Patrimoine Unesco : l’exemple de Taputapuātea

Dans le cadre des rencontres de la médiathèque, Jean- Brice Herrenschmidt donnait jeudi dernier au Centre culturel Tjibaou une conférence fort intéressante intitulée « Taputapuātea : un paysage sacré polynésien inscrit au patrimoine mondial ».

Le docteur en géographie culturelle (GIE Océanide) a œuvré avec le gouvernement de la Polynésie française à toute la démarche d’inscription du site de Taputapuātea (Raiatea) en tant que paysage culturel sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, une démarche aboutie en juillet 2017.

Il a présenté au public une description de ce site exceptionnel sacré et reconnu dans toute la Polynésie et expliqué le processus complexe de patrimonialisation qui a duré plus de 10 ans. Le temps nécessaire, a-t-il expliqué, pour apporter toutes les preuves de la « valeur universelle exceptionnelle » du bien, c’est-à-dire démontrer son importance pour toute l’humanité.

Remarquable

L’équipe a prouvé que le site de Taputapuātea répondait en particulier à trois critères de l’Unesco.
Il apporte d’abord « un témoignage unique sur une civilisation », en l’occurrence sur 1 000 ans de civilisation maohi. Il fournit des informations concrètes sur l’histoire du peuplement de la grande Polynésie, les migrations en pirogue, l’organisation territoriale des peuples, c’est-à-dire la façon dont les colonisateurs s’installaient et rendaient leur environnement viable avec leurs « kits d’installation » (cultures, animaux, etc.). Taputapuātea apporte par ailleurs une lumière sur les connaissances exceptionnelles des Polynésiens liées à la navigation et la cosmologie.

Deuxième critère, « son architecture illustre une période significative de l’histoire humaine ». Ses marae datant du XIVe au XVIIIe siècle sont effectivement très représentatifs de la région et c’est un des rares endroits où il existe une telle panoplie de marae montrant toute la stratification sociale « des plus petites gens aux plus grandes chefferies ». Ces vestiges montrent également que le site est au centre d’un vaste réseau politique et religieux sur le triangle polynésien.

Troisième critère, Taputapuātea est enfin « directement ou matériellement associé à des évènements, des traditions vivantes, des idées, des croyances ou des œuvres ayant une signification universelle exceptionnelle ». Le site est de fait attaché à un paysage culturel associatif remarquable, à une fantastique tradition orale qui persiste, il est au cœur du renouveau culturel en marche en Polynésie française et dans les pays du Pacifique.

Défis

Dans son exposé, Jean-Brice par évoquer les enjeux de la patrimonialisation pour ce genre de lieu. Il a listé les aspects positifs d’une inscription comme l’attrait touristique, le rayonnement, le prestige, la sanctuarisation du patrimoine ou encore la revalorisation culturelle, la reconnaissance du peuple premier (Taputapuātea a été le premier site culturel d’outre-mer inscrit à l’Unesco, un acte politique « extrêmement fort », estime Jean-Brice Herrenschmidt). Autres points forts, l’apport de moyens pour la recherche et les études scientifiques dans le processus, le « coup de boost » donné à la culture dans l’éducation des jeunes (une section culture a notamment été créée au collège et au lycée de Raiatea) ou l’association des acteurs locaux dans la gestion du patrimoine.

Mais Jean-Brice Herrenschmidt a également évoqué les risques liés à une inscription que sont l’instrumentalisation politique, la marchandisation ou la folklorisation de la culture, la désacralisation des sites, le risque de déposséder la population d’un bien local devenant un bien public, de geler les rituels…

Selon lui, au final, le processus en soi n’est ni mauvais ni bon, « tout dépend de ce que l’on en fait ». Et en l’occurrence, il semble que ce soit une opération réussie à Raiatea. D’autres dossiers d’inscription sont en cours dans la région, à Tonga, Palau, et la France a accepté de soutenir les Marquises dans une telle démarche. Le Vanuatu, la Nouvelle-Zélande et la Micronésie ont déjà obtenu l’inscription d’un site culturel.

C.M. ©Grégory Boissy AFP

La conférence sera retransmise sur la chaîne YouTube de Caledonia à une date ultérieure.

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