Martine Cornaille « Faire de la Calédonie un archipel de bonheur brut »

Depuis l’annonce de son engagement en politique, Martine Cornaille a fondé l’Alliance citoyenne pour la transition démocratique, écologique et solidaire. Rassemblant des citoyens engagés, l’ACT propose une nouvelle offre politique pour les élections provinciales. Martine Cornaille nous en présente les grands principes.

DNC : Qu’est-ce qui vous a conduit à passer de l’engagement associatif à la politique ?

Martine Cornaille : D’une part l’urgence en matière environnementale à changer les choses. Cette notion était déjà à l’origine de mon engagement associatif et l’urgence n’a fait que s’aggraver depuis douze ans que je suis à la tête d’Ensemble pour la planète.

Ensuite, c’est le deuxième constat, je me suis aperçue qu’au travers de la vie associative, je n’arrivais pas à obtenir des changements suffisamment significatifs pour répondre à cette urgence. Des élues m’ont souvent dit : ‘Si tu n’es pas contente, tu n’as qu’à te faire élire !’. Eh bien, avec cette fenêtre de 2019, je me suis dit que c’était le moment ou jamais d’essayer de porter nos convictions sur un autre terrain de façon à ce qu’on soit plus efficace.

Le mouvement ACT se met en place progressivement. Qui regroupe-t-il et qu’avez-vous en commun ?

Ce qui nous rassemble, c’est d’abord ce constat que le statu quo n’est pas viable, notamment en Nouvelle-Calédonie où nous condensons un certain nombre de difficultés liées à la surconsommation de nature et aux formidables inégalités de notre société. Ce constat n’est pas nouveau, il a été dressé par des chercheurs, des universitaires, il y a une dizaine d’années. À la question de savoir si le développement de la Nouvelle-Calédonie était durable, la réponse était déjà non.

Le statu quo n’est donc pas viable pour la Calédonie, et ce, quel que soit son destin institutionnel. Selon nous, il faut absolument que la société civile prenne les choses en main pour construire une société viable en dehors de ses préoccupations institutionnelles qui ont rendu le débat politique stérile depuis trente ans et conduit les responsables politiques à négliger tous les aspects de la vie quotidienne.

J’ai constitué un premier cercle d’une douzaine de personnes avec qui j’ai travaillé sur notre programme. Nous consultons des référents sur toutes nos propositions. Et nous les soumettrons au public. Il y a autour de moi à la fois des gens qui m’apprécient, qui ont ‘peur pour moi’, qui pensent que ‘ça va être terrible’ et qui veulent m’accompagner. Et puis il y a des inconnus qui pensent que c’est un projet formidable et veulent y participer.

Vous dites qu’une partie de votre entourage craint ce nouvel engagement. Comment appréhendez-vous justement cette entrée en politique ?

Eu égard à ce que j’ai vécu en tant que bénévole, je me dis que la situation peut difficilement être pire ! J’ai été menacée physiquement. On m’a menacée de mort sur des ondes radio. J’ai été traînée en justice à titre personnel par la SLN. On m’a fait une réputation détestable. Mes enfants ont fait les frais de mon engagement. Vraiment, on ne m’a rien épargné.

ACT veut faire de la Nouvelle-Calédonie un « archipel de bonheur brut ». Expliquez-nous…

Mon engagement, à l’origine, tient au fait que j’ai eu à subir, dans ma vie familiale et personnelle, les conséquences sanitaires d’un défaut de prévention en matière médicale. J’estime que l’on a assez à faire face aux aléas de la vie, accidentels, sans encore se plomber avec des comportements qui ont des conséquences désastreuses. Il faut éviter le malheur évitable et pour ce faire, s’inscrire dans la prévention.

Cela concerne non seulement les questions sanitaires et environnementales, mais aussi les questions sociales et politiques. Vous le savez comme moi, la fracture de notre pays, la fracture politique, recoupe la fracture économique et c’est aussi une fracture ethnique. Nous voulons, pour tous les domaines, nous inscrire résolument dans la prévention.

Vous insistez en matière économique sur la réduction des inégalités…

Nous avons des mesures économiques extrêmement fortes. On veut, par exemple, que le revenu minimum soit un revenu décent. Aujourd’hui, on a un SMG qui est inférieur au Smic métropolitain tandis que dans le même temps le panier de la ménagère ici est deux fois plus cher que celui de la Métropole. On ne peut pas continuer comme ça ! Donc soit on travaille à une énorme revalorisation du SMG de l’ordre de 30 % pour atteindre 175 000 francs nets, soit on fait une revalorisation moins importante, mais on met en place des mesures complémentaires comme la prime à l’emploi qui existe en Métropole pour augmenter le revenu des personnes. Pour relever les salaires les plus bas, on peut aussi supprimer les cotisations sociales sur la maladie et la maternité, comme l’a fait Emmanuel Macron. On garderait sur les salaires les cotisations chômage, retraite et accidents du travail. Cela permettrait de rendre du pouvoir d’achat aux salariés.

Nous voulons aussi réformer les planchers, les plafonds et les taux des différentes tranches fiscales. Là encore, on a dressé des comparatifs avec la Métropole et l’Australie et on s’aperçoit que la Calédonie fait payer des impôts à des revenus bien inférieurs ! On veut resserrer l’éventail en Nouvelle- Calédonie en faisant aussi davantage contribuer à l’effort fiscal les plus hauts revenus. Aujourd’hui, nous avons un impôt sur les dividendes qui est ridiculement faible et ce n’est plus admissible.

On veut par ailleurs mettre fin à la défiscalisation à tout va pour les acteurs privés. C’est un siphonage d’argent public qui a été dénoncé par la Cour territoriale des comptes et par la Chambre nationale des comptes ! Il faut subventionner les projets qui le méritent, mais il faut que les subventions soient gérées et assorties de contreparties de parts de propriété. Donc on va créer ce que l’on appelle une agence calédonienne des participations qui gérerait ces participations publiques pour qu’elles ne soient pas versées à fonds perdus ! L’argent public est rare, précieux et doit être investi à bon escient et avec des contreparties qui assurent un cercle vertueux.

Vous dites aussi vouloir sortir du « tout nickel »…

Je siège en tant que bénévole associatif au comité consultatif des mines, au Fonds nickel, et je m’aperçois que depuis environ sept ou huit ans, la quantité de minerai de nickel extraite a été multipliée par quasiment trois. Est-ce que vous vivez trois fois mieux qu’il y a huit ans ? La réponse est non… Par contre, les dégâts environnementaux, sanitaires, eux, se sont bien multipliés.

Aujourd’hui sans consultation, sans débat public préalable, notre chef, Monsieur Gomès, a dit, du haut de son piédestal de député, qu’il fallait donner satisfaction à la revendication de la SLN et autoriser l’exportation des saprolites à basse teneur. On continue la fuite en avant ! Mais on le voit dans plein d’endroits, Kouaoua, Houaïlou, les gens n’en peuvent plus de la mine…

Nous demandons un bilan le plus exhaustif possible sur l’exploitation minière en matière sociale, sociétale, environnementale, sanitaire et économique. De façon à ce qu’on puisse décider si l’on veut encore de la mine, et dans quelles conditions !

C’est comme quand j’entends M. Dang dire qu’il va ouvrir une usine en Chine après avoir ouvert celle en Corée, je me dis : ‘‘Qui est-il pour décider de cela ? Avec notre bien commun ! Notre minerai à nous !’’ Il faut absolument que ce genre de décision soit soumis à un débat public long, d’un an environ, de façon à ce que les passions aient le temps de s’apaiser et que ne restent que les éléments concrets pour se forger une opinion éclairée.

Quels autres secteurs développeriez-vous ?

Pour nous, le développement doit contribuer à fixer les populations chez elles ! Ce n’est pas une solution de continuer le développement tel que pratiqué jusqu’à maintenant qui a conduit au mal vivre dans les squats et à l’insécurité. Il faut absolument fixer les populations chez elles et nous avons des idées assez originales de filières qui permettaient notamment l’intégration dans la vie en tribu. On pense à l’apiculture, un formidable réservoir d’emplois et de richesses. La Nouvelle-Calédonie est l’un des seuls producteurs de miel bio. On a un formidable marché à prendre notamment en Métropole et plusieurs centaines d’emplois pourraient être créées, chez les gens.

Il y a aussi ce que l’on appelle l’aquaculture intégrée, qui associe en mer plusieurs espèces, par exemple, des picots, des algues, des bénitiers… C’est typiquement intégré et ça ne nécessite pas une surveillance quotidienne. On peut faire la même chose sur terre avec des systèmes de cultures intégrés, comme le riz, que l’on pourrait associer en milieu humide à des poissons, des canards… On veut s’orienter vers ce type de productions zéro déchet. C’est ce que l’on appelle l’économie circulaire.

La place de l’environnement et de la santé serait prépondérante et transversale…

Tout à fait. Ces notions doivent l’emporter sur tout, y compris sur la liberté d’entreprendre. C’est l’homme qui doit être mis au centre et l’économie prise comme un outil et non pas une fin en soi.

Il s’agira d’abord de combler tous les vides juridiques préjudiciables à la préservation de la santé et de l’environnement, par exemple, en matière d’exposition aux biocides, aux ondes électromagnétiques, au mercure… Quant au glyphosate, eh bien, nous venons de voir que le gouvernement vient de passer pour 2020 l’interdiction de la commercialisation pour les particuliers. C’est le minimum du minimum…

En matière d’environnement, nous nous inscrivons dans l’ambition d’Édouard Wilson, un scientifique de renommée mondiale qui propose de mettre 50 % de la planète sous cloche. 50 % des zones terrestres et 50 % des zones marines. Voilà l’ambition que nous allons afficher pour la Nouvelle-Calédonie en matière de conservation.

Par ailleurs, des chocs inévitables à l’échelle mondiale sont annoncés et l’on craint que la Nouvelle-Calédonie, qui se trouve loin des routes commerciales, soit l’un des premiers pays à faire les frais de ces chocs. La priorité sera de nourrir les hommes et nous voulons donc anticiper en lançant un vaste projet de plantation de 5 millions d’arbres fruitiers – en incluant le cocotier – qui soient en capacité de nourrir les hommes. On vise la souveraineté. On ne veut plus être dépendants de l’extérieur même pour nos semences.

Pensez-vous que les Calédoniens soient prêts à prendre un autre chemin ? À choisir un autre type de société ?

Je ne sais pas, en tout cas, il ne faut pas croire que l’on vivra moins bien ! Au contraire, on vivra plus en sécurité et en meilleure santé. Et puis il faut se dire que la sobriété heureuse ne peut pas concerner les gens qui n’ont rien. Actuellement, les inégalités sont telles qu’elles nourrissent la haine.

À ce sujet, si l’on regarde notre PIB, nous sommes bien troisièmes dans la zone derrière l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Mais si on prend l’indice de Gini qui calcule les inégalités dans une société, nous sommes à l’échelle mondiale au rang du Zimbabwe. Donc il faut absolument réformer ce pays pour atténuer les inégalités. Je ne parle pas de celles qui sont naturelles, mais bien de celles qui sont évitables : une personne qui travaille doit pouvoir vivre. C’est très actuel, c’est en substance ce que scandent les gilets jaunes…

C.M.


Les rendez-vous de l’ACT

• Première assemblée générale le jeudi 21 février à 18 heures à la salle Océane du Nouvata.

• Les Calédoniens sont invités à venir débattre également tous les jeudis à 18 heures, au même endroit, les 28 février, 7, 14, 21 et 28 mars.

Des rendez-vous vont ensuite être programmés en province Sud.

L’ACT recrute adhérents et donateurs.

Contacts : Facebook : ACT NC / Tél. : 79 75 21 / joindreact@gmail.com

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