Le temps est compté pour la SLN

Christel Bories, la présidente- directrice générale d’Eramet, était à Nouméa la semaine dernière afin de faire le point sur la situation de la SLN. Le métallurgiste historique a jusqu’au premier semestre 2020 pour redresser la barre.

La vieille dame a les jambes fragiles. Comme l’a souligné Christel Bories, la présidente-directrice générale d’Eramet, les jours sont comptés pour l’opérateur historique du nickel en Nouvelle- Calédonie. La responsable de la maison-mère de la SLN, en visite sur le territoire la semaine dernière, n’a rien annoncé, mais rappelé la situation délicate dans laquelle se trouve la société. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, chaque mois, la SLN perd un milliard de francs. Un déficit difficilement tenable malgré les soutiens apportés par les institutions calédoniennes et l’État. C’est d’ailleurs l’État qui avait sauvé l’opérateur en lui accordant un prêt de 63 milliards de francs en 2016. Cette somme est aujourd’hui largement consommée.

Selon Christel Bories, au rythme actuel, les caisses seront totalement vides dans le courant du premier semestre 2020. Un délai très court qui ne laisse pas de marge de manœuvre aux équipes de la SLN qui sont désormais condamnées à améliorer drastiquement la rentabilité de l’outil, sous peine de connaître le pire. Le Nickel ne peut plus se permettre de perdre 10,7 milliards de francs comme en 2018 et encore moins plus de 16 milliards en 2017. Au total, ce sont près de 100 milliards de francs qui ont été engloutis depuis 2012.

Trois piliers incontournables

Pour la PDG d’Eramet, le groupe n’a plus le temps de tergiverser et n’attendra pas l’échéance du premier semestre 2020 pour prendre des décisions. D’ici mi-2019, la vitesse de mise en œuvre du plan de sauvetage sera examinée. Il repose sur trois piliers à commencer par l’augmentation des volumes exportés. Ces derniers pourraient atteindre quatre millions de tonnes à l’horizon 2021. Un volume important qui nécessitera un investissement sur mine de l’ordre de cinq milliards de francs. Les autorisations sont en bonne voie d’être accordées par les institutions. Toute la question est de savoir à qui la SLN, qui détient le plus important patrimoine minier, exportera son minerai.

Alors que la SMSP a annoncé par la voie d’André Dang être prête à absorber ces nouveaux volumes pour alimenter ses usines offshore au prix du marché, la SLN pourrait décider de passer par d’autres clients également chinois. La patronne d’Eramet a souligné que les clients actuels, qu’ils soient japonais, coréens ou chinois, seraient conservés.

Le deuxième volet passe par les réorganisations au sein de l’entreprise et notamment la mise en œuvre des 147 heures sur mine. Une question épineuse qui fait l’objet d’une grève depuis près de cinq mois sur Thio. Un blocage qui montre toute la difficulté pour l’industriel à faire avancer ses dossiers.

Anticipation du pire ?

C’est également le cas pour le troisième pilier, et non des moindres, qui relève du tarif de l’électricité. Après avoir bénéficié pendant des décennies de tarifs très avantageux de l’électricité produite par le barrage de Yaté, le tarif avait été revu à la hausse comme le contrat le prévoyait dès le départ. Il est ainsi passé de 2,2 francs à 13 francs du kilowatt. L’électricité représentant près de 40 % des coûts de production, la compétitivité avait été sensiblement affectée faute d’avoir anticipé et préparé la transition. Des discussions sont engagées avec Enercal pour réduire ce tarif, mais comme l’a récemment souligné son directeur, revoir les tarifs de la SLN à la baisse se traduirait par une hausse de la facture pour les usagers.

Autant dire que la majorité qui sortira des prochaines élections aura une lourde charge à assumer. Sans compter que pour réussir, les trois piliers du plan doivent être mis en œuvre. Il est clair que la situation est tendue et l’avenir de la SLN incertain. Étonnamment, on ne peut que constater l’absence de débat autour de la stratégie nickel et, surtout, l’évocation de scénario catastrophe, à savoir au cas où la SLN serait amenée à fermer un four, voire pire. Les licenciements auraient d’importantes conséquences, notamment sur la Cafat. Cette situation catastrophique relève presque du taboue alors que les risques sont pourtant réels, mais semblent ne pas être vraiment pris au sérieux par la classe politique.

M.D.

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