Quand avoir un bébé n’est pas si simple

La Semaine de sensibilisation à l’infertilité, organisée par l’antenne locale du collectif BAMP (Blog assistance médicale à la procréation), met en lumière, cette année encore, les difficultés rencontrées par les couples qui ont du mal à avoir des enfants. Objectif : susciter les échanges et améliorer l’accompagnement des concernées.

On dit souvent que faire des enfants est la chose la plus simple, la plus naturelle au monde. Mais c’est oublier qu’environ un couple sur cinq a du mal à en avoir, qu’un couple sur dix suit des traitements pour y parvenir. Le fait est que, depuis les années soixante, les problèmes de fertilité sont en augmentation. En cause, semble-t-il, les grossesses plus tardives ou la progression de l’endométriose chez les femmes, la dégradation de la qualité du sperme chez les hommes. Pour les deux sexes, les perturbateurs endocriniens sont également mis en cause.

Cette évolution n’épargne pas la Nouvelle- Calédonie : si l’on ne connaît pas les chiffres de l’infertilité, on sait néanmoins qu’environ 200 fécondations in vitro sont réalisées chaque année au centre AMP, assistance médicale à la procréation, du Médipôle et qu’une quarantaine de bébés naissent ainsi tous les ans. Une toute petite illustration du problème sachant que la patientèle est très largement nouméenne.

Tenir jusqu’au bout

Jennifer et son compagnon font partie de ces personnes qui ont dû se tourner vers la médecine pour procréer. Au bout de cinq ans d’absence de grossesse, ils consultent pour la première fois. On trouve chez Jennifer un polype dans l’utérus. « On nous a dit que c’était sûrement cela », mais le retrait du polype ne change rien. L’infertilité est « inexpliquée » : tout fonctionne normalement.

Les mois passent et finalement, le couple se résout à essayer la FIV, fécondation in vitro. Le premier parcours est un échec. L’année suivante une deuxième FIV fonctionne enfin. Mais Jennifer perd le bébé à la fin d’une grossesse « merveilleuse ». Le deuil commence, mais malheureusement le temps presse aussi. À bientôt 40 ans, Jennifer sait qu’elle doit continuer. Trois mois plus tard, dans des conditions psychologiques que l’on peine à imaginer, le couple « repart à zéro » avec un nouveau protocole. « Mais je ne répondais plus aux traitements, mon corps s’y refusait, j’avais moins d’ovocytes aussi, le temps passant. » Ponctions, inséminations artificielles ne donnent toujours rien, le moral est au plus bas et le couple n’est pas loin d’abandonner.

C’est à cette période qu’un médecin prescrit à Jennifer de la DHEA (déhydroépiandrostérone), fameuse « molécule de jeunesse » généralement destinée aux personnes âgées et récemment explorée dans le domaine de la fertilité. Sur un dernier protocole, elle réagit « superbement » et tombe finalement enceinte. Leur bébé « miracle » est finalement arrivé en février, cinq ans après la première FIV de Jennifer, désormais âgée de 43 ans.

Se résigner à partir

Amandine et son mari ont suivi à peu près le même parcours, long, sinueux, mais sans succès. En cause ici, pour elle, une endométriose « assez sévère ». Cet autre couple a finalement pris la décision de partir vers l’Espagne et de passer par le don d’ovocytes. Ces ovocytes, provenant de l’ovaire d’une autre femme, permettent d’avoir une ovulation, une fécondation par le spermatozoïde, puis une grossesse sans faire appel à une mère porteuse.

Le don d’ovocytes n’est pas pratiqué en Nouvelle-Calédonie, le brassage des populations y serait, dit-on, insuffisant. Mais il est parfaitement légal depuis 2011 en France, au même titre que le don de sperme. Reste que le temps d’attente, plusieurs années, y est bien plus long qu’en Espagne ou d’autres pays d’Europe. « Les dons n’étant pas rémunérés, il y a moins de candidates », explique Amandine. Ce fut donc Barcelone pour ce couple et par chance, enfin un succès, mais seulement au second voyage. Après dix années de galère, de traitements, un petit garçon a vu le jour.

Échanger

Ces parcours semés d’embûches, de déceptions, mais aussi de rencontres, d’entraide, de joies et parfois de miracles font réfléchir. Ils nous interrogent sur le désir d’enfant, la filiation, la santé reproductive, l’accompagnement que notre société prodigue en la matière.

Présent toute l’année auprès des couples dans le besoin, le collectif BAMP souhaite justement libérer la parole sur le sujet à l’occasion de la Semaine de sensibilisation à l’infertilité organisé dans plusieurs villes de France dont Nouméa.

En Nouvelle-Calédonie, peut-être plus qu’ailleurs, l’infertilité est encore taboue. Trop souvent, des femmes qui présentent des difficultés à procréer n’ont pas le réflexe de se tourner vers la médecine pour leur grossesse. Elles adoptent ou n’ont pas d’enfant. D’autres encore attendent des années, parfois trop, entre leur désir d’enfant et la FIV, alors qu’il est possible de débuter rapidement le processus d’assistance.

Tout au long de cette semaine, l’association va expliquer ce qui se fait et ce qui ne se fait pas sur le territoire et les avancées, l’objectif plus large étant d’en faire un sujet de santé publique et d’obtenir l’évolution de certains points. Le BAMP précise « qu’il peut apporter un soutien psychologique et technique » à tous ceux que la nature n’a pas privilégiés à ce niveau-là.


Les avancées

Les autorités locales se montrent assez sensibles sur ce sujet. En 2017, le gouvernement a rendu possible la dispense d’avance de frais (précédemment 10 %) pour les investigations nécessaires au diagnostic de la stérilité et le traitement y compris au moyen de l’insémination artificielle. Six inséminations et quatre fécondations in vitro sont prises en charge à100%.

L’exécutif, la Direction du travail et de l’emploi ainsi que l’association BAMP travaillent maintenant à l’élaboration d’un projet de loi permettant, comme en Métropole, l’autorisation d’absence au travail pour les personnes concernées par ces parcours. Une autorisation (sur justificatif du médecin) illimitée pour les femmes et limitée pour les hommes, qui n’auront plus à poser des jours de congé ni à rattraper leurs horaires.

« L’assistance médicale à la procréation engendre beaucoup d’absences, explique Déborah Guérot du BAMP Nouvelle- Calédonie. Il est possible de caler des rendez- vous hors travail avec de l’avance, souvent, ces rendez-vous ne sont pas programmables et dépendent des cycles. On nous prévient au dernier moment et le souci des absences est un facteur supplémentaire de stress, qui n’est pas forcément bon dans ce type de parcours. »

Se pose en particulier la question des gens de l’intérieur et des îles : un seul centre AMP existe en Nouvelle- Calédonie, au médipôle. On imagine l’organisation et les problèmes que cela représente pour les populations plus éloignées et il s’agirait de faciliter la tâche aux couples concernés. Les modalités sont encore à l’étude. Le projet devrait être finalisé d’ici un mois pour une application en fin d’année ou au début de l’année prochaine.


Une semaine pour sensibiliser

Le réseau BAMP en Nouvelle-Calédonie a prévu plusieurs rendez-vous pour marquer la Semaine de sensibilisation à l’infertilité. Les personnes intéressées peuvent se rendre samedi à la Maison de la famille de Rivière-Salée. De 9 h à 17 h, vous pourrez rencontrer les référentes de l’association, obtenir des informations. Dimanche, dans le même esprit, un pique-nique est organisé au parc du Receiving, à partir de midi.

C.M.

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