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Le plan Polmar activé, la population pas rassurée

La visite du Premier ministre a été entachée de boulettes de fioul. Depuis le 22 novembre, des épisodes de pollution sont enregistrés sur la côte est les îles Loyauté. La source n’est pas clairement déterminée, mais le Kea Trader est fortement suspecté d’en être à l’origine. L’activation du plan Polmar par le haut-commissariat ne rassure pas la population qui redoute une catastrophe de plus grande ampleur.

La stupéfaction de voir littéralement monter un porte-conteneurs sur un récif préservé, le 12 juillet, a laissé place à la colère. Celles des entrepreneurs, nombreux à voir leurs précieuses marchandises plantées sur le récif, avec un impact économique important. Mais plus de trois mois après l’échouage du Kea Trader sur le récif Durand, au large de Maré, c’est autant la colère que l’inquiétude qui nourrissent les Calédoniens des îles et de la côte Est.

Depuis le 22 novembre, des boulettes de fioul sont ramassées régulièrement le long des plages des Loyauté et sur des communes de la côte Est. S’il ne s’agit pas d’événements de pollution massifs, les animaux marins retrouvés morts ont semé le trouble au sein de la population calédonienne qui s’inquiète pour sa santé et son environnement. Sur la base d’images satellites, l’association Ensemble pour la planète a, de son côté, diffusé des informations tendant à confirmer l’hypothèse d’une pollution émanant du Kea Trader.

Un récif dégradé de manière importante

Des informations que le haut-commissariat a rapidement démenties. Pour tenter de déminer la situation et devant l’ampleur de la réaction, le représentant de l’État et le gouvernement ont tenu une conférence de presse conjointe le 30 novembre. L’idée étant de faire le point sur la situation, mais aussi de montrer l’action de l’État et des collectivités calédoniennes sur le dossier, afin de tordre le cou aux rumeurs galopantes pointant le désintérêt des institutions voire pire, le fait qu’elles tenteraient d’étouffer la pollution en interdisant notamment l’accès à la zone.

Afin de mieux comprendre la situation actuelle, nous vous proposons un retour sur le déroulement des faits depuis l’échouement, dans la nuit du 12 juillet. Alors que ce porte-conteneurs, livré en janvier, fait route de Papeete vers Nouméa, il entre en collision avec le récif Durand à une vitesse de 18 nœuds, soit à plus de 30 km/h. La vitesse et l’importance du navire le font littéralement monter sur ce récif bien préservé, situé à 38 milles nautiques (70 km) de Maré. À son bord, le Kea Trader compte 782 conteneurs, 752 tonnes de fioul lourd, 81 tonnes de gazole et 60 m3 d’huiles diverses.

Selon Jean-Louis Fournier, le commandant de la zone maritime, la première action a été de mettre en place un barrage anti-pollution de façon à éviter tout risque de marée noire. Dans un premier temps, la situation laissait espérer un déséchouage de ce porte-conteneurs flambant neuf. Le 9 octobre, les équipes procèdent à une tentative de renflouage qui se soldera de peu par un échec. Les tentatives de remorquage mettent la structure du bateau à rude épreuve au point que quelques jours plus tard, le 12 novembre, le bateau se coupe littéralement en deux, sous les coups répétés de la houle. Au passage, les deux parties s’éloignent et l’avant du bateau effectue une rotation sur le platier avec les conséquences désastreuses sur le corail que l’on peut imaginer (un état des lieux a été réalisé par des experts peu après l’échouage).

Le fioul presque entièrement pompé

Dès le départ, des équipes s’attèlent à vider les cuves. Le 27 juillet, il resterait à bord quelque 663 m3 de fioul lourd. Le 9 août, le volume a chuté à 112 m3. Selon Jean-Louis Fournier, au 9 octobre, il restait à peine 5 m3, soit les « impompables » qui adhèrent, par exemple, aux tuyaux. Mais au moment où le bateau se casse en deux, les observations mettent en évidence des fuites de gazole et de fioul qui étaient jusqu’alors contenus à l’intérieur du bateau déclaré bon pour la casse. Les spécialistes métropolitains estiment, par observations, que l’irisation observée en mer correspond à une pollution de quelques dizaines de litres à une centaine de litres.

De nouvelles pollutions sont observées les jours suivants et la société Briggs, leader mondial spécialisé dans la lutte anti-pollution, prend le relais des navires de la Marine nationale. Le 23 novembre au matin, le haut-commissaire explique être informé des premières boulettes retrouvées sur les côtes de Lifou. Il saisit la gendarmerie afin de réaliser des prélèvements pour analyse dont les résultats devraient être connus ce mois-ci, de façon à déterminer l’origine de la pollution et vérifier le rôle du Kea Trader, qui est probablement à l’origine du phénomène, pour reprendre les mots de Thierry Lataste.

Selon les autorités, d’importants moyens sont déployés malgré les conditions très difficiles autour du porte-conteneurs. Comme le rappelle le marin, le récif Durand est situé dans une zone surnommée la « poêle à frire du diable ». À peine à portée d’hélicoptère, les barges ont également du mal à rester dans cet endroit où la houle est extrêmement puissante. L’équipe de la société Briggs, habituée à la mise en œuvre de dispositifs hors norme, a du mal à lutter contre les relâchements sporadiques de petites quantités de fioul lourd. Elle les récupère manuellement à bord de zodiacs, malgré les conditions de mer difficiles.

Encore 9 à 18 mois d’opérations

Depuis le 23 novembre, les épisodes de pollution ont cessé, c’est du moins ce que suggère l’absence d’observation. Mais sur le terrain, les observations se succèdent au point que les autorités se décident à activer le plan Polmar-Terre le 29 novembre. Au total, à peine 100 kilos de boulettes ont été ramassés sur les plages de Lifou, principalement, mais aussi à Houaïlou, Ouvéa, Ponérihouen, Touho et Poindimié. Des PC ont également été mis en place dans les quatre communes les plus impactées afin de suivre l’évolution du phénomène.

Au niveau du risque sanitaire, les services du gouvernement estiment qu’il est extrêmement faible, à moins de s’amuser à l’ingérer directement. La Davar recommande toutefois d’éviter la pêche à pied, en particulier dans les zones concernées. Reste que la population est inquiète et demande des comptes et des explications aux autorités. C’était le sens de la marche citoyenne organisée à Nouméa, mercredi. Si les autorités communiquent relativement peu, c’est qu’elles ne s’expliquent pas vraiment comment ces boulettes ont pu parvenir jusqu’aux littoraux, étant donné les moyens déployés pour éviter les pollutions et la surveillance étroite de l’épave.

Ce qu’elles savent en revanche, c’est le temps, long, qui sera nécessaire à l’enlèvement de l’épave. Selon les estimations, les travaux pourraient durer entre 9 et 18 mois. Une durée qui fait planer d’autres risques environnementaux, au-delà des boulettes retrouvées sur les plages. Une partie du navire menace de chavirer, ce qui compliquerait encore davantage la situation et aurait encore des conséquence sur le récif. Se pose également la question de la compensation des dégradations en plein cœur du parc naturel de la mer de Corail. Il est plutôt ironique de relever qu’il n’existe aucun texte prévoyant les compensations en cas de dégradations ou de pollution. Cette absence de réglementation pose de sérieuses questions si l’on considère l’importance de la communication déployée autour des questions environnementales.

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