Lutte contre la délinquance : il faudra aller plus loin

Les autorités de l’État et de la justice étaient réunies vendredi dernier, 22 février, pour leur premier état-major de sécurité de l’année. L’occasion de se pencher sur les chiffres, contrastés, de la délinquance en 2018.

L’année 2018 aura vu un nombre conséquent de réformes émerger en matière de lutte contre la délinquance. La police de sécurité du quotidien a été lancée dans le secteur de Pierre-Lenquette-Montravel-Tindu retenu parmi les quinze premiers quartiers de « reconquête républicaine » au niveau national. Cela s’est traduit notamment par un renforcement des moyens sur cette zone au mois de septembre (groupe de sécurité de proximité), un renforcement sur la voie publique et une relation plus étroite avec la population et les partenaires locaux.

Autres actions structurantes mises en œuvre l’année dernière : la création d’un poste de référent-sûreté dans le secteur de Ducos, particulièrement touché par les cambriolages, d’une brigade de prévention de la délinquance juvénile à Koné, d’une unité canine légère à Nouméa, d’une cellule de contact au sein des brigades de gendarmerie de Dumbéa et de Pont-des- Français, le développement du dispositif de participation citoyenne au Mont-Dore, à Dumbéa et Magenta (prochainement étendu à Rivière Salée), le développement des « alternatives citoyennes » pour les auteurs d’incivilités et de petite délinquance.

Les collectivités se sont également investies dans le repérage et le signalement des jeunes en voie de basculement. Des travaux ont enfin été entrepris pour doter les véhicules les plus volés de systèmes antivol plus performants. Selon les autorités, tous ces dispositifs commencent à avoir des effets positifs sur le terrain, mais force est de constater qu’ils ne se mesurent pas encore significativement dans les chiffres.

Contrastes

En 2018, les atteintes aux biens (vols, dégradations…) ont connu une légère régression (-1,7 %) déjà perceptible en 2017 et venant mettre un terme à plusieurs années de hausse consécutive. Les cambriolages de locaux industriels et commerciaux sont en baisse de 6,43 % à Nouméa, malgré les pillages observés en début d’année dernière. À l’échelle du territoire en revanche, les chiffres augmentent de 2,29 %. La tendance est la même pour les vols de véhicules : ils baissent à Nouméa de 9,35 %, mais augmentent à l’échelle du territoire de 5,9 %. En clair, l’évolution est plutôt « positive en zone urbaine, et négative sur le reste de la Calédonie ». Visiblement, la lutte contre cette délinquance du quotidien est plus compliquée sur la Brousse, un territoire de 18 000 km2 à contrôler par la gendarmerie.

On observe, par ailleurs, que les atteintes aux personnes sont en hausse (+4,8 %), tout comme les violences physiques non crapuleuses (+ 4,1 %) le plus souvent commises dans un cadre intrafamilial à l’encontre des femmes et des enfants. Mais selon le procureur de la République, cette hausse pourrait signifier que les femmes portent de plus en plus plainte et que les diverses campagnes de sensibilisation fonctionnent.

La problématique de la délinquance des mineurs reste entière. Pas moins de 1 200 jeunes ont été poursuivis et la capacité d’absorption du tribunal pour enfants est clairement insuffisante face à cette déferlante. Le quartier des mineurs du Camp-Est est rempli à 200 %. Le taux de détention est bien supérieur à la moyenne nationale et se rapproche plutôt des taux australiens et néo- zélandais qui, précise le procureur, « ne sont pas connus pour leur faiblesse » Selon Alexis Bouroz, il s’agit généralement d’une petite délinquance et la réponse de l’enfermement est « inadaptée » pour une majorité d’entre eux. La Nouvelle-Calédonie doit développer des alternatives aux poursuites et ouvrir des foyers.

Autre particularité : avec 52 blessés, la Nouvelle- Calédonie compte le plus grand nombre de violences à l’encontre des forces de l’ordre dans tous les Outre-mer.

Pas de changement de mentalités sur les routes

Autre déception, l’éternel triste record en matière d’insécurité routière. 52 personnes ont été tuées en 2018. La mortalité routière est quatre fois plus élevée qu’en Métropole. Une réalité qui n’a pas évolué depuis vingt ans ici tandis qu’elle régresse partout ailleurs. Pire, le nombre d’accidents et de blessés est reparti à la hausse (+ 20 % et +15%).

Les forces de l’ordre ont consacré une part croissante de leurs activités à la répression des délits routiers et ce temps va encore augmenter. 1 500 opérations de contrôles ont été demandées, soit quatre par jour. Les effectifs ont été renforcés, en province Nord et des « alternatives à la sanction » ont été lancées. Mais il faut se rendre à l’évidence : d’autres mesures sont nécessaires. « Il y a un sentiment d’amertume, le pli n’est pas pris », a regretté le général Marietti. Les mentalités n’évoluent pas, les Calédoniens conduisent toujours sans impunité sous l’emprise de l’alcool, de stupéfiants et ou beaucoup trop vite.

Le haut-commissaire de la République n’a pas caché le fond de sa pensée. Selon lui, et alors que le Congrès vient d’entériner son plan triennal de sécurité routière, le territoire n’est tout simplement pas à la hauteur en matière de répression. En plus du travail sur les plaques minéralogiques, il faudrait davantage de fourrières pour développer les peines de confiscation des véhicules, établir le permis à points, limiter encore les vitesses, rendre les titulaires de carte grise responsables. Le haut-commissaire a annoncé la venue d’une mission d’appui et de conseil de la délégation interministérielle à la sécurité routière. Ces vingt dernières années, le nombre de morts a été divisé par quatre en Métropole… De quoi peut-être s’inspirer.

C.M.

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