Sonia Backes : « Libre », auteure et candidate dans la première circonscription

La Tribune.- Coup double pour Sonia Backes qui, le même jour, annonce sa candidature à l’élection législative dans la première circonscription et sort en librairie un livre intitulé « Libre, ma passion calédonienne ». Plus qu’un programme, ces 120 pages, au format poche, sont un plaidoyer « pour que Nouvelle-Calédonie d’après 2018 renoue avec un cycle de prospérité plutôt que d’incertitudes ». Elle y propose en prime une solution institutionnelle innovante.

L’annonce de la candidature de Sonia Backes ne surprend pas : à 40 ans, la chef de file des Républicains au Congrès suit une trajectoire logique qu’elle double d’un livre, imprimé localement, au « parler vrai », sans langue de bois.
Solide dans les thèses qu’elle avance, résolument ancrée dans le camp des partisans de la Nouvelle-Calédonie dans la France, sincèrement caustique dans certains dialogues qu’elle retranscrit, Sonia Backes, qui incarne un rajeunissement de la classe politique calédonienne, vient de franchir une étape.

Économie et sécurité

Une étape qu’elle prépare avec méthode depuis longtemps ; en effet ces derniers mois, elle a multiplié les réunions dites « Tupperware », en petits comités, « préférant convaincre à petite échelle mais répétée qu’impressionner à grande échelle », selon la formule d’un ex-élu. Le feu nourri auquel elle a soumis le parti gomésien et ses alliés indépendantistes au Congrès a conforté sa stature de leader de l’opposition de droite au gouvernement Germain, notamment sur les questions économiques et sécuritaires. Pas étonnant que ces thèmes soient au cœur de sa campagne législative, dénonçant le matraquage fiscal des entreprises et des familles d’un côté, le laxisme des socialistes qui conduit à « l’indépendance molle » de l’autre… Pas étonnant, non plus, qu’à l’annonce de sa candidature aux législatives, elle soit appuyée et soutenue par de jeunes chefs d’entreprise, des présidents d’association, des représentants syndicaux, du commerce et nombre d’actifs de la société civile : « Génération Backes », comme le disent certains ? Faut voir.

« Je sais d’où je viens ! »

Ses détracteurs la disaient « trop active sur les réseaux sociaux pour être appliquée ». Elle vient de leur démontrer que non seulement elle savait penser la Nouvelle-Calédonie de demain, mais aussi la décrire : « Je conduis mes enfants à l’école, au sport ou chez leurs copains. Je connais le prix de la crèche et celui de la cantine, d’une baguette, d’un sachet de riz ou d’un pack de yaourts. Je fais mes courses comme tout le monde et constate, moi aussi, que les prix ne baissent pas, malgré toutes les incantations gouvernementales. Je ne vis pas hors-sol. Je sais d’où je viens et ne cherche pas à l’oublier », écrit-elle.

Sonia Backes partira donc à la conquête de la première circonscription avec l’étiquette Les Républicains, mais sans l’investiture officielle, offerte à Bernard Deladrière, le candidat de Pierre Frogier adoubé par le candidat de la droite et du centre. François Fillon, que les sondeurs placent aujourd’hui en troisième position dans la course à la présidentielle, derrière Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Quant au candidat Calédonie ensemble, il ne serait désigné qu’à l’issue d’un congrès du mouvement, prévu fin mars voire début avril. Il sera certainement intéressant de suivre alors ce qu’en dira la députée sortante et maire de Nouméa, Sonia Lagarde.


Questions à Sonia Backes

Dans son livre, Sonia Backes propose une solution institutionnelle à mettre en place après le référendum de 2018.

Pour vous, le référendum de 2018 reste incontournable ?

Absolument ! Cela fait trente ans que les Calédoniens ne se sont pas exprimés sur ce qu’ils souhaitent pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, pour leur avenir. Cette consultation est par conséquent indispensable ! Par ailleurs, il est essentiel que tous les partisans de la Calédonie dans la France se mobilisent, et même au-delà de notre camp traditionnel, afin que le résultat soit clair, significatif et sans appel ! Gagner ce référendum sur un score de 70 % pour la France et 30 % pour l’indépendance, n’a évidemment pas la même portée politique que de le gagner sur un score de 51 % à 49 %. Mais le référendum ne se suffit pas à lui-même…

D’où l’idée de l’engagement référendaire d’initiative populaire ?

D’abord, il faut se poser une question : peut-on sincèrement croire que les indépendantistes cesseront de revendiquer l’indépendance le lendemain du référendum parce qu’ils auront été battus dans les urnes ? La réponse est non, bien évidemment. Il nous faut donc laisser une porte ouverte dans notre futur projet, pour laisser un espoir aux indépendantistes. Je rappelle aussi les propos de Valéry Giscard d’Estaing en 1979 : « Tant que la majorité de la population de Calédonie veut rester dans la France, la Calédonie restera française. » Tout l’enjeu est donc de permettre à la majorité qui veut le maintien dans la France de vivre librement son projet de société sans tabou ni crainte tout en permettant aux indépendantistes de garder l’espoir de satisfaire un jour leur revendication idéologique.

La solution s’inspire, dites-vous, du statut particulier du Québec ?

Oui, et la Nouvelle-Calédonie pourrait s’en inspirer. L’engagement référendaire d’initiative populaire, que je propose, pourrait s’articuler ainsi : premièrement, la Nouvelle-Calédonie est une collectivité faisant partie intégrante du territoire de la République française avec toute l’autonomie que nous lui connaissons aujourd’hui, aussi longtemps qu’une majorité de Calédoniens n’a pas décidé, par référendum, du contraire. Deuxièmement, la revendication indépendantiste n’est pas éteinte et pourrait à l’avenir s’exprimer localement par voie référendaire. Pour déclencher un référendum local sur l’indépendance, il faut recueillir en mairies la signature de la moitié des personnes inscrites sur les listes électorales (soit environ 85 000 personnes). Cette « pétition » se met en place formellement et en mairie, dans le cadre d’une organisation officielle. Par contre, le rejet de l’indépendance par voie référendaire ouvre une nouvelle période de 25 années pendant laquelle la question ne pourra plus se poser. 25 ans c’est une génération. Ainsi, chaque génération aurait à nouveau la possibilité de s’exprimer. En clair, une solution équilibrée, qui ne stigmatise aucun camp au détriment de l’autre, mais reconnaît aux indépendantistes un possible accès démocratique à leur revendication de pleine souveraineté.


Quelques extraits

Sur son engagement – « Mon combat, c’est la Calédonie française ; la Nouvelle-Calédonie dans la France : c’est le fondement de mon engagement politique. On touche là à ce qui me fait vibrer. Ce pour quoi je me battrai jusqu’au bout de mes forces. »

Sur la sécurité. – « Il faut inverser la spirale dans laquelle nous sommes lancés. Casser ce cercle vicieux de la délinquance et de l’insécurité dans lequel nous sommes entrés tant par laxisme que par refus de voir la réalité en face et par tabou enfin pour épargner une communauté dont une partie de la jeunesse est en perdition… »

Sur l’esprit pionnier… – « La Nouvelle-Calédonie a toujours été une terre d’entrepreneurs, où l’esprit d’aventure (…) a prédominé. Dans ce pays neuf, sur cette terre de nickel, beaucoup de gens sont venus investir et travailler. Tout restait à faire, à inventer, et avec de l’ingéniosité et de la bonne volonté, tout était alors possible. »

… et la politique économique. – « Une autre approche économique est non seulement possible, mais nécessaire : favoriser l’initiative et l’entreprise, appuyer l’activité en recentrant toutes les politiques publiques sur le plein emploi et l’amélioration du pouvoir d’achat des Calédoniens. Au-delà des incantations gouvernementales, c’est la seule et vraie façon de lutter contre la cherté de la vie, qui touche de plus en plus durement les ménages et les classes moyennes en particulier. »

La grenouille dans la marmite… et le serpent Kaa

L’idée de l’indépendance est fermement combattue par Sonia Backes qui utilise cette image d’une « grenouille dans la marmite d’eau sur le feu ». « Au début, l’eau est tiède, le bain est agréable, et elle est sereine. Puis l’eau se réchauffe progressivement (…) et la grenouille se délasse comme dans un spa pool. L’eau frémit et la grenouille s’engourdit (…) elle est cuite sans avoir jamais cherché à fuir son bain mortel ». Puis Sonia Backes d’évoquer « la technique du cliquet : pour chaque avancée, un cran de plus acquis est… acquis. Jamais on ne revient en arrière ».

Mais l’indépendance molle qu’elle attribue aux « socialistes » est encore plus sournoise, selon elle, à l’instar d’un « serpent Kaa » du Livre de la Jungle qui hypnotise « ses victimes en leur susurrant de ne pas avoir de crainte. »  « Il s’agit, écrit-elle, d’une accumulation d’actes, apparemment anodins, pris par les politiques (…) soit pour séduire des voix indépendantistes lors des suffrages ou dans les institutions, soit par pure démagogie ou pour chercher à laisser une trace dans la petite histoire. Ces actes (…) mis bout à bout, détricotent les fondements républicains de notre société. »

M.Sp. 

 

Imprimer

Back to Top

Web Design BangladeshBangladesh Online Market