Légumes : plusieurs gammes, plusieurs prix

La distribution de fruits et légumes connaît une petite révolution avec le lancement d’une classification de quelques-uns d’entre eux. Quatre légumes seront répartis au sein de trois catégories en fonction de leur état avec des prix différents. Six enseignes participent à ces phases test qui s’achèveront en fin d’année.

L’Autorité de la concurrence avait enterré l’Ifel dans son rapport sur l’organisation de la filière fruits et légumes. L’autorité indépendante a peut-être été un peu vite en besogne. Créée en 2015, l’interprofession fruits et légumes a pour but de regrouper l’ensemble des acteurs de la filière, du champ au consommateur en passant par les distributeurs et les transformateurs afin de dynamiser la filière. Comme l’a montré l’Autorité de la concurrence dans un rapport consultable sur son site, l’Ifel avait rapidement été confrontée à des divergences d’intérêt qui avaient affecté son fonctionnement.

Le 1er août, l’interprofession présentait pourtant ce projet de catégorisation de fruits et légumes dans le cadre de sa mission de promotion de la consommation de ces produits. Selon le Baromètre santé de la Direction des affaires sanitaires, les Calédoniens en mangent peu. Près de 41 % des 18-60 ans ne mangent pas de fruit ni légume quotidiennement, principalement à cause du prix, mais aussi des difficultés d’approvisionnement.

Une phase test jusqu’à la fin de l’année

Le projet de classification, engagé depuis plusieurs mois, apporte une réponse au moins partielle à cette question du prix. L’idée est relativement simple, en fonction de leur état, les fruits et légumes sont classés dans une catégorie allant de 1 à 3 avec un prix adapté à la qualité. La catégorie 1 correspondant à de beaux fruits et légumes, calibrés, présentant parfois quelques défauts et la 3, à des fruits et légumes avec des marques importantes et/ou hors calibre. La deuxième catégorie correspond aux produits intermédiaires.

Pour le consommateur, il s’agit de pouvoir accéder à des produits différents, à des prix différents, adaptés aux usages de chacun. Pour les producteurs et les distributeurs, l’intérêt est de pouvoir mieux valoriser l’ensemble de la production. Un élément essentiel si l’on considère le gaspillage colossal auquel on assiste chaque année. Un rapport du Conseil économique, social et environnemental communiqué en octobre 2017 a permis d’estimer le volume des pertes en fruits et légumes à 10 976 tonnes (chiffres 2010) alors que le volume commercialisé en 2016 était de 16 871 tonnes.

Une meilleure valorisation de la production est un enjeu de taille qui passe par une segmentation du marché. Le lancement du projet représente un tout petit pas puisqu’il s’agit d’un test qui se déroulera jusqu’en décembre. Cette période permettra de vérifier que cette classification répond bien à la demande des consommateurs. L’interprofession invite les consommateurs à donner leur avis par message privé sur la page Facebook de l’Ifel (Ifel.nc) ou directement sur le site www.ifel.nc.

L’Ifel souhaite avancer petit à petit et de fait, pendant la phase test, seuls quatre fruits et légumes sont concernés : la salade, les tomates, les concombres et les courgettes. D’autres produits pourront également faire l’objet d’une classification et notamment les aubergines, les choux, les carottes, l’oignon, l’ananas, l’orange ou encore la banane. De la même façon, seules six enseignes participent à l’opération dans un premier temps (Korail Païta, La Printanière au Korail Pont-des-Français, Super U Auteuil, la boutique des producteurs au marché de Boulari, les Primeurs du Caillou, à Magenta et le Simply Market de Michel Ange).

Des enjeux importants et multiples

L’association UFC-Que choisir soutient cette action et y a directement participé. Mais si cela représente une petite avancée pour les consommateurs, cette classification ne prendra tout son sens qu’à partir du moment où elle concernera les différents grands marchés comme celui de la restauration collective. Aujourd’hui, les grossistes-distributeurs, qui assurent le conditionnement de la grande majorité de la production, mélangent l’ensemble des produits qu’ils reçoivent sans tenir compte de la qualité, y compris s’ils sont bio ou issus de l’agriculture responsable. La classification sur l’ensemble de production sera un moyen de différencier les marchés et de répondre à leurs besoins spécifiques. La restauration collective ou les transformateurs ont, par exemple, besoin de produits sensiblement différents des particuliers et à un prix inférieur.

Sans cette structuration du marché, l’agriculture calédonienne aura bien du mal à se développer et sortir du système décrit par l’Autorité de la concurrence dans son rapport. L’idée étant d’inverser le rapport, à savoir que c’est à la production de s’adapter à la demande et non l’inverse, comme c’est le cas aujourd’hui. Le choix du gouvernement de laisser la filière se réguler d’elle-même passe probablement complètement à côté des enjeux du développement de la filière fruits et légumes, sans compter que l’institution la subventionne très largement. Le développement de la production et la baisse des prix portent des questions de santé publique, d’environnement et économiques, notamment au travers de l’emploi.

M.D.

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