Le plan territorial de prévention de la délinquance prend corps

Le Conseil territorial de sécurité et de prévention de la délinquance a été l’occasion, la semaine dernière, de présenter un premier bilan du plan territorial 2018-2022 porté par le gouvernement et de présenter à l’ensemble des acteurs du territoire les nouveaux outils mis à leur disposition pour agir. 

Un an après son adoption par le Congrès, en maes 2018, dans quelle mesure le plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance destiné à prolonger et accompagner l’action de l’État a-t-il été concrétisé ? Tel était l’objet des discussions, jeudi dernier, dans l’enceinte de la CPS où étaient réunis les représentants des institutions t leurs partenaires pour un premier Conseil territorial de sécurité et de prévention de la délinquance coprésidé par Philippe Germain, le président du gouvernement, et Thierry Lataste, le haut-commissaire.

Dans ses propos liminaires, le président du gouvernement a souligné que 72 actions sur 139 avaient pu être réalisées en 2018 et que 63 étaient en cours de réalisation (des actions territoriales ou bien de compétences partagées voire initiées par d’autres instances). Les premiers résultats sont là, a-t-il assuré, même « s’ils sont encore fragiles et doivent s’inscrire dans la durée ».

Le haut-commissaire, qui a réaffirmé que l’État ne pouvait agir seul en matière de délinquance et que la Nouvelle-Calédonie avait accusé du retard dans ce domaine, a salué l’initiative. Il a même parlé d’une « dynamique vertueuse » tout en insistant sur les carences qui persistent dans la prise en charge éducative, psychologique ou sur la prévention des addictions. Si les engagements de l’État ne sont pas « au plus vite » complétés par des mesures concrètes en la matière, « le désœuvrement de la jeunesse conduira à une explosion du phénomène délinquant », a-t-il prévenu.

Alcool

La première priorité était la lutte contre l’alcool, impliqué dans 80 % des faits de délinquance. Le gouvernement a mis en œuvre l’augmentation de la fiscalité sur les boissons alcoolisées, l’interdiction de la publicité et de la promotion, la lutte contre le marché noir, le renforcement des contrôles et sanctions en cas de vente aux mineurs, le durcissement des sanctions pour les jeunes conducteurs en cas de conduite sous influence (tolérance zéro) et la possibilité d’interdire la consommation dans certains lieux publics qui s’est concrétisée, récemment, à Dumbéa et devrait être appliquée dans d’autres communes. L’exécutif fait état d’une baisse significative des importations et des consommations d’alcool (- 40,2 % d’importation d’alcool fort, – 17 % d’ivresse publique).

Jeunesse

En ce qui concerne la jeunesse, on retiendra la mise en œuvre du programme « Sports pour tous», notamment à Thio. L’ambition est d’avoir un éducateur sportif dans chaque commune pour lutter contre l’oisiveté. 15 professionnels ont été recrutés et ils seront 21 au total cette année. Le vice-rectorat a mis en œuvre un plan spécifique de lutte contre le décrochage, les incivilités et les violences en milieu scolaire. 200 places supplémentaires ont été ouvertes dans le dispositif de service civique de l’État.

On saluera en particulier le développement des « alternatives citoyennes » par le parquet. Ces alternatives aux sanctions pénales peuvent être proposées et prises en main par les mairies en cas d’incivilités, de dégradations, d’insultes ou de bagarres. Les jeunes peuvent être impliqués très rapidement dans des opérations de peinture, reboisement… Ils sont encadrés dans des stages et l’objectif est d’éviter la récidive. Un guide pratique a été édité pour les communes. Le dispositif, qui associe la gendarmerie, les parents et, pourquoi pas, les associations, les autorités coutumières, a déjà été appliqué à Nouméa par la justice et avec la mairie du Mont- Dore. Il sera prochainement mis en oeuvre à Païta et probablement à Dumbéa et Bourail.

À noter enfin que le gouvernement, la compagnie théâtrale Pacific et compagnie et Le Chapitô se sont associés pour créer un spectacle interactif autour de la prévention de la délinquance. Une dizaine de jeunes issus des quartiers sensibles ont été recrutés. Leur spectacle a vocation à être montré dans une dizaine de communes.

Violences intrafamiliales

En matière de lutte contre les violences à l’égard des femmes, le travail engagé doit être rendu efficient en 2019. Ce mercredi, les autorités du territoire, de l’État, de la justice et du CHT ont signé une convention pour la mise en œuvre du dispositif d’accueil des victimes qui sera installé au pôle mère-enfant du Médipôle (Cauva). Les lieux d’accueil et d’hébergement des femmes tendent à se diversifier, les horaires de l’association SOS Écoute doivent être élargis.


Les actions à venir

En 2019, 337 millions de francs seront engagés pour ce plan territorial dont 160 directement à destination des provinces et des communes.

Parmi les principales actions listées : le lancement d’un appel d’offres pour réaliser une étude sociologique sur les origines des comportements addictifs et les causes de la délinquance et la création de deux postes d’addictologues aux Loyauté.

La justice a annoncé la mise en place très prochaine du « Téléphone grave danger » qui permet d’attribuer aux victimes les plus vulnérables un dispositif de télé-protection permettant d’alerter les forces de l’ordre.

Une convention a enfin été signée mercredi pour la création de l’antenne du RSMA à Bourail avec 80 places supplémentaires pour les jeunes du Sud (lire p.2). La gendarmerie doit se doter d’un intervenant social et d’une brigade de protection des familles, la police nationale d’un psychologue.

La Nouvelle-Calédonie et l’État ont proposé, dans le contrat de développement 2017-2021, l’inscription de la création d’une structure éducative « contenante », c’est-à-dire un centre éducatif fermé. Une étude doit notamment être lancée sur divers établissements existants.

Une évaluation financière doit aussi être effectuée pour un Érea, établissement régional d’enseignement adapté, pour les jeunes en grande difficulté scolaire ou sociale à partir de la sixième. Enfin, une réflexion portera sur la création d’un institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (Itep). Une mission visera cette année à faire un premier diagnostic de nos besoins.


L’État renforce ses moyens

En ce qui concerne uniquement l’État, 2018 a été l’année de la mise en œuvre de la police de sécurité du quotidien. Le secteur de Pierre-Lenquette-Montravel- Tindu, retenu comme quartier de reconquête républicaine, a obtenu des moyens supplémentaires. Nouveauté également, la création d’une unité canine légère au sein de la direction de la Sécurité publique qui a déjà prouvé son efficacité dans les situations difficiles comme les rassemblements de personnes alcoolisées ou les violences urbaines.

À Koné, on notera la création du peloton motorisé, qui permet de soutenir l’effort de répression sur les routes du Nord, et de l’antenne de la brigade de prévention de la délinquance juvénile, deux dispositifs en fonction depuis octobre, mais inaugurés seulement la semaine dernière. L’État a également développé le dispositif de participation citoyenne au Mont-Dore et à Rivière-Salée qui permet d’associer les habitants à la préservation de la tranquillité publique. Et il a accompagné, avec la Chambre de commerce et d’industrie, les entreprises pour faire face à l’insécurité qui les touche avec des consultations, les alertes commerces et entreprises, la multiplication des patrouilles…


2018, des chiffres mitigés

Les services de l’État ont présenté fin février un bilan des chiffres de la délinquance. On rappelle que les atteintes aux biens (cambriolages, vols de voiture, dégradations) ont connu une légère régression (- 1,7 %). En revanche les atteintes volontaires à l’intégrité physique poursuivent leur progression (+ 4,8 %), suivant en cela l’évolution des violences physiques non crapuleuses (+ 4,1 %), le plus souvent commises dans le cadre intrafamilial. Il y a eu l’année dernière 5 530 interpellations à Nouméa pour ivresse manifeste sur la voie publique, soit une moyenne de 15 par jour. La problématique de la délinquance des mineurs reste entière. Pas moins de 1 200 jeunes ont été poursuivis et la capacité d’absorption du tribunal pour enfants est clairement insuffisante face à cette déferlante. Le quartier des mineurs du Camp-Est est rempli à 200 %. Les accidents de la route sont en hausse de 20 %, mais le nombre de tués a baissé de 5,4 %. 52 personnes ont trouvé la mort en 2018. C’est quatre fois plus qu’en Métropole.

C.M.

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