« On va dans le mur si on ne change pas de politique économique rapidement »

Comme le souhaitaient les Républicains calédoniens et rejoignant la volonté du Premier ministre, les enjeux économiques et sociaux seront à l’ordre du jour du Comité des signataires de vendredi. Le parti en profitera pour demander un vaste plan de relance de l’économie calédonienne, d’autant que, selon eux, « le gouvernement Germain et Calédonie ensemble cachent la réalité aux Calédoniens ». Philippe Blaise, lors de la séance au Congrès sur le débat d’orientation budgétaire a précisé qu’il « est impossible d’avoir une croissance de l’ordre de 3% ». Le secrétaire général du parti parle de « maquillage des chiffres ».

DNC : Philippe Blaise, vous revenez sur les chiffres énoncés par le gouvernement Germain et Calédonie ensemble lors du débat d’orientation budgétaire. Des chiffres, notamment sur la croissance, que les Républicains Calédoniens contestent.

Philippe Blaise : Nous avons été alertés par les partenaires sociaux sur le contenu d’un document de cadrage du séminaire Amédée. Ce séminaire compile les analyses des différents experts et observateurs de l’économie calédonienne, comme l’Ieom, l’Isee, les services fiscaux, la direction du Budget de la Nouvelle-Calédonie et le cabinet d’experts DME, et il fait apparaître cette année une récession de l’économie, hors nickel, avec des prévisions de -0,4% en 2018 et -0,9% en 2019.
On est très loin des 3% de croissance pour 2019 annoncés par le gouvernement Germain et Calédonie Ensemble lors du débat d’orientation budgétaire. D’autant que même en intégrant le nickel, on arrive au final à +0,1 % de prévision de croissance. Avec un PIB qui est aujourd’hui à l’arrêt, et sachant qu’en dessous de 2% de croissance on détruit des emplois, la situation économique est donc plus que préoccupante. Mais là où c’est dramatique, c’est que ces documents de travail du séminaire Amédée ont été dissimulés par le gouvernement.

Nous les avons donc réclamés officiellement lors du débat d’orientation budgétaire, puis lors de l’examen du Budget Primitif 2019, mais le gouvernement refuse de les communiquer aux élus du Congrès !

Pour se défendre, le gouvernement a indiqué qu’il s’était appuyé cette année sur les prévisions du rapport Syndex, parce qu’il « était plus récent » que les documents du séminaire Amédée. Qu’avez-vous à répondre ?

Le rapport Syndex date d’octobre et les documents Amédée de juin. Mais soyons honnêtes, il ne peut pas, en 4 mois, y avoir eu une inversion totale de la conjoncture.

En outre le rapport Syndex, comme cela a été expliqué par le MEDEF, est un rapport qui est réalisé par les syndicats dans le but de négocier les augmentations salariales. Donc forcément les hypothèses de croissance sont optimistes, d’autant qu’elles sont basées sur une reprise soutenue des cours du nickel, or ces cours sont à nouveau retombés depuis. Sans compter la situation de la SLN qui doit faire face aux incendies à répétition de la serpentine à Kouaoua, ce qui va avoir des conséquences évidentes sur son activité et celle de ses sous-traitants.
À moins d’augmenter d’un seul coup les exportations de minerai brut, et ce n’est pas la politique que privilégie la Nouvelle-Calédonie, il n’y a donc aucun signe qui montre que l’on peut passer d’une récession à une croissance de 3% dès 2019.

Vous allez même plus loin en parlant de « maquillage » des chiffres.

Oui, nous portons des accusations très sérieuses en déclarant que nous sommes dans le maquillage, et même dans le mensonge avéré. Le président du gouvernement et Calédonie Ensemble, veulent essayer de faire croire aux Calédoniens que tout va bien, alors qu’au contraire sur le terrain on voit que ça ne va pas du tout. Il suffit d’écouter les partenaires sociaux.

Ça va même plus loin que cela puisqu’on a décelé des recettes fictives. Le président du gouvernement annonce par exemple dans son budget d’investissement qu’il va toucher 800 millions en vendant des terrains. Mais ces terrains, il est incapable de nous dire qui en sont les acheteurs. Sauf que, si cette somme de 800 millions n’est pas effective, on ne saura pas en mesure de couvrir à la fois les dépenses d’investissement annoncées et le remboursement de l’échéance de la dette actuelle. Il faut savoir que si l’on n’est pas capable de prouver que ces 800 millions donneront une cession réelle dans l’année, nous sommes fondés à demander que le budget soit retoqué par le contrôle de légalité et que cette somme soit enlevée.

Mis bout à bout, le fait que l’on donne des hypothèses économiques démenties par des documents officiels qui existent, le fait que l’on fasse de la cavalerie en allant chercher des recettes fictives, ça montre que l’on a un gouvernement qui est aux abois, qui a choisi la fuite en avant plutôt que d’agir, en espérant sauver sa peau en mai 2019 pour les prochaines élections en se disant : Faisons-nous réélire, il sera toujours temps de dire aux gens la vérité ! Là, nous avons quand même une véritable entreprise de propagande à des fins uniquement électoralistes.

Ce n’est pas acceptable, il faut que les Calédoniens sachent à quoi s’en tenir.
Je rappelle que cette situation de crise à laquelle nous sommes confrontés elle n’est pas arrivée du jour au lendemain. C’est le bilan de la gestion socialiste de Philippe Germain et de Calédonie ensemble, soutenus à chaque fois par les voix du FLNKS.

Cette gestion nous l’avons régulièrement dénoncée avec Sonia Backes et ce depuis la nomination du président du gouvernement en avril 2015. Nous avions alerté sur les conséquences de l’instabilité fiscale et réglementaire permanente, de la diabolisation des entreprises, du monde économique, sur cette politique dirigiste brutale qui a consisté à monter les employés contre les chefs d’entreprise et le résultat, on l’avait prédit : maintenant on voit l’effondrement de la confiance.
Dans un petit territoire comme la Nouvelle- Calédonie, la confiance c’est essentiel. C’est le moteur de l’investissement, donc de la croissance et des emplois.

Bien sûr il y a le contexte politique avec le référendum, et il y a eu l’atterrissage des chantiers des usines de Nickel mais ça n’explique pas tout ! Notre constat c’est que 4 ans de politique Germain ont mis la Calédonie à genou !

Selon vous quelle est la réalité économique de la Nouvelle-Calédonie ? Que pouvez- vous dire aux Calédoniens ?

Aujourd’hui quand nous discutons avec les chefs d’entreprises, ils nous disent tous que la situation est catastrophique, que des entreprises sont obligés de licencier, que des commerces ferment. On sait par ailleurs qu’il y a des tensions inquiétantes sur la trésorerie de la Nouvelle-Calédonie. On se demande sérieusement aujourd’hui si la Nouvelle- Calédonie va pouvoir continuer à payer les fonctionnaires à la même date à la n du mois. Regardez le BTP où le gouvernement annonce 55 Milliards de travaux pour 2019. Les professionnels de la branche n’ont pas été convaincus par cette annonce, eux qui sont quotidiennement au cœur du problème et qui savent très bien que des projets annoncés l’avaient déjà été en 2015. On nous annonce pour 2019 des choses qui ne sont pas encore confirmées comme le Carré Rolland à Nouméa, où les promoteurs ont demandé de proroger l’autorisation parce qu’ils n’ont pas encore confirmation de la défiscalisation.

Autre exemple pour mesurer l’absence de crédibilité de ce gouvernement : il suffit de voir ce qui nous a été dit lorsque, l’année dernière, la taxe sur l’alcool a été votée. Le gouvernement avait promis que cette taxe allait rapporter 4,5 milliards de plus. Ce même gouvernement nous annonce aujourd’hui dans le budget primitif que le rendement de la taxe a baissé de 2,3 milliards. Ça fait 7 milliards de taxes en moins par rapport à ce qu’on nous avait annoncé ! En moins d’un an, on a eu la démonstration que ce même gouvernement était capable de se tromper radicalement dans ses hypothèses. Il faut que les Calédoniens comprennent bien qu’aujourd’hui les chiffres annoncés sur les prévisions économiques ne sont pas ables. Cette situation jette un doute sur ce que dit le gouvernement et la confiance qu’il mérite.

Ce qui veut dire, que si comme nous le craignons, nous sommes en situation de récession économique ou au mieux de stagnation économique, on va détruire des emplois. La conséquence est que nous allons avoir, en 2020, une nouvelle baisse du rendement des impôts sur les revenus et les sociétés.

Mais plus grave, la TGC, qui est directement corrélée à l’activité économique aura un rendement moindre dès 2019. Nous risquons, si rien n’est fait, de nous retrouver dans une impasse budgétaire forte, qui va avoir des conséquences graves sur les finances de la Nouvelle-Calédonie.

Les Républicains vont donc, comme annoncé, profiter du Comité des signataires de ces prochains jours pour demander un vrai plan de relance économique ?

Bien évidemment et nous allons faire des propositions pour éviter que la Calédonie connaisse une crise grave qui pourrait ajouter des tensions sociales aux tensions politiques que nous connaissons.

L’État qui a des remontées d’information en direct par ses services est beaucoup plus lucide sur la situation économique de la Nouvelle- Calédonie que l’alliance CE FLNKS, et ce n’est pas par hasard qu’il veuille en parler au comité des signataires. Il fait le même constat que nous, la situation est très mauvaise. Si on continue comme ça, les jeunes Calédoniens qui arrivent sur le marché de l’emploi ne trouveront pas de travail, nous allons avoir de plus en plus de gens qui vont se retrouver au chômage et donc ce que l’on demande au gouvernement, c’est plutôt que de cacher la réalité en annonçant des hypothèses farfelues avec en arrière-plan les provinciales, c’est qu’il fasse un travail de vérité de façon à prendre des mesures d’urgences pour relancer l’économie et surtout l’emploi.

Il y a trois conditions pour redonner du souffle à long terme à l’économie calédonienne, c’est premièrement commencer par dire la vérité avec les vrais chiffres, deuxièmement rétablir la confiance pour favoriser l’investissement car l’investissement est la clé de la relance économie, pas la consommation. Et troisièmement, se caler sur les avis très informés de l’Autorité de la concurrence, qui nous donne les bonnes pistes à suivre, mais encore une fois, que le gouvernement lui, ne suit pas.

Avec cette politique de la majorité CE FLNKS, qui nous a matraqués d’impôts en 4 ans, on risque de se retrouver en Calédonie avec un ras-le-bol fiscal comme en métropole. Et on sait que cela ne passera pas. La solution c’est qu’il faut rétablir la confiance. Il faut que l’on ait au pouvoir des gens qui respectent les investisseurs, qu’ils leur donnent de la visibilité. Il y a de l’argent en Calédonie, il y a des gens qui sont en capacité d’investir, mais ils ne le feront pas tant qu’il y aura un gouvernement qui sera menaçant et vindicatif à l’égard de ceux qui créent des emplois.

Il faut changer radicalement et au plus vite de politique économique et fiscale.

Pour info : Extrait du rapport Amédée.

C.S

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