Sonia Backes « Quand la Calédonie va mal, la France est là ! »

Chef de file des Républicains au Congrès, Sonia Backes fait le point sur les discussions d’avenir en cours et se montre d’une vigilance extrême à l’égard de tout ce qui pourrait se conclure à l’insu des Calédoniens. Elle demande, par ailleurs, un plan d’urgence pour redonner du pouvoir d’achat aux ménages…

Comment s’organisent les discussions sur l’avenir institutionnel et quelle est votre position ?

Sonia Backes : Tout d’abord, rien ne se fera dans le dos des Calédoniens et je souhaite que rien ne soit fait en catimini ou en petit comité. Qu’au contraire les Calédoniens soient informés au fur et à mesure des discussions. Il faut rappeler que l’Accord de Nouméa prévoit un référendum au plus tard en novembre 2018. Nous sommes engagés avec l’État dans cette démarche de préparation de la consultation et de ce qui suivra. La question qui est prévue par l’Accord de Nouméa est totalement claire et l’issue du scrutin ne fait pas de doute. Or, une fois que nous aurons montré à l’État et au monde que les Calédoniens veulent très majoritairement rester français, que prévoit l’Accord ? De poser la question encore deux fois aux Calédoniens, ce qui pourrait nous mener en 2022… Quelle sera la situation économique si nous ne savons pas où nous allons jusqu’en 2022 ? Il faudra sortir de l’incertitude pour inscrire définitivement la Nouvelle-Calédonie dans la Constitution donc dans la République française. C’est ce travail préparatoire que nous entamons en examinant ce qui fonctionne aujourd’hui dans nos institutions et ce qui fonctionne moins bien. Il y a de nombreuses choses à améliorer : par exemple, le gouvernement collégial est-il un bon système? Le partage des compétences entre mairie, provinces, gouvernement n’alourdit-il pas les contraintes administratives ?

DNC : Des discussions qui n’obèrent pas l’avenir et où la vigilance est également de mise ?

Absolument. Participer à ces discussions permet aux Républicains d’exercer leur vigilance. Lorsque, par exemple, Alain Christnacht nous propose « un nouveau préambule de la loi fondamentale de la Nouvelle-Calédonie », nous comprenons aussitôt qu’il pourrait s’agir d’une future constitution et pouvons dire « stop ! ».

Depuis l’année dernière, vous tirez régulièrement le signal d’alarme sur la situation de l’économie et de l’emploi. Êtes- vous entendue par la majorité au pouvoir ?

L’une des clefs de la bonne santé économique, c’est la confiance ! Largement altérée aujourd’hui par le manque de visibilité sur l’avenir et l’instabilité économique fiscale. Depuis deux ans, de nouveaux impôts se sont rajoutés, les uns aux autres. Trop d’impôt tue l’impôt, c’est une évidence et la marque de fabrique d’une politique socialisante. Résultat : l’économie calédonienne se trouve en situation d’inquiétude permanente, avec 9 % de demandeurs d’emploi en plus et un indice de confiance en l’avenir au plus bas. Comme pour le nickel, il faut établir un plan d’urgence pour l’économie ! D’abord, redonner du pouvoir d’achat aux ménages et spécialement aux classes moyennes. Assouplir ensuite les procédures administratives pour les entreprises qui croulent sous la paperasse. Redonner enfin plus de flexibilité dans l’accès à l’emploi, car le premier des pouvoirs d’achat, c’est bien de percevoir un salaire.

Vous aviez déposé un texte réformant le barème de l’impôt sur le revenu. Quel en était l’objectif et où en est cette réforme ?

Il s’agissait précisément de redonner du pouvoir d’achat aux classes moyennes, plus asphyxiées par la pression fiscale ici qu’en métropole. Ces classes moyennes, qui gagnent trop pour bénéficier des aides sociales et pas assez pour vivre correctement. Pour éviter toute polémique, le texte prévoyait purement et simplement de reprendre les propositions de la Chambre territoriale des comptes. Un célibataire gagnant 250 000 F par mois aurait ainsi vu son impôt sur le revenu diminuer de 30 %. Pour un couple sans enfant avec 400 000 F par mois, la baisse aurait été de 11 %. Au total, les baisses se seraient montées à 2,7 milliards de F qui auraient dopé la consommation et réamorcé la machine économique. Mais Calédonie ensemble et le Palika ont fait en sorte que le texte ne soit pas même examiné par les élus du Congrès…

Le Premier ministre a annoncé un prêt de plusieurs milliards à la SLN, ainsi qu’une garantie de la part de l’État pour la construction de la prochaine centrale électrique. Que pensez vous de ces annonces ?

Quand la Calédonie va mal, la France est là ! Voilà déjà une belle leçon administrée aux indépendantistes ou nationalistes de tout crin. Dans ce dossier, la priorité des Républicains était de sauver les emplois de la SLN et de ses sous- traitants. Il faut bien comprendre que vu la situation, les coupes sur l’emploi risquaient d’être violentes. À terme la SLN était même menacée de disparaître… Je salue donc ce geste fort de l’État.

André Dang a récemment réaffirmé sa volonté de voir la Nouvelle-Calédonie devenir majoritaire dans le capital de la SLN. Cette position a-t-elle encore un sens dans le contexte économique actuel ?

La démonstration est faite que non. Que la Calédonie prenne 51 % du capital de la SLN est une aberration. La société perd 2,5 milliards chaque mois ; l’impôt sur le revenu rapporte à la Calédonie 20 milliards par an. Conclusion : pour financer seulement huit mois du déficit de la SLN, il faudrait doubler l’impôt sur le revenu des Calédoniens ! Il est inadmissible qu’André Dang cherche à profiter de la générosité de l’État pour solder ses petites affaires et mettre la main sur les massifs miniers de la SLN.

Propos receuillis par M.Sp /La Tribune

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