Le méthode Wolbachia mise en œuvre à Nouméa

Un accord a été signé cette semaine pour le lancement du programme Wolbachia à Nouméa. La méthode innovante de la Monash University, éprouvée dans plusieurs pays, consiste à relâcher des moustiques porteurs de cette bactérie pour « coloniser » les populations de moustiques vecteurs des arboviroses…

Dengue, Zika, chikungunya… ne seront-ils un jour plus qu’un mauvais souvenir ? C’est ce qu’espèrent fortement les autorités du territoire, la Direction des affaires sanitaires et sociales (Dass-NC), l’Institut Pasteur et la ville de Nouméa, qui viennent officiellement de s’associer à la Monash University (Melbourne) pour que notre capitale devienne une ville pilote de ce programme mondial de lutte contre les moustiques.

Le dispositif, qui nécessite l’installation d’une équipe de spécialistes, pourrait commencer d’ici six mois et durerait 21 mois à compter du démarrage du projet. Une « opportunité fabuleuse » pour la Nouvelle- Calédonie qui sait ce que représente la menace des moustiques pour la population : encore 600 hospitalisations en 2017, 11 morts et un coût faramineux pour les collectivités ( jusqu’à 1,6 milliard de francs en 2013 !) Sans compter ce que la lutte chimique représente également pour l’environnement…

La méthode

Mais comment fonctionne donc cette méthode que l’ont dit « révolutionnaire » ? Elle repose sur la Wolbachia, une bactérie symbiotique présente à l’état naturel chez 60 % des insectes à travers le monde – mais malheureusement pas chez le moustique Aedes aegypti– qui a la particularité de bloquer la réplication des arboviroses dans le corps de l’insecte et, par conséquent, la capacité de transmettre les virus à l’homme.

L’idée est d’introduire la bactérie dans des populations de moustiques puis d’effectuer des lâchers dans l’environnement. Par le biais de la reproduction, ces moustiques porteurs de Wolbachia remplacent en quelques mois les populations de moustiques sauvages.

Élaborée par la Monash University, qui y travaille depuis 15 ans, la stratégie a été testée dès 2011 en zone rurale et le premier essai urbain a débuté en 2014 à Townsville, dans le Queensland. Sur place, cinq ans après avoir relâché les premiers moustiques porteurs de Wolbachia, la bactérie se maintient à des taux élevés dans les populations locales d’Aedes et, surtout, aucune transmission locale de la dengue n’a été observée dans les zones où les insectes ont été lâchés.

Le programme a été depuis lancé au Brésil, en Colombie, en Indonésie, au Vietnam et plus récemment à Fidji, au Vanuatu, à Kiribati. La Nouvelle-Calédonie est le 11e territoire à prendre part à ce projet supporté par l’Organisation mondiale de la santé et des fondations d’importance comme la fondation Bill et Melinda Gates.

Convaincre les populations

Partout où le programme est instauré, il faut travailler avec les communautés. Pas facile, en effet, de convaincre les populations qu’il faut faire des lâchers d’insectes dans leur environnement, dans leur propre jardin ! En effet, une fois les bactéries introduites par les scientifiques dans des moustiques, il faudra lâcher les moustiques chez nous… Des « Mozzie Box » seront distribuées et la nature fera ensuite son travail….

Il faudra donc assurer l’information à la population par le biais de campagnes d’information, mais aussi des conseils de quartier, des agents de mairie, des écoles… Le professeur Cameron Simmons, directeur de l’Institut des maladies vectorielles à Monash, a en tout cas assuré que rien ne débuterait « tant que les populations ne seront pas prêtes ».

En attendant toutes les parties qui œuvrent en faveur de ce projet depuis de long mois demeurent confiantes : Tristan Derycke, adjoint au maire pour la prévention des risques sanitaires, évoque « une grande fierté », un « procédé génial », Vincent Richard, directeur de l’Institut Pasteur, un projet « historique » à « grande valeur scientifique et sanitaire », Valentine Eurisouké, en charge du secteur de la santé au gouvernement, d’un programme « porteur d’espoir ». Concrètement des résultats probants pourraient être obtenus à Nouméa en 2019-2020…

Participation des écoliers au projet en Australie.


Convention quadripartite

Le budget du programme Wolbachia pour Nouméa s’élève à près de 204 millions de francs répartis entre les différents partenaires. Une aide de 45 000 euros (5,370 millions de francs) a été apportée par le Fonds Pacifique.


Une équipe projet

Pour mener à bien ce programme, un groupe constitué d’une vingtaine de personnes travaillera dans les anciens locaux des laboratoires du CHT Gaston-Bourret, à proximité du pôle entomologie de la Dass-NC.

C.M.

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