L’échéance calédonienne inspire un spectacle de danse interculturel

L’ADCK-centre culturel Tjibaou et la compagnie australienne Marrugeku présentent cette semaine à Sydney une production commune de danse contemporaine. Le Dernier Appel (The Last Cry) interroge, dans le contexte de 2018 en Nouvelle-Calédonie, les identités, les traditions et la modernité. Le spectacle fera une tournée mondiale. Il sera joué les 7 et 8 septembre au CCT. 

Le centre culturel Tjibaou (CCT) et la compagnie australienne Marrugeku vont célébrer leurs 20 ans d’amitié de la plus belle des manières. À l’occasion de 2018 qui posera dans les urnes la question de l’indépendance de la Nouvelle- Calédonie, ils portent une réflexion artistique sur le rapport des peuples premiers avec la colonisation, l’héritage culturel multiple, les idées sur l’avenir.

Le Dernier Appel explore les interactions personnelles, culturelles, politiques et l’émancipation dans le contexte du Pacifique. Il questionne la modernité héritée de l’Europe, puis d’Amérique, pas forcément celle d’un « Pacifique en partage ». Il s’agit de savoir ce que nous pouvons retenir de la tradition et ce que nous pouvons embrasser de la modernité… Et cette réflexion se fait, en miroir, par la danse. « Les formes de danse que nous pratiquons, que nous modifions, que nous faisons évoluer dans un contexte autochtone offrent un nouveau champ des possibles », souffle la compagnie.

Production interculturelle

Le CCT a accueilli au fil des années plusieurs spectacles de Marrugeku, connue pour s’intéresser au monde aborigène dans des productions résolument modernes. Des relations se sont créées localement entre directeurs artistiques, danseurs australiens et calédoniens au gré de ces spectacles et de workshops. Dans le contexte du référendum, Marrugeku a pensé que le cas particulier de la Nouvelle- Calédonie, qui va donner le choix de l’autodétermination à tout son peuple et pas seulement au peuple premier, donnait matière à création. Du côté du CCT, c’était « une belle occasion de faire collaborer nos artistes avec des gens de la région sur un projet commun de haut niveau, qui devrait tourner dans le monde entier pour un rayonnement international », souligne son directeur artistique et culturel, Guillaume Soulard.

Le Dernier Appel réunit une équipe pluriethnique. Dalisa Pigram (chorégraphie) et Rachael Swain (dramaturgie) spécialistes des échanges interculturels dans le monde de la danse et du théâtre s’associent au chorégraphe Serge Aimé Coulibaly, directeur artistique burkinabé, lui- même adepte des questionnement culturels liés à l’héritage colonial (lire encadré).

Sur scène, c’est également un beau mélange : on trouve des danseurs kanak, aborigènes et des jeunes issus de l’immigration vivant en Nouvelle- Calédonie et en Australie (Krylin Nguyen, Yoan Ouchot, Stanley Nalo, pour la Nouvelle- Calédonie ; Miranda Wheen, Dalisa Pigram et Amrita Hepi, pour l’Australie). L’artiste plasticien Nicolas Molé a été approché et signe la scénographie. La musique est composée par Ngaiire, l’artiste originaire de Papouasie Nouvelle-Guinée que nous avons déjà eu l’occasion de voir ici. La coproduction a reçu bon nombre de soutiens dont celui du Carriageworks (Sydney), de la Arts House (Melbourne) ou encore du théâtre national de Chaillot (Paris).

Rencontre

Le Dernier Appel se joue cette semaine au Carriageworks de Sydney (de mercredi à vendredi). À cette occasion une rencontre- débat est organisée jeudi entre Emmanuel Tjibaou, directeur de l’ADCK-CCT, et le sénateur aborigène, Patrick Dodson, qui est aussi le conseiller culturel de la compagnie Marrugeku. Ils doivent aborder ensemble ce partenariat et les problématiques de l’autochtonie dans le Pacifique, les questions complexes d’accès à l’indépendance, de reconnaissance du fait colonial et la signature de traités.

Une discussion qui s’annonce passionnante : les deux hommes sont à la fois bien placés pour parler de culture et de politique. Emmanuel Tjibaou, directeur du plus important centre culturel de Nouvelle- Calédonie, est aussi l’un des fils du leader kanak ayant signé avec Jacques Lafleur le traité de paix aboutissant cette année au référendum. Patrick Dodson, originaire de Yawuru (Australie- Occidentale), sénateur travailliste de cette région, est l’un des seuls dirigeants politique aborigènes d’Australie. Il vient de publier un rapport de la commission paritaire sur la reconnaissance constitutionnelle des Aborigènes et des insulaires du détroit de Torrès.

Emmanuel Tjibaou va rencontrer les représentants de la communauté aborigène, mais aussi le public et la presse. « C’est l’occasion pour nous d’élargir le propos du champ culturel au volet politique. Nous avons l’opportunité de témoigner de la situation calédonienne, des particularités, des avancées. » Mais il s’agira bien de donner sens, avec des mots, aux questionnements que posent les artistes sur les problématiques de notre temps. « Les jeunes n’ont pas les mêmes problématiques que leurs aînés, les Calédoniens n’ont pas les même que les Aborigènes et nous allons poser la réflexion de manière singulière », poursuit Emmanuel Tjibaou. Cet événement s’inscrit enfin, note le directeur, dans « une nouvelle phase de dialogue » entre la Nouvelle-Calédonie et ses voisins, post Évènements, post essais nucléaires, avec un intérêt particulier porté actuellement sur le territoire et ce que nous allons décider de faire maintenant.

« La recherche d’identité est une reformulation permanente (…) et l’identité est devant nous », disait Jean-Marie Tjibaou. Il aurait sûrement apprécié le concept de ce « dernier appel », avant la suite.

C.M. ©M.D.


La compagnie Marrugeku

Créée en 1994 par la chorégraphe et danseuse Dalisa Pigram et la directrice et dramaturge Rachael Swain, Marrugeku est une compagnie incontournable de la scène australienne contemporaine. Elle dédie son travail aux artistes aborigènes et non aborigènes, les impliquant dans des productions de danse-théâtre, mêlant les expressions urbaines, modernes, traditionnelles. Le temps présent se mélange généralement avec les imaginaires ancestraux d’une grande richesse. L’idée est de construire des ponts et briser les murs entre les communautés, les cultures, de mettre en exergue les problèmes locaux en écho aux changements planétaires.

Pour Le Dernier Appel, qui s’intéresse à la Nouvelle-Calédonie, la compagnie a sollicité le directeur artistique burkinabé Serge Aimé Coulibaly.

Serge Aimé Coulibaly, Dalisa Pigram et Rachael Swain collaborent depuis 2004. Ils se retrouvent sur des valeurs, un travail commun. Issu lui-même d’une ancienne colonie française, Serge Aimé Coulibaly s’interroge également sur cette idée d’embrasser sa culture et la modernité, en pleine liberté.


Tournée mondiale

Après le Carriageworks de Sydney, Le Dernier Appel investira le centre culturel Tjibaou. Le spectacle est ensuite attendu en décembre en Métropole pour plusieurs dates, en Belgique, puis de nouveau en Australie en mars 2019, à Adélaïde et Melbourne, et en 2020 au théâtre national de Chaillot à Paris.

 Le Dernier Appel (The Last Cry)

Vendredi 7, samedi 8 et dimanche 9 septembre à 19 hCentre culturel Tjibaou, salle Sisia.

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