Manif du BTP: Le gouvernement sort la bétonnière

Face à la grogne du BTP, le gouvernement a annoncé mardi 4 décembre, à la veille de la mobilisation des professionnels, un montant d’investissements de 55,5 milliards de francs rien que pour le secteur public. Au total, Philippe Germain assure que plus de 80 milliards de francs seront injectés dans le bâtiment et les travaux publics en 2019. En réponse à ces annonces, les manifestants demandent des engagements.

Le déroulement des événements commence à être bien connu. La société civile alerte les pouvoirs publics et ceux-ci assurent avoir entendus les doléances. Rien ne se passe jusqu’à la manifestation, accompagnée de conférences de presse et contre-conférences de presse pour aboutir finalement à ce que le gouvernement lâche du lest. On peut dire que le dialogue passe de plus en plus difficilement en Nouvelle-Calédonie. Ce dialogue de sourds s’entend jusqu’au Congrès où la tenue du débat d’orientation budgétaire a montré les profondes différences d’interprétations de la situation économique calédonienne. Très prochainement, l’Usoenc prendra son tour de parole sur la question de la situation économique et sociale.

Si la situation économique fait débat, notamment en raison du manque patent de données économiques à jour, celle du BTP est en revanche beaucoup plus claire. Le BTP va mal. Entre 2012 et 2018, le secteur a perdu près de 3 000 emplois. Il compte désormais 6 800 salariés ce qui représente une part importante des près de 92 000 salariés, sans compter les 7 000 travailleurs indépendants. Une saignée que le gouvernement a bien du mal à contenir pour ne pas dire qu’il ne parvient pas du tout à contenir. Pour faire bonne figure à la veille de la mobilisation des professionnels du BTP, l’exécutif a tenu à produire des chiffres fiables, issus des directions du gouvernement, de la province Sud, de la province Nord ainsi que des communes du Grand Nouméa, hors agglomération nouméenne, ainsi que de l’État.

Selon le gouvernement, ce sont près de 55,5 milliards de commandes publiques qui seront passées en 2019. La moitié de cette somme est constituée des investissements en logement sociaux, soit 28 milliards de francs. Pour l’occasion et pour appuyer son propos, Philippe Germain, avait fait venir les responsables des trois bailleurs sociaux. Ces derniers ont annoncé le lancement de la construction de 1 360 logements en 2019. En dehors des logements sociaux, le président a détaillé une litanie de projet à venir au cours de l’année 2019 et pour lesquels les budgets étaient déjà inscrits, tels que la rénovation de la bibliothèque Bernheim, le centre de détention de Koné, la cuisine centrale du lycée Atiti, le musée de la Nouvelle-Calédonie, l’aérogare de Koné, le terminal pour les croisiéristes ou encore la fin du chantier Néobus.

80 à 100 milliards de commandes

Les investisseurs privés devraient également apporter leur pierre à l’édifice au travers de grands projets tels que le complexe cinéma MK2 ou encore la marina de Nouré tous les deux à Dumbéa. L’annonce du lancement du projet Lucy de Vale NC pour 500 millions de dollars US devrait également redonner un peu d’air au secteur du BTP.

Après avoir détaillé ces montants, le président du gouvernement a rappelé les dispositifs fiscaux mis en place pour soutenir le secteur de la construction. C’est le cas de la baisse des droits d’enregistrement qui passe de 4 % à 0,5 pour tous les acquéreurs de bien. Le prêt à taux zéro a par ailleurs été réorienté vers les logements neufs. Le plafond de déductibilité des intérêts d’emprunts sont passés de 500 000 francs à un million de francs pour les acquisitions effectuées entre 2019 et 2021 dans les communes du Grand Nouméa. Le gouvernement a enfin prolongé l’exonération des revenus locatifs pour trois années supplémentaires (les revenus locatifs sont déductibles à 50 % sur le Grand Nouméa et 100 % en dehors). Autant de chiffres et de mesures que le BTP prend avec le sourire. Pour de nombreux manifestants, la communication du gouvernement revenait à les prendre pour des idiots. Au-delà des discours et d’une litanie de chiffres, ce qu’ils attendent ce sont des dates auxquelles les projets vont très concrètement démarrer.

Favoriser la construction plus que la rénovation ?

Les mesures encouragent la construction sans tenir compte pour autant de la demande des Calédoniens qui ont déjà massivement investit dans l’acquisition de logement ces dernières années comme le montre régulièrement les chiffres publiés par l’Ieom. Si la défiscalisation sur les logements intermédiaires (RILI) n’a pas été renouvelée, c’est à la demande des promoteurs qui ne parvenaient plus à trouver de locataires. La RILI a par ailleurs saturé le marché des logements intermédiaires et conduit à une baisse des loyers de 10 à 20 %. Concernant le logement social, s’il existe de gros besoins, les faibles ressources des personnes sont souvent un frein important à l’attribution de logements sociaux. Sans compter que les opérations mixent logements sociaux et logements intermédiaires qui trouvent également de plus en plus difficilement de locataires.

Il existe en revanche d’importants besoins en matière de rénovation, tant dans le parc de logements sociaux que dans le parc privé. La Nouvelle-Calédonie n’échappe pas au phénomène des marchands de sommeil. C’est une triste réalité face à laquelle les locataires sont souvent désemparés et les politiques publiques ne traitent pas vraiment la question. Philippe Germain a indiqué que ses équipes ont travaillé quelques semaines sur la question avant de se rendre compte que les effets bénéfiques pour le BTP ne se feraient pas sentir avant 2020. La décision a donc été prise d’abandonner le chantier. Un dispositif d’aide fiscale sur la rénovation aurait pourtant permis d’améliorer les conditions de vie de nombreux calédoniens tout en permettant de structurer une nouvelle filière dans le BTP.

Mais au-delà de l’adéquation des réponses du gouvernement aux problèmes du BTP, Philippe Germain a souligné que le territoire avait retrouvé un niveau d’activité normal suite à la suractivité liée aux grands projets et en particulier miniers. En creux, on peut en déduire que le niveau d’emploi est aujourd’hui trop important par rapport aux besoins de la Nouvelle-Calédonie. En prenant un peu de recul, on peut observer que l’emploi a retrouvé son niveau de 2005-2006. Le retour à la normale était toutefois prévisible et aurait pu être accompagné, notamment au travers de la formation professionnelle.

M.D.

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