse nécessite de se courber, sur plusieurs mètres. On accède finalement à de minuscules cabines destinées à l’époque aux officiers. Puis en remontant quelques marches, on accède à la salle des capitaines et des scientifiques qui offre une vue imprenable sur l’océan, un espace digne de leur rang pour travailler et dîner. On trouve deux petites cabines, à l’entrée, celle du capitaine Cook et celle du célèbre botaniste Joseph Banks, qui l’avait accompagné et y faisait surtout dormir ses chiens…

Histoire

Le navire est aussi puissant que beau. Il illustre parfaitement ce que devait être la vie en mer deux siècles plus tôt. Le HMB (His Majesty’s Bark) Endeavour, un trois-mâts carré britannique, a été conçu à partir de 1764 dans le North Yorkshire, pour le transport de charbon essentiellement le long des côtes du Yorkshire. Long de 106 pieds (32 mètres), jaugeant 368 tonneaux, il portait alors le nom de Earl of Pembroke. Sa coque est en chêne, son faible tirant d’eau lui permet de naviguer dans des eaux peu profondes des estuaires et la forme de sa carène permet des échouages à plat facilitant l’embarquement et le débarquement des marchandises comme les opérations de maintenance. En 1768, James Cook, officier de la marine britannique, est promu lieutenant et reçoit le commandement d’une expédition scientifique ayant pour but d’observer le passage de la planète Vénus depuis le Pacifique et de découvrir la Terra Australis (ce continent que l’on imaginait alors étendu entre le pôle Sud, le Pacifique et jusqu’à l’équateur). Il recommande l’acquisition de ce navire dont il connaît la robustesse. Il appareillera de Plymouth en août 1768 avec 94 marins dont 13 gens d’arme, de grands scientifiques (botanistes, naturalistes, astronome…), d’illustrateurs. Il porte des réserves pour 18 mois.

Après des escales à Madère et Rio, un passage du cap Horn, Cook et son équipage débarquent à Tahiti le 10 avril 1769. Ils y restent trois mois, observent le passage de Vénus depuis un endroit du nord de l’île qui sera nommée la Pointe Vénus… En octobre, l’Endeavour atteint la Nouvelle- Zélande (découverte en 1642). Il la cartographie durant six mois et découvre qu’il s’agit de deux îles et non d’une partie de la Terra Australis. Il débarque ensuite à Botany Bay (Sydney) fin avril 1770. Durant quatre mois, Cook cartographie la côte est australienne. Ce faisant, il heurte un récif et l’expédition doit être suspendue. Une fois réparé, le navire repart vers l’Angleterre. Largement oublié, il revient au transport de marchandises, puis au service naval durant la révolution américaine. Il est finalement sabordé vers Rhode Island en 1778.

Réplique

L’épave n’a pas été retrouvée. Mais les plans du musée maritime de Greenwich ont permis aux Australiens d’entreprendre, entre 1988 et 1993 à Fremantle, la construction d’une réplique qui serait un cadeau à la nation. Celle-ci est réputée comme étant l’une des plus réussies au monde, notamment grâce aux matériaux utilisés et sélectionnés en Australie, suite à des recherches poussées. Les canons ont été retrouvés et sont donc tout à fait similaires. Quant au mobilier, il est inspiré de ce que l’on a pu conserver de navires de la même provenance et de la même époque.

Premier voyage international

Le HMB Endeavour a d’abord été géré par une fondation avant d’être acquis en 2005 par le Musée maritime national australien à Sydney où il sert de musée à flot. Il navigue principalement autour de l’Australie, embarquant à chacun de ses voyages un nouvel équipage de passionnés de voile et quelques V.I.P. en plus des professionnels. « C’est un navire incroyable, qui a un esprit bien à lui commente le capitaine John Dikkenberg, un ancien de la marine, autrefois habitué à manœuvrer des destroyers et des sous-marins. Finalement c’est un peu la même chose qu’un sous-marin. On a une petite équipe, très professionnelle, avec une discipline importante, mais moins formelle… »

Le périple en Nouvelle-Calédonie est très spécial puisqu’il s’agit du premier voyage international du navire depuis 14 ans. « L’idée est de montrer que le bateau est assez robuste pour aller plus loin, explique le capitaine. Et nous avons choisi la Nouvelle-Calédonie, car c’est notre voisin le plus proche. » Il aura fallu 10 jours et demi à l’équipage de 56 personnes* pour rejoindre Nouméa. Le voyage s’est déroulé sans encombres, un bateau-pilote est simplement venu en renfort à la passe de Dumbéa.

Comme partout, il ne s’agit pas tant de célébrer Cook, ni son premier voyage, mais bien de « parler d’histoire et de réconciliation en s’intéressant aux points de vue des peuples autochtones et des marins de l’époque. » L’Endeavour ira prochainement en Nouvelle- Zélande pour trois mois. Il participera de septembre 2019 à mai 2021 aux commémorations des 250 ans du voyage d’origine. Le capitaine aimerait ensuite aller plus loin… Le HBM Endeavour quitte Nouméa ce jeudi vers 16 h. Plus de 4000 personnes ont pu le visiter.


Rappel 

La première expédition de James Cook (1768-1771) a permis de mettre en doute l’existence de la mythique Terra Australis. Elle a prouvé que la Nouvelle-Zélande était formée de deux îles, que l’Australie était bien séparée de la Nouvelle-Guinée. La prise de possession de la Nouvelle- Galles du Sud interviendra concrètement le 26 janvier 1788 avec l’arrivée de onze navires.

James Cook aperçut la Nouvelle- Calédonie lors de sa deuxième expédition (1772-1775), en septembre 1774, à bord d’un autre navire (Resolution). Il aborda à Balade, le 5 septembre et nomma l’île qui lui rappelait son Ecosse natale (Caledoniaen latin). Le 20 septembre, il découvrit l’île des Pins.


En images

Le capitaine du navire, John Dikkenberg, à la barre. Il faut deux personnes, nous dit-il, pour manœuvrer : le « cerveau » et les « muscles ». À cet endroit également, le compas et les instruments de contrôle du moteur.

On trouve 28 voiles au total sur l’HMB Endeavour, mais l’équipage en utilise habituellement 15 ou 16, certaines étant particulièrement difficiles à déployer.

Il y a deux grosses ancres de deux tonnes et demies chacune et une petite ancre à l’avant pour le « petit temps ». Il faut 45 minutes de travail pour sortir les ancres. Il fallait 7 heures au début de l’aventure…

Le navire dispose de deux canons de « 4 pounds » (ou livres) et de plusieurs armes à l’intérieur du navire. Ce sont des répliques parfaites, les canons d’origine ayant été retrouvés. Il y avait autrefois 10 canons.

En sous-sol, le deck « du XVIIIe siècle » (en opposition à la partie moderne) a été refait à l’identique. Les moussaillons y accrochent encore leurs hamacs pour y dormir. Il accueillait 60 personnes à l’époque sur un total de 90.

Le vieux poêle et sa cheminée. La fumée montait par un entonnoir vers l’extérieur.

Les membres de l’équipage avaient le droit à 4 litres de bière par jour. Mais il faut prendre en considération que l’eau avait « un goût terrible ». Lorsqu’ils n’avaient plus de stock, ils fabriquaient eux-mêmes leur breuvage.

La grande cabine des capitaines et des scientifiques permet d’avoir une vue imprenable sur l’océan. C’est dans cette pièce que le capitaine Cook et Joseph Banks travaillaient et dînaient.

La cabine du capitaine Cook accueille le capitaine actuel.

C.M.

©C.M. DNC

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