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Un consensus qui ne fait pas l’unanimité

La semaine prochaine, le gouvernement devrait adopter les arrêtés permettant de mettre en réserve les récifs isolés et pristines, à l’issue de la concertation publique. Malgré l’opposition de deux associations de protection de l’environnement, les arrêtés devraient ouvrir la possibilité de réaliser des croisières, en particulier aux Chesterfield.

Des récifs d’une beauté vierge et préservée. Les fonds marins calédoniens abritent pas moins du tiers des récifs pristines mondiaux dont il ne reste que 1,5 % sur l’ensemble de la planète. La responsabilité de la Nouvelle- Calédonie est grande, d’autant plus que le gouvernement, en charge du dossier, affiche l’ambition de devenir en quelque sorte un des leaders mondiaux en matière de préservation de l’environnement. Une volonté un peu paradoxale puisqu’il dispose de compétences très limitées en matière de préservation de l’environnement relevant du pouvoir des provinces.

Mais c’est bien le gouvernement qui a l’autorité nécessaire pour mettre en place le parc de la mer de Corail et en assurer la gestion. Les trois arrêtés qui devraient être adoptés la semaine prochaine permettront de mettre en œuvre les réserves des récifs Chesterfield, Bellona, d’Entrecasteaux, Petrie et Astrolabe, le plan de gestion des atolls d’Entrecasteaux et d’encadrer les activités touristiques au sein du parc naturel.

Une avancée, mais beaucoup d’incertitudes

Selon le gouvernement, le septième comité de gestion du parc a permis d’aboutir à un consensus sur la question de l’ouverture des récifs Chesterfield et Bellona au tourisme de croisière. Mais pas n’importe lequel. Pour le WWF, qui s’est prononcé en faveur des arrêtés proposés par le gouvernement, ces textes n’ouvrent pas le parc à n’importe quelle activité, au contraire. L’idée est que chaque demande d’activité soit étudiée de manière individuelle et que chaque autorisation soit assortie d’une convention fixant les prescriptions obligatoires pour assurer la préservation environnementale des sites.

« Nous pensons que ces arrêtés sont positifs même si nous souhaitons que certains points soient plus clairs, note Marc Orémus, coordonnateur du programme marin du WWF. Aujourd’hui, si un paquebot veut aller sur ces récifs, il peut le faire librement. Ces arrêtés sont une belle avancée, mais toute autorisation accordée va devoir être annexée d’une convention et nous serons particulièrement vigilants sur ces documents critiques. Ce sont des documents clefs qui doivent être irréprochables. »

L’ONG promet d’être particulièrement attentive à la rédaction de ces conventions qui garantiront la protection de l’environnement. Pour le WWF, trouver des compromis pour faire avancer les choses était indispensable, en raison notamment de la composition du comité de gestion et de la volonté politique de faire de ces récifs des symboles du parc pour son rayonnement à l’international. Si le WWF a choisi d’adopter une position pragmatique, certains points restent des sujets d’inquiétude et notamment la rédaction des conventions. La fondation au panda avait demandé qu’il soit précisé que les membres du comité aient un droit de regard sur les conventions, une demande non retenue par le gouvernement qui de fait, est le seul maître à bord.

Une vaste opération de communication

Cette mainmise du politique sur le comité de gestion, censé être un organe participatif, fait bondir les deux seules associations de protection de l’environnement locales et ne percevant pas de subventions des collectivités. Action Biosphère et le collectif Ensemble pour la planète dénoncent de manière générale une vaste opération de communication vide de sens. Dès l’adoption du plan de gestion, Action Biosphère dénonçait notamment le manque de fond de ce plan, rappelant les recommandations de l’Union internationale pour la conservation de la nature et le grand écart avec le plan adopté.

Sur la question des arrêtés, les deux associations sont plutôt inquiètes. Elles soulignent le manque de contrôle citoyen et, pire, les conflits d’intérêt existants au sein du comité de gestion qui a précisément été créé afin de participer et de contrôler la gestion du parc. Les deux associations pointent également le décalage entre les réponses à la consultation publique sur les arrêtés et les interprétations faites par la Direction des affaires maritimes.

La question des conventions est également au cœur des préoccupations des associations opposées à ces arrêtés. Action Biosphère indique dans son communiqué que « c’est encore à cette fin que sont adoptées des dispositions règlementaires générales, aux apparences strictes, qui laissent toutefois toute latitude aux autorités compétentes pour passer, avec les acteurs économiques des conventions très éloignées des exigences que nécessiteraient une véritable protection des écosystèmes et de la biodiversité. Ces conventions, n’étant pas rendues publiques ni juridiquement opposables, échappent à tout contrôle citoyen. L’appréciation d’un chercheur est sans appel. Pourquoi ne pas avoir mis la totalité de l’ensemble récifal en réserve intégrale ? Pour permettre à la compagnie du Ponant (ndlr : et probablement à d’autres ultérieurement) d’y faire escale et pour que des sociétés locales puissent faire des affaires. Il s’agit d’intérêts privés qui ne devraient pas primer par rapport à la conservation d’un bien public situé au sein d’un parc ».

Dégradations attendues

Se pose également la question des connaissances scientifiques. Pour EPLP, les mesures de protection prévues par les arrêtés ne sont pas suffisantes au regard des enjeux de conservation. Action Biosphère va dans le même sens, estimant que une fréquentation, même faible, aura un impact sur la faune et en particulier sur les oiseaux. L’association s’appuie sur une étude scientifique américaine qui montre que pour ne pas déranger les colonies d’oiseaux, il convient de respecter une distance minimale de 118 mètres. Action Biosphère rappelle par ailleurs le cas de l’îlot Amédée qui était un site de reproduction de puffins, pétrels et autres sternes. Aujourd’hui, les oiseaux ne viennent plus nicher, en raison de la fréquentation humaine.

Pour les récifs pristines, il existe encore de nombreuses lacunes au niveau des connaissances scientifiques. Il manque un véritable état des lieux initial qui pourrait permettre de suivre l’évolution des récifs. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles le gouvernement a souhaité mettre en place un conseil scientifique censé éclairer les décisions de gestion. Paradoxalement, ce conseil, qui n’est pas encore créé, ne pourra pas se prononcer sur ces arrêtés, même s’il peut examiner les futures conventions encadrant les activités touristiques. À propos du conseil, EPLP a également demandé à ce que les scientifiques fassent une déclaration d’intérêt afin d’éviter tout conflit. Une demande qui n’a, semble-t-il, pas trouver d’écho.

M.D.

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