Les solutions pour développer l’offre de soins de proximité

La délibération d’application relative au plan Do Kamo, qui doit être présentée d’ici la fin de l’année aux élus du Congrès dans sa version définitive, vise à remplir des objectifs de gouvernance, d’économie et de développement. Sur ce dernier point, le plan de santé publique veut assurer une offre de santé efficiente grâce à une offre de soins de proximité remaniée. Revue de détails.

Le plan Do Kamo, qui a franchi, il y a une dizaine de jours, une nouvelle étape avec l’approbation du Conseil économique social et environnemental, mais néanmoins avec une trentaine de recommandations, a été salué par ce dernier sur la volonté de mettre en avant la prévention (voir notre édition du 13 septembre dernier). Dans ce cadre, la délibération d’application propose de privilégier un développement de l’offre de soins de proximité en s’attaquant surtout aux professionnels de la branche et à une certaine réorganisation.

Création du médecin traitant

Le texte prévoit tout d’abord d’institutionnaliser la notion de médecin traitant pour les soins de proximité dont le patient a besoin et leur coordination. Le professionnel aura un rôle central dans l’orientation et le suivi de la personne tout au long de son parcours de santé. D’après la délibération, « cela permettra une meilleure coordination des soins et un suivi du patient bien plus qualitatif. Le nomadisme médical, les consultations et les examens inutiles s’en trouveront également considérablement réduits ». Chaque patient choisira son médecin traitant parmi les professionnels en médecine générale ou, par dérogation, un spécialiste (oncologue, par exemple). Chaque médecin traitant suivra ses patients sur la durée, assurera un suivi de prévention personnalisé et coordonnera leurs soins. De fait, le statut de médecin référent pour les patients atteints de longue maladie ferait double emploi et sera supprimé.

Assurer des permanences

En Nouvelle-Calédonie, à partir de 16 h 30, de nombreux cabinets privés ainsi que les dispensaires et centres de santé, de la Cafat sont fermés au public. Les usagers ont deux alternatives : faire appel à SOS Médecins ou se rendre aux urgences hospitalières. Les services concernés se retrouvent ainsi complètement engorgés avec des délais de prise en charge souvent très longs pour les patients. En matière de service public, cela représente autant une perte de la qualité dans la prise en charge qu’un surcoût financier important. Pour remédier au problème, le futur plan prévoit d’assurer la permanence des soins de proximité dits de « ville » grâce à une coordination des horaires d’ouverture des cabinets médicaux. Dans le même objectif, le plan Do Kamo vise à instaurer des permanences de spécialistes (hors médecine générale) sur l’ensemble du pays pour assurer une offre de soins de proximité. Pour la rééquilibrer entre le Grand Nouméa et le reste de l’archipel, il est nécessaire de développer les consultations décentralisées avec la mise en place de vacations.

Développer des pratiques paramédicales

Les contraintes financières auxquelles la Nouvelle-Calédonie doit faire face, l’accroissement de la demande, l’évolution des besoins, les attentes des populations ainsi que les pénuries médicales dans certaines régions conduisent aujourd’hui à repenser l’organisation. De nouvelles coopérations interprofessionnelles et un partage de compétences doivent ainsi être développés, posant le défi , sans précédent, du redéploiement des compétences des infirmiers. À cet effet, le plan propose que « dans un contexte international de redécoupage des responsabilités entre les professionnels, la Nouvelle-Calédonie s’interroge sur l’opportunité de créer de nouveaux métiers d’infirmier en endocrinologie-diabétologie, soins palliatifs et milieux isolés. »

Coordonner le recrutement

Hors Grand Nouméa, le turn-over des professionnels médicaux et paramédicaux est récurrent : les vacations de poste se déroulent tous les trois mois pour les provinces Îles et Nord, du fait notamment des conditions d’organisation, sécurité, santé et qualité de vie au travail, peu favorables. À l’heure actuelle, il n’existe pas de réelle coordination de la stratégie recrutement. Le plan Do Kamo propose donc « d’encadrer les conditions d’accès à l’emploi pour les étudiants rentrant au pays (médecine générale surtout) et les nouveaux arrivants en les obligeant à exercer en dehors du Grand Nouméa : un an pour les Calédoniens, deux ans pour les Métropolitains, trois ans pour les ressortissants d’autres nationalités ». Cependant, interrogés sur la question, les représentants des médecins n’approuvent pas cette proposition. Le plan prévoit également d’améliorer les conditions de vie des professionnels de santé en brousse et d’accompagner les nouveaux arrivants, notamment en organisant des échanges avec les représentants coutumiers.

Encourager la coopération

Environ 70 000 Calédoniens vivent dans les provinces Nord et Îles et l’accès aux structures de santé et de soins s’avère difficile en raison de l’éloignement géographique.

De plus, la plupart des spécialistes exercent dans le Grand Nouméa. Pour pallier les difficultés liées à l’éloignement, le plan veut promouvoir le télé-conseil (courriels, vidéos, etc.) et la télémédecine avec des téléexpertises et vidéoconférences, ce qui encouragera la coopération des professionnels de santé autour de problématiques de parcours ou de soin. Les médecins auront accès à l’avis médical de leurs confrères et réaliseront un diagnostic précoce d’éventuelles complications. Les pratiques paramédicales avancées s’en trouveront sécurisées. Les patients, quant à eux, réduiront les déplacements, bénéficieront d’une meilleure prise en charge au plus près de leur lieu de vie et éviteront les hospitalisations ou ré-hospitalisations.

Création des services de soins infirmiers spécifiques

Avec l’augmentation de l’espérance de vie et de plus en plus de soins in rmiers à domicile, le futur plan Do Kamo propose de créer des SSIAD (services de soins infirmiers à domicile) pour les personnes âgées et celles en situation de handicap, ce qui contribuera au maintien à domicile. Les interventions seront prises en charge par l’assurance maladie. Elles se feront sur prescription médicale ainsi que sur la base d’une évaluation initiale des besoins par un in rmier coordonnateur du SSIAD.

Un schéma des urgences

Dernier point en matière de la réorganisation de l’offre de soins de proximité, il est prévu d’actualiser et mettre en place un schéma des urgences et du dispositif de garde et d’astreinte pour assurer une prise en charge adaptée aux particularités des patients. Même si les dispensaires sont ouverts 24 heures sur 24, les patients sont souvent orientés vers les établissements hospitaliers, car beaucoup mieux équipés. Les consultations s’interrompent pour la grande majorité à 16 h 30. En n, le transport sanitaire terrestre en matière d’urgence s’avère peu flexible, peu e cace et coûte cher, ce qui contribue à altérer la qualité du service rendu aux citoyens-usagers. Compte tenu de ces faits et pour améliorer l’organisation de la carte sanitaire, le futur plan veut mettre en place un système contractuel de permanences des soins avec l’Autorité indépendante de régulation (AIR), concevoir un maillage des urgences de l’archipel, créer un dispositif de gardes et d’astreintes prévoyant un positionnement de premier recours pour les médecins libéraux, installer des « antennes relais d’urgence 24h/24 » (hors du Grand Nouméa) des établissements de santé afin d’assurer la couverture minimale (le soir et les week-ends) à bonne distance des établissements hospitaliers, ouvrir les dispensaires uniquement le jour jusqu’à 18 h, sachant que les soirées et week-ends sont couverts par les « antennes relais d’urgence 24h/24 » et enfin, réorganiser le cadre de coordination du transport sanitaire terrestre pour les urgences.

Voilà donc les propositions du plan Do Kamo en matière de développement de l’offre de soins de proximité. On peut cependant se poser cette question : pourquoi la plupart d’entre elles, qui seront remises aux élus du boulevard Vauban, n’ont pas été mises en place plus tôt ?

C.S

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