Les mauvais chiffres de l’économie calédonienne

L’Institut d’émission d’outre-mer a publié son bilan 2018 en même temps que les chiffres de l’activité économique du premier trimestre 2019. La plupart des indicateurs se portent plutôt mal et ne laissent rien présager de bon pour les mois à venir.

Les chiffres du premier semestre ne sont pas bons. Nous vous en parlions dans notre édition de la semaine dernière : quasiment tous les indicateurs synthétisés dans les publications de l’Institut d’émission d’outre-mer pour l’année 2018 et le premier trimestre 2019 se sont dégradés. Production des mines et de la métallurgie en forte baisse, indicateur du climat des affaires historiquement bas en raison d’un manque de visibilité des acteurs économiques, baisse de la consommation… Seul un petit nombre de secteurs, comme le tourisme, affichent un peu d’optimisme.

Pour mieux appréhender la trajectoire de l’économie calédonienne, il est intéressant de se pencher sur ce bilan. Alors que l’indicateur du climat des affaires (ICA) avait retrouvé un relatif bon niveau fin 2017, après un niveau historiquement bas en 2016, l’année 2018 a vu replonger l’ICA a un très faible niveau. Il était en moyenne de 87,4 points, soit près de 13 points en dessous de sa moyenne de longue période, à peine au-dessus des 85,3 points enregistrés en 2016.

Cette confiance en berne des chefs d’entreprise se traduit concrètement par la poursuite de la dégradation du marché de l’emploi dans le privé. L’Institut d’émission d’outre-mer relève que ce sont près de 1 200 emplois salariés qui ont disparu depuis 2015, ce qui représente tout de même près de 1,3 % de la masse salariale totale. À noter toutefois, la destruction d’emplois ralentit par rapport à 2016 (- 656 emplois) et 2017 (- 406 emplois). En 2018, seuls 134 emplois ont été perdus.

Des cessations d’activité nettement supérieures aux créations

Des chiffres qui ont été compensés ces dernières années par des créations de postes dans le public et l’agriculture ainsi que dans les services. Après un pic en 2017, les créations d’emploi dans le secteur agricole semblent toutefois être retombées. De manière générale, le bâtiment est le secteur le plus touché avec une perte de près de 9 % des effectifs depuis 2015.

Des chiffres inquiétants si on les rapproche des créations et cessations d’activité des entreprises. Si le rythme des créations d’entreprise est plus ou moins le même que celui des cessations d’activité sur ces dernières années, on voit clairement un décrochage en 2017 avec une explosion des cessations d’activité. L’année 2018 a vu presque deux fois plus de disparitions d’entreprises que de créations. Un constat inquiétant et qui a nécessairement des conséquences à court et moyen terme sur l’emploi.

Pour que le tableau soit complet, il faudrait toutefois également disposer des chiffres des travailleurs indépendants. La patente reste une alternative pour de nombreux Calédoniens lors des moments difficiles. Pour avoir une idée précise de la situation des entreprises, il faudrait également qu’elles remplissent leur obligation légale de déposer leurs comptes au registre du commerce et des sociétés. Sur quelque 11 298 assujetties à cette obligation, seules 4 442 entreprises s’y sont conformées, soit 39 %.

La Direction des affaires économiques relève toutefois que ce chiffre est proche de celui constaté en Métropole. Autre indicateur d’importance, la consommation semble en baisse. C’est le sentiment général des chefs d’entreprise qui se traduit par une légère baisse des importations de biens de consommation. Des chiffres confirmés au premier trimestre 2019. Si les crédits à la consommation ont légèrement repris en fin 2018, ils chutent en début d’année 2019.

Finalement, et de manière assez paradoxale, seul l’investissement des entreprises pour des équipements est sur une pente ascendante. Un élément positif qui montre que les chefs d’entreprise sont soutenus par un niveau relativement élevé de crédits accordés. Un constat en 2018 et qui se maintient au premier trimestre 2019.

Incertitudes autour de la métallurgie

Le secteur de la mine et de la métallurgie est, en revanche, dans une situation assez préoccupante. Début 2018 a été marqué par une reprise des cours, tirés par une baisse importante des stocks mondiaux de l’ordre de 43,3 % sur une année. Les tensions entre la Chine et les États-Unis ont eu un impact négatif à partir du second trimestre. Ces cours volatils n’ont pas empêché les acteurs de la mine d’avoir une année exceptionnelle en termes de volume. 2018 est une année record, tant pour la production de minerai que la production de nickel-métal. Ces bons résultats n’ont toutefois pas permis aux opérateurs d’enregistrer de bons résultats, en raison des cours assez déprimés. Et les perspectives ne sont pas forcément bonnes dans le sens où les relations entre les États- Unis et la Chine ne semblent pas s’améliorer, sans compter les tensions au Moyen-Orient et leurs conséquences sur le prix du pétrole ainsi qu’une potentielle crise mondiale.

C’est du moins l’avis d’éminents économistes qui voient les signes d’une crise économique et financière majeure se déployer. Une crise qui aurait des conséquences importantes sur les cours du nickel et les opérateurs calédoniens. L’incurie du secteur par les politiques ces dernières années pourrait se payer au prix fort dans les deux ans à venir, d’autant que même si un président de gouvernement pouvait être désigné prochainement, rien ne dit que des majorités puissent se dessiner autour de projets politiques et économiques radicalement opposés.

M.D.

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