Plan Do Kamo : et la prévention dans tout ça ?

La semaine dernière, le gouvernement a présenté son projet de délibération du plan Do Kamo. 86 actions devraient permettre de réformer en profondeur le modèle économique et la gouvernance du système de protection sociale et de santé pour les dix prochaines années. Mais qu’en est-il au juste de la prévention ?

Ce projet de délibération, très attendu et qui est, en fait, un tri des « mesures d’urgence » déposées au Congrès en mai dernier, est décliné en trois axes, comme l’a expliqué Valentine Eurisouké, membre du gouvernement en charge de la santé : la construction d’un nouveau modèle économique du système de santé, la construction d’une nouvelle gouvernance et l’assurance d’une offre de santé efficiente grâce à une offre de prévention renforcée et coordonnée avec l’offre de soins.

Nous ne reviendrons pas en détail sur les actions proposées en matière de gouvernance et de modèle économique ni sur le sauvetage du Ruamm, qui sont au cœur des débats politiques et sociaux. Deux axes du plan Do Kamo où les actions portent essentiellement sur l’unicité de gestion de trésorerie, les taxes sur les boissons sucrées, une hausse de la contribution calédonienne de solidarité ou une affectation d’une fraction de la taxe générale sur la consommation au Ruamm. Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est le troisième volet de la structuration stratégique du plan Do Kamo intitulé : « Assurer une offre de santé efficiente grâce à une offre de prévention renforcée et coordonnée avec l’offre de soins ».

Résoudre le déséquilibre

Actuellement, en Nouvelle-Calédonie, 98,5 % des moyens dédiés à la santé sont consacrés à l’offre de soins et seulement 1,5 % à la prévention. Ce déséquilibre peut expliquer la dégradation préoccupante de l’état de santé des Calédoniens, malgré des soins performants, et les dépenses de santé devenues insoutenables pour le pays. Partant de ce constat, le gouvernement a décidé d’avancer 38 actions pour répondre à un double objectif : le renforcement de l’offre de prévention tout en la coordonnant de façon cohérente avec l’o re de soins dans le but de garantir une meilleure santé pour tous.

Pour ce faire, le plan Do Kamo propose de dé nir les problématiques prioritaires de santé publique, puis d’obtenir une plani cation dans tous les secteurs. Une fois cet état des lieux e ectué, il précise notamment qu’il faudra adapter et poursuivre les programmes de prévention déjà existants, développer un plan de promotion durant les « 1 000 premiers jours de vie », actualiser la stratégie concernant la surcharge pondérale et co-élaborer le plan « Bien vieillir » ou encore contribuer à l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan d’action pour l’élimination des violences à l’égard des femmes.

À cela, s’ajoute la mise en place d’un plan jeunesse ainsi que le volet « Activités physiques et sportives, vecteur de développement social et de santé » du plan stratégique de la pratique sportive en Nouvelle-Calédonie. Le gouvernement veut aussi développer l’éducation pour la santé et structurer un dispositif de dépistage et de suivi sanitaire en milieu scolaire en créant, par exemple, des outils d’éducation à la santé à l’école ou un dossier médico-social scolaire unique. Il souhaite soutenir financièrement et techniquement le plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance.

Agir sur les déterminants de santé

Dans son projet de délibération, le gouvernement précise qu’il veut rendre l’environnement favorable à la santé, lequel passe inévitablement par l’éducation, la prévention. Après la réalisation d’un état des lieux sur la qualité de l’air, de l’eau, des aménagements du territoire, de l’urbanisme, de l’habitat, des conditions sanitaires dans les entreprises, des critères d’encadrement et d’organisation seront fixés dans tous ces secteurs. S’appuyant sur des recommandations et des réglementations, l’objectif est de rendre notre environnement favorable d’un point de vue sanitaire.

La formation sera renforcée auprès des professionnels de santé qui devront intégrer la promotion de la santé en tenant compte de l’environnement de vie du pays, des représentations et des compétences psychosociales des patients. Les nouveaux professionnels, médecins et infirmiers arrivant sur le territoire par exemple, seront formés aux particularités culturelles, institutionnelles et épidémiologiques. En n, la communication entre patients et soignants devra être optimisée pour que la prévention soit mise en avant, tout en tenant compte des spécificités culturelles ou des bassins de vie des malades. Dans ce cadre, le gouvernement veut expérimenter des initiatives d’assistance linguistique à l’hôpital pour encore mieux faire passer le message de la prévention.

Concernant l’obésité et le surpoids, les outils nécessaires au déploiement d’une stratégie plus performante devront être trouvés en formant des équipes pluridisciplinaires ainsi que les médecins à la prescription de l’activité physique en y associant les éducateurs sportifs.

Privilégier l’offre de soins de proximité

Une prévention renforcée, c’est inévitable, mais l’associer à l’offre de soins est obligatoire dès que l’on souhaite être efficient. Encore faut-il en garantir la continuité. Cet ainsi que le gouvernement veut privilégier le développement de l’offre de soins de proximité et les alternatives à l’hospitalisation complète.

Pour cela, il veut institutionnaliser le médecin traitant tout au long de sa vie, développer des permanences de spécialistes sur tout le territoire, les pratiques paramédicales, coordonner au niveau pays les stratégies de recrutement des professionnels médicaux et paramédicaux de proximité (hors Grand Nouméa), favoriser la coopération des professionnels de santé autour d’un parcours patient, grâce au téléconseil et la téléexpertise, mais aussi créer plus de soins infirmiers à domicile, actualiser et mettre en place un schéma des urgences et un dispositif de gardes pour assurer une prise en charge adaptée à l’échelle de la Nouvelle-Calédonie ou encore réorganiser le cadre de coordination des transports sanitaires terrestres pour les urgences.

Pour accompagner la préservation de ce capital santé, le gouvernement souhaite rendre la couverture sociale complémentaire obligatoire et universelle afin de renforcer le niveau de protection des salariés, travailleurs indépendants et retraités. Toutes ces actions ont été présentées cette semaine au Conseil économique, social et environnemental, puis aux partenaires sociaux avant le passage au Congrès. À ce jour, aucune date n’a été arrêtée.

C.S

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