Pompiers : « Il faut valoriser le volontariat. »

Après une grève éclair à la Sécurité civile, les pompiers ont rapidement repris le travail. Si la saison est nettement plus calme que la précédente, les soldats du feu restent vigilants. Questions à Rémi Gallina, le président de l’Union des sapeurs-pompiers sur la saison en cours et le conflit qui a récemment opposé les syndicats de pompiers au gouvernement.

DNC : La saison administrative des feux de forêt semble nettement plus calme que
la précédente. Quel est le sentiment des pompiers ?

Rémi Gallina : Il y a eu un gros feu dans le Nord qui a récemment détruit plus de 1 200 hectares sur Ouégoa et Poum. Depuis début novembre, les conditions climatiques ne se sont pas arrangées. Le vent a asséché la végétation, ce qui favorise les nombreux départs de feux. L’effet référendum et les départs de feux que l’on redoutait n’ont finalement pas tellement eu lieu. Depuis mi-novembre, il y a une accalmie, mais pour la majorité des pompiers, c’est un leurre. La saison est moins intense que celle de 2017, mais elle est loin d’être finie. La crainte est qu’elle soit juste décalée et qu’elle ne s’achève pas en décembre, mais en février. Il y a eu des analyses, notamment d’un chercheur australien, qui montrent que la saison se déplace. Il faut rester sur le qui-vive et anticiper les changements climatiques.

Comment avez-vous préparé cette saison avec la Direction de la Sécurité civile et où en sont les demandes de moyens aériens que vous formulez régulièrement ?

D’habitude, nous avons des réunions préparatoires mais cette année, il n’y a rien eu du tout. Nous ne sommes donc au courant de rien. Après, la DSCGR a peut-être préparé quelque chose, mais sans que nous en soyons avertis. Concernant nos revendications, elles restent les mêmes. Compte tenu de la morphologie de la Nouvelle-Calédonie, c’est bien de développer les moyens au sol. Il faut des moyens matériels, mais il faut aussi et surtout des moyens humains. Il manque également des moyens aériens, plus en adéquation pour gérer des feux que le système d’attaque actuel. Il existe, par exemple, des guets aériens capables d’emporter des petites quantités d’eau et permettant d’agir plus rapidement et plus efficacement. Ces demandes doivent faire l’objet de réflexions qui tiennent compte des retours de terrain.

En 2015, nous avons connu une saison catastrophique. L’idée a été de se dire, “ faut-il se doter de moyens pour répondre à ce type de saison exceptionnelle ? ”La réponse a été non et on ne peut que constater que 2017 a été une année encore pire. De là à penser que ces situations exceptionnelles se démocratisent, il n’y a qu’un pas. Il est essentiel de se pencher sur cette problématique, il en va de la sécurité des pompiers qui interviennent au sol. L’Union reste ouverte et attend toujours de participer à des tours de table pour débattre des réalités dans les casernes. Nous ne demandons pas quatre ou cinq avions, mais au moins d’être concertés sur le plan de développement de la DSCGR, les pompiers de terrain doivent être pris en considération.

La Direction de la Sécurité civile et de la gestion des risques a été marquée par une grève quelques jours avant le référendum. Quel regard porte l’Union sur ce mouvement ?

Une absence de concertation a donné naissance à ce mouvement. N’ayant pas été mis dans la boucle et pas été informés par les syndicats à l’origine de ce mouvement, nous n’avons pas voulu nous y associer. C’est une action qui reste syndicale. L’Union des pompiers représente l’ensemble de la corporation. Après, il y avait un vrai besoin au niveau des statuts qui ont fait l’objet du protocole d’accord signé par l’Usoenc et la CFE-CGC. Nous comptons bien faire partie des groupes de travail qui vont permettre d’harmoniser les statuts, car ils sont importants. Ils vont permettre de mieux définir et d’encadrer le système de volontariat. En Nouvelle-Calédonie, nous avons un gros problème de ce côté-là, nous avons tendance à transformer les volontaires en faux professionnels. Je rappelle que le volontariat n’est pas un métier. Les indemnités sont d’ailleurs très faibles. Pour obtenir un salaire, ces pompiers sont obligés de prendre beaucoup de gardes et souvent, ils se retrouvent dans des situations précaires. Il faut réfléchir à améliorer le système. Il n’est pas normal que certains pompiers fassent autant de gardes. Il ne faut pas oublier que ce n’est pas dans leur intérêt, ces sapeurs-pompiers ne cotisent pas pour leur retraite. Ce qu’il faut, c’est valoriser le volontariat et montrer aux collectivités et aux entreprises que d’embaucher des volontaires n’est pas une contrainte, mais un atout. C’est important d’insérer les jeunes, que ce soit pour devenir pompier professionnel ou pour trouver un emploi dans le privé.

Si l’on fait appel de manière importante à ces volontaires, n’est-ce pas le signe que l’on manque de professionnels ?

Dans l’idéal, il faudrait 75 % de volontaires pour 25 % de professionnels. Nous sommes à ce niveau-là à Nouméa et Dumbéa, mais pour beaucoup de communes, c’est difficile d’embaucher des professionnels. Difficile voire impossible, car cela coûte trop cher. Au niveau budgétaire, un professionnel équivaut à quatre pompiers volontaires. Valoriser les volontaires et leur permettre de trouver du travail, c’est possible dans l’agglomération, mais dans certaines zones, ça marchera difficilement tout simplement parce qu’il y a peu ou pas de travail. Si ce n’est pas forcément souhaitable sur l’ensemble du territoire, on pourrait envisager le recrutement de contractuels. Cela éviterait la lourdeur d’un recrutement classique et permettrait d’offrir un vrai statut à ces pompiers de Brousse. Aujourd’hui, quand certains volontaires finissent leurs gardes, au lieu de se reposer, ils vont prendre une autre garde à la Sécurité civile. Ils ont tendance à se surexposer, ce qui crée des risques d’accident.

Après, faut-il professionnaliser les unités de Sécurité civile ? Oui, ce sera toujours mieux pour accompagner les volontaires des casernes. Et on ne peut pas faire d’unité uniquement avec des volontaires des casernes, cela revient à déshabiller Paul pour habiller Jacques. Tout cela nécessite beaucoup de concertation des sapeurs-pompiers, syndicats, institutions et associations de maires. Il faut surtout que cela soit pris au sérieux.

Le contexte budgétaire n’est pas forcément idéal pour s’attaquer à ce genre de problématique…

Même si l’on est en période de crise, des solutions peuvent être trouvées. Nous avons déjà fait plusieurs propositions comme de rendre gratuit les transports en commun sur présentation de la carte de pompier. Cela faciliterait les déplacements des pompiers pour se rendre à la caserne, mais aussi pour se sociabiliser et bien sûr, trouver du travail. Il faut bien avoir à l’esprit que les volontaires sont souvent dans des situations précaires. Nous avons également proposé que les communes et les collectivités de manière générale favorisent l’embauche de sapeurs-pompiers volontaires. Cela permettrait d’étoffer les centres de secours, mais surtout de vraiment valoriser et reconnaître l’engagement citoyen des sapeurs-pompiers volontaires. D’une manière générale, le volontariat comme unique activité maintient dans une forme de précarité qui ne permet pas d’envisager l’avenir. Il faut l’encourager et le valoriser comme un engagement et nous trouvons décevant que le gouvernement ait décidé de taxer les vacations des sapeurs-pompiers volontaires. Je le rappelle, les indemnités ne sont pas un revenu. Cela n’encourage pas les pompiers dans leur vocation à agir pour l’intérêt public.

Propos recueillis par M.D.

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