« Modèle islandais » sur les addictions des jeunes : des chiffres inquiétants

À l’occasion d’un quatrième séjour sur le Caillou, le professeur américain Harvey Milkman, artisan du modèle islandais de prévention jeunesse (Youth in Europe), a restitué les premières conclusions des enquêtes menées à Koné, Dumbéa et au Mont-Dore. Sans surprise, les résultats ne sont pas bons.

Du 17 au 26 avril dernier, près de 2 500 questionnaires ont été administrés à des élèves de troisième, seconde et première des collèges et lycées de Koné, Dumbéa et du Mont-Dore, trois villes qui se sont engagées dans ce programme initié en Calédonie par la Fédération des industries (Finc). Le questionnaire portait sur l’environnement social des jeunes et leurs habitudes de consommation d’alcool, de cigarettes, de stupéfiants. Il a été conçu dans le cadre du modèle islandais pour identifier les facteurs de risque et de protection des jeunes. Le même questionnaire avait été distribué dans les villes de 28 pays du monde, avec toutefois quelques adaptations locales notamment sur l’usage du kava.

« Est-ce acceptable ? »

40 % des adolescents entre 15 et 16 ans ont reconnu avoir consommé de l’alcool une ou plusieurs fois au cours des 30 derniers jours et 18 % déclarent avoir été saouls une ou plusieurs fois récemment (un garçon sur 5 et une fille sur 7). Chez les moins de 13 ans, 40 % ont bu de l’alcool, 13 % ont déjà été ivres. 40 % de la consommation d’alcool se fait chez les autres, 20 % à la maison et 20 % dans la rue ou au parc.

La cigarette est consommée quotidiennement par une fille sur cinq entre 15 et 16 ans et par un garçon sur sept. 31 % des moins de 13 ans ont déjà fumé une cigarette. 7 % des 15-16 vapotent quotidiennement et 13 % des moins de 13 ans ont déjà vapoté. Le cannabis concerne 28 % des 15-16 ans et 9%des moins de 13ans. Le kava, 6 % des garçons de 15-16 ans. 20 % des enfants seraient victimes de mal- être et beaucoup ne se sentent pas en sécurité dans le milieu scolaire.

Selon Harvey Milkman, il y a une constance entre les données relevées dans les trois villes et on est donc face à un problème sociétal… Ces chiffres sont en tout cas « plus élevés que dans nombre pays d’Europe, plus élevés qu’au Chili ». Et le professeur d’interroger les Calédoniens : « cette situation est-elle acceptable ? »

Facteurs de risque

L’équipe du professeur Milkman s’est ici aussi intéressée à la corrélation entre les différentes consommations des jeunes, l’influence de leur entourage ou encore le fait de sortir tard le soir. Il ressort, sans surprise, que plus le jeune aura la sensation que tous ses amis consomment, plus il consommera ces substances. Beaucoup pensent aussi que la consommation est une sorte d’obligation pour rester dans certains groupes…

Il existe par ailleurs un lien important entre le fait de sortir après 22 heures sans supervision et le fait de fumer ou d’être ivre. Parmi les jeunes interrogés, 28 % ont déclaré être rentrés après minuit une ou plusieurs fois au cours de la semaine précédente.

Ces premiers résultats ont été présentés dans le détail aux élèves et parents concernés, à la communauté éducative, aux communes. Il s’agira maintenant de voir comment les données seront utilisées, quelles actions seront mises en œuvre. Car quoi qu’il en soit, « les réponses devront être locales », souligne Harvey Milkman.

Les discussions portent principalement sur le fait d’occuper les jeunes dans des activités saines. En moyenne, dans nos communes, 15 à 20 % d’entre eux disent participer à des activités extrascolaires sportives, culturelles ou artistiques (contre plus de 90 % en Islande !) Il faudra sans doute se mobiliser à ce niveau ou ajuster les programmes.

On s’interroge, au Mont-Dore et à Dumbéa, des communes plutôt sportives et dynamiques, car les résultats ne sont guère meilleurs. « Il nous faudra sûrement déplacer le curseur », a commenté l’élu du Mont-Dore, Armand Esposito. Même son de cloche pour le directeur de la prévention citoyenneté et sécurité de Dumbéa, Gilles Adragna : « Peut-être faut-il s’interroger sur notre propre politique publique et la réévaluer avec toutes les parties prenantes. »

Cette étude va permettre en tout cas de travailler « plus finement » par commune et même par établissement. Sachant toutefois que le rôle de la famille est primordial. « Elle est vraiment au cœur des situations, selon Harvey Milkman. C’est à elle de se mobiliser en premier lieu en contrôlant mieux les comportements, les sorties nocturnes, les fréquentations… »

Espoir

L’évolution de la situation sera monitorée : de nouvelles enquêtes seront effectuées dans les mêmes conditions après deux ans, puis quatre ou cinq. Cette méthode a fonctionné partout. En Islande, les autorités ont agi par le développement des activités périscolaires, la mise en œuvre d’un couvre-feu informel le soir. L’État a investi massivement. Et la ville de Reykjavik dépense 450 euros par enfant annuellement, une aide versée directement aux structures qui les encadrent. Les familles ont été sensibilisées notamment par le biais des médias. Un pacte a été signé entre les communes, les écoles et les parents pour un meilleur investissement de ces derniers.

En vingt ans, la proportion des jeunes qui se saoulaient une fois par mois est passée de 42 % à 7 % ; celle des fumeurs de cigarettes de 23 % à 5 % et de cannabis de 17 % à 3 % seulement.

C.M.

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