Les chiffres du tourisme stagnent en 2018

Après avoir progressé ces dernières années, le nombre de touristes s’est tassé en 2018. Une année marquée par le référendum qui a un impact assez net sur les réservations. La Nouvelle-Calédonie devra également composer avec une concurrence régionale en plein essor. Le GIE Tourisme a toutefois de nombreux projets pour défendre la destination calédonienne.

Le développement touristique est presque devenu un sacerdoce pour les élus . Alors que le marché explose dans le Pacifique, notamment avec l’arrivée des touristes chinois, la Calédonie peine à trouver sa place. Le tassement de la fréquentation des hôtels en est un des signes. Le GIE Nouvelle-Calédonie tourisme point Sud (NCTPS), qui assure la promotion à l’international de la province Sud et plus largement de la Nouvelle-Calédonie, se veut toutefois optimiste. Les chiffres complets ne sont pas encore disponibles, mais d’ores et déjà, l’Isee a enregistré 106 552 touristes avant le dernier trimestre 2018. Selon ses estimations, leur nombre devrait atteindre les 121 000 pour l’année 2018, soit une augmentation de 0,2 % par rapport à l’année précédente.

Une stagnation qui masque des évolutions différentes des marchés. Les marchés historiques australiens, français et japonais sont en recul de 4,5 %, 0,9 % et 2,2 % alors que les marchés néo-zélandais et « autres » sont en progression de 1,7 et 4,9 %. LE GIE estime que cette « contre-performance » relative, les objectifs fixés par les ateliers du tourisme de 125 000 touristes n’ont pas été atteints, s’explique en grande partie par la tenue du référendum. Des réservations ont été reportées par des touristes inquiets par de potentiels grèves et blocages. La baisse du marché japonais s’explique par la reprise du tourisme japonais en Métropole après les attentats. La Nouvelle-Calédonie doit également faire face à l’ouverture de nouvelles liaisons entre le Japon et Fidji et les îles Tonga. Pour les bonnes nouvelles, on notera l’augmentation des voyageurs « autres », notamment liée à l’arrivée des touristes chinois. En 2018, ils étaient 1 100 à 1 200 à venir sur le Caillou.

Une réaction à venir

Le tourisme de croisière est lui aussi en régression avec une baisse de 4,3 % en 2018 qui fait suite à une première baisse de 0,9 % en 2017. Ces chiffres s’expliquent notamment par l’augmentation de la taille des bateaux des compagnies. Ces navires sont trop grands pour la petite rade, ce qui provoque un embouteillage au niveau de la grande rade. Ce type de tourisme devrait repartir à la hausse avec la fin du chantier de l’extension des quais du Port autonome. Selon le GIE, le nombre de croisiéristes devrait repartir à la hausse dès 2020-2021.

Jean-Marc Mocellin, le directeur de NCTPS, se félicite toutefois du poids que représente l’industrie touristique. En 2018, le tourisme international aurait rapporté près de 27 milliards (un chiffre équivalent à celui du Vanuatu) et le tourisme domestique environ 4,7 milliards de francs. Le tourisme, c’est également 5 277 emplois directs et 3 357 unités d’hébergement. Des chiffres très positifs, selon Martine Lagneau, la présidente du GIE, qui ne souhaite plus que l’on parle de subventions au secteur du tourisme, mais d’investissements. En 2018, les collectivités ont ainsi investi plus de 538 millions de francs d’argent public. Pour la présidente du GIE, cela signifie que pour 1 000 francs investis, le territoire a bénéficié de 3 660 francs de retombées.

Pour 2019, ce budget sera légèrement revu à la baisse. Il passera de 538 millions de francs pour l’international à 480 millions de francs. Ce montant reste important, mais l’on peut s’étonner qu’il n’augmente pas sensiblement, notamment pour faire face à la concurrence régionale qui devrait s’intensifier dans les mois et les années à venir. C’est tout particulièrement le cas du Vanuatu qui a récemment présenté sa stratégie de développement à l’horizon 2030 et un objectif de l’ordre de 400 000 visiteurs par an, touristes et voyageurs d’affaires confondus. La compagnie vient d’annoncer la commande de quatre Airbus A220 dont les livraisons devraient commencer en milieu d’année 2020. Ces quatre appareils s’inscrivent dans un plan de développement de la flotte qui devrait, à terme, compter 16 avions. L’idée étant de faire du Vanuatu un hub régional. Mais dès cette année, Aircalin devra faire face à un positionnement d’Air Vanuatu nettement plus agressif, notamment sur l’Australie.

Un nouveau contrat de destination

Jean-Marc Mocellin indique qu’il faudra que la Nouvelle-Calédonie réagisse, mais ne voit pas cet essor d’un mauvais œil. Au même titre que Martine Lagneau, il estime que le Vanuatu et la Nouvelle-Calédonie, qui, selon eux, dispose également d’une stratégie de développement ambitieuse, peuvent se partager les touristes qui devraient être de plus en plus nombreux dans les années à venir.

Si la réaction n’est pas pour cette année, le GIE a toutefois de nombreux projets de communication et de partenariats dans ses cartons. Un nouveau contrat de destination qui associe l’ensemble des acteurs de la filière devrait être passé à la mi-2019 sur la destination Europe. Un contrat un peu compliqué du fait de la multiplicité des acteurs, contrairement aux destinations précédentes qui ne concernaient qu’un seul pays. Nouveauté de ce contrat, il devrait intégrer de nouveaux partenaires et en particulier le gouvernement, les banques, l’OPT et les réceptifs. Les touristes devraient ainsi pouvoir bénéficier de nouveaux moyens de paiement plus adaptés et de cartes SIM répondants spécifiquement à leurs besoins.

En matière de communication, le GIE va poursuivre sa réorganisation des représentations internationales en les externalisant progressivement. En clair, le GIE se sépare de ses représentations directes en faisant appel à des agences spécialisées qui assurent la communication pour elle. Ces agences intégrées qui gèrent aussi bien la communication, le marketing, le digital et les relations publiques sont, selon le GIE, plus efficaces que les anciennes structures directement dépendantes de NCTPS.

Un gros travail est mené en parallèle sur les salons, les médias étrangers et les réseaux sociaux au travers d’une grosse campagne de promotion ou encore auprès des professionnels. Une plate-forme d’apprentissage en ligne sur la destination Nouvelle-Calédonie va d’ailleurs leur être proposée. Cet outil ludique permet aux agents qui vendent la destination d’en apprendre davantage et de pouvoir répondre aux questions des touristes potentiels. La plate- forme actuellement en français et en anglais sera bientôt déclinée en japonais.

Autant d’engagements qui sous-tendent l’optimisme du GIE et devraient permettre d’atteindre les objectifs fixés par la stratégie touristique qui sont de 200 000 touristes et d’environ 1,2 million de croisiéristes à l’horizon 2025. Jean-Marc Mocellin note toutefois que si les objectifs sont importants pour donner un cap, il préfère de son côté moins de touristes qui dépensent plus que plus de touristes qui dépensent moins. Si les élus sont convaincus de l’importance de développer le tourisme, ce n’est pas forcément le cas de l’ensemble de la population qui voit encore le tourisme d’un mauvais œil et notamment le tourisme de croisière dont on mesure mal les retombées positives et encore moins les effets négatifs.


Bientôt un Observatoire du tourisme ?

Difficile de mener des politiques publiques sans disposer de chiffres fiables et à jour. En la matière, la Nouvelle-Calédonie est particulièrement mal lotie. Non pas que l’Institut de la statistique et des études économiques fasse mal son travail, mais l’établissement est très largement sous-doté. On peut prendre l’exemple des chiffres de la croissance qui ont presque quatre ans de décalage. L’idée de l’Observatoire est de permettre d’accélérer le traitement des données et fournir la matière nécessaire au pilotage de la stratégie touristique. Une convention a été passée avec l’Isee et un budget dégagé de manière à assurer le financement de l’Observatoire. Cet outil devrait permettre d’affiner les données sur les retombées économiques du tourisme pour le territoire. La fiche d’entrée distribuée dans les avions a par ailleurs été revue afin de fournir de meilleurs renseignements sur les visiteurs.

M.D.

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