Parc de la mer de Corail : signature d’une convention avec une ONG

Le gouvernement a signé, le mardi 12 février, une convention avec l’organisation non gouvernementale Conservation International, en présence de son vice-président Richard Jeo. L’idée est de donner un cadre à une assistance de l’ONG au gouvernement, sur le plan financier, mais aussi en matière de recherche.

Les océans ne se portent pas bien. C’est un constat globalement partagé par l’ensemble du monde scientifique. C’est tout le sens de la création des réserves qui fleurissent un peu partout sur les mers et océans du globe que de protéger ce qui peut encore l’être. C’était l’idée du gouvernent au moment de la création du parc, en avril 2014. Mais comme l’a souvent répété Philippe Germain, le président du gouvernement, préserver nécessite de mettre en œuvre un nouveau modèle économique où la protection de l’environnement est source de développement.

Le projet de croisières par la compagnie du Ponant aux Chesterfield illustre parfaitement la difficulté de concilier activités économiques et préservation de l’environnement. Après avoir longtemps fait la promotion de la croisière de luxe comme un moyen de financer la surveillance tout en valorisant les récifs pristines, comme aux Chesterfield, l’opposition de nombreux Calédoniens (près de 22 000 ont signé une pétition d’EPLP demandant l’interdiction de ces croisières), soutenue par des associations de protection de l’environnement, a fait plier le gouvernement en quelque sorte.Ce dernier, par la voix de son porte-parole, Nicolas Metzdorf, a annoncé finalement qu’il n’autoriserait pas le Ponant à croiser à proximité des récifs pristines. De ces récifs vierges de toute dégradation, il n’en reste que 3 % dans le monde dont un tiers dans la zone économique exclusive calédonienne.

Une convention en fonction des besoins

Mais ces récifs ne constituent pas les seules richesses des eaux calédoniennes. Comme l’ont souligné les représentants de Conservation International (CI), le rôle des monts sous-marins pour la biodiversité apparaît de plus en plus important. C’est plus particulièrement le cas pour les baleines qui, selon la recherche, semblent se déplacer de mont en montde la même manière que les hommes se déplacentd’île en île. Toutes ces richesses sont toutefois bien mal connues et c’est l’un des objectifs de la convention que de soutenir la recherche afin d’améliorer les connaissances de ces milieux pour mieux les préserver.

« Au sommet de Bali Our Ocean, l’année dernière, j’ai pris l’engagement de monter un comité de suivi de la mer de Corail avec les différents pays qui ont une partie de la mer de Corail comme l’Australie, le Vanuatu, les Salomon ou encore la Papouasie Nouvelle-Guinée, explique Philippe Germain. Pour parvenir à notre objectif de préservation, nous avons besoin d’établir des partenariats avec les pays de la région, mais aussi les ONG et les fondations ainsi que tous les autres outils internationaux à notre disposition. »

C’est tout l’enjeu de la convention qui n’engage ni juridiquement ni financièrement les parties, mais vise à apporter un soutien à la politique de la Nouvelle-Calédonie. Un soutien qui pourra passer par des financements, mais aussi la mise en réseau, CI faisant partie d’un important réseau d’universités à travers le monde qui travaillentsur les océans. En fonction des besoins, des « sous-conventions » pourront être passées. De manière générale, la convention s’articule autour de quatre axes. Elle concerne, tout d’abord, le soutien de la Calédonie dans ses actions de préservationet de valorisation du parc. En résumé, CI se propose d’être une aide à la gestion du parc (l’ONG fait déjà partie du comité de gestion). Un élément qui ne va pas sans poser problème, les acteurs calédoniens reprochant parfois le côté déraciné de ces ONG internationales qui ont des objectifs pas toujours en phase avec ceux des populations locales.

Le deuxième axe abordé est l’aide à la promotion au niveau régional du modèle de pêcherie durable porté par la Nouvelle-Calédonie. CI propose de mettre les gestionnaires du parc en relation avec des responsables du Cercle arctique, une assemblée qui regroupe de nombreux pays autour des enjeux de développement durable au niveau de l’Arctique et notamment sur la question de la pêche. Le troisième axe a pour objectif de faire bénéficier la Nouvelle-Calédonie du réseau d’universitésde l’ONG. Et le dernier axe traduit l’ambition de faire rayonner les actions de la Nouvelle-Calédonie à l’international afin depouvoir bénéficier de tous les outils nécessaires à la préservation.

La pêche au cœur des enjeux

Outre la conservation, qui est un objet de convention relativement classique, la question des pêches intéresse tout particulièrement le gouvernement. « La pêche attend beaucoup de CI, souligne Nicolas Metzdorf, également en charge de la pêche. Notre valorisation de la pêche se fait au travers de sa durabilité, c’est notre principal argument commercial. Maintenant, nous voudrions avoir le maximum de connaissances concernant le niveau de pression sur la ressource. Cela nous permettrait de savoir quel niveau de prise serait le plus approprié pour le renouvellement de la ressource ».

Une question de durabilité particulièrement importante quand on regarde l’évolution mondiale des stocks de poissons. Une récente enquête réalisée par Cash investigationsur la pêche au thon dans l’océan indien est particulièrement alarmante. Elle montre l’écrasante pression qui pèse sur ces espèces, notamment en raison des techniques de pêche et des contournements des règles autour des quotas. La situation n’est pas forcément très différente dans le Pacifique. Si les flottes calédoniennes et polynésiennes sont anecdotiques et s’apparente à de la pêche artisanale, ce n’est pas le cas des flottes de senneurs qui nettoient littéralement les eaux salomonaises ou vanuataises.

Si la pêche n’est pas un enjeu pour le Caillou, elle l’est davantage pour États insulaires du Pacifique en plein développement pour qui la cession des droits de pêche représente une manne financière importante. Changer les pratiques passera nécessairement par le soutien de ces États à développer des alternatives plus respectueuses de l’environnement. Conservation Internationalprend l’exemple de l’Islande qui a développé un produit à base de peau de poisson. Un seul morceau de 5 centimètres carrés rapport près de 250 dollars US, largement plus que la chair du même poisson. Dans le fond, l’objectif est de pêcher moins, mais de valoriser plusle poisson et dans son intégralité, notamment grâce à innovation.

L’ONG a déjà pu mettre en relation le gouvernement avec la Communauté du Pacifique. Depuis de nombreuses années, la CPS développe un programme d’observation des stocks de thondans tout le Pacifique. On ne peut que s’étonner que la Nouvelle-Calédonie soit restée à l’écart de ce programme pendant tout ce temps. Si ce rapprochement va dans le bon sens, il reste toutefois encore informel.

M.D.

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