Le jour d’après

Réuni samedi dernier à la tribu de Nembayes à Ponérihouen, le très attendu congrès de l’Union calédonienne a confirmé qu’il existait bien une ligne de fracture marquée au sein du plus vieux parti calédonien. Il a aussi permis à son président, Daniel Goa, d’avancer entre autres ses pions sur le dossier de l’assemblée référendaire.

Dire que l’élection de Philippe Germain à la présidence du gouvernement avec, notamment, la voix de Jean-Louis d’Anglebermes, laissera des traces à l’UC est un euphémisme. Malgré les propos apaisants en début de semaine de Gérard Reignier, le secrétaire général du parti, la décision prise par Daniel Goa le 31 mars dernier de faire pencher la balance en faveur du candidat Calédonie ensemble à la tête de l’exécutif a profondément troublé, pour ne pas dire divisé, l’Union calédonienne. Cette ligne de fracture, qu’il serait simpliste de qualifier de géographique entre ceux du Sud et ceux du Nord, est un fait.

Et ce ne sont certainement pas les propos très durs prononcés le week-end dernier à l’encontre de Gilbert Tyuienon et d’Anthony Lecren, accusés de ne pas assumer leurs responsabilités au gouvernement et « menacés » de devoir en répondre devant les cadres du parti en fin d’année,  qui devraient atténuer ces divergences. Le maire de Canala n’avait d’ailleurs pas fait le déplacement à Ponérihouen, au prétexte d’un emploi du temps trop chargé, tout comme Roch Wamytan, excusé pour raison de santé. Le congrès de Nembayes n’a d’ailleurs pas fait le plein puisqu’une centaine de personnes seulement a participé aux travaux alors que les organisateurs en attendaient le double. C’est incontestablement le signe d’un malaise.

Officiellement pourtant, ni schisme ni fracture mais la poursuite d’un processus initié au congrès de Lifou en 2013 qui doit être « poursuivi et accéléré ».

Il s’agit, pour être plus clair et comme l’a indiqué Daniel Goa en ouverture des travaux, de bâtir           « une vision partagée (…) du pays que nous envisageons de mettre en place » au lendemain d’un scrutin d’autodétermination dont le résultat serait favorable à l’émancipation de la Nouvelle-Calédonie.

C’est dans cette perspective que le président de l’Union calédonienne a d’ailleurs justifié son soutien à Philippe Germain : « Lorsqu’on fait le tour des dossiers dits fondamentaux pour nous et qui sont en attente de recueillir le nombre de suffrages nécessaires depuis des années puisque nos voix ne sont pas assez nombreuses, seule Calédonie ensemble nous rejoint sur certains d’entre eux. » Les choses sont dites on ne peut plus clairement.

Rassembler sur une vision

d’un pays indépendant  

La démarche annoncée à Ponérihouen s’articule en plusieurs phases. Dans un premier temps : unifier le FLNKS autour du projet d’assemblée référendaire d’ici le prochain congrès du Front indépendantiste programmé à la fin de l’année ou début 2016.

Ensuite le projet une fois entériné, il s’agira de convaincre les partis non indépendantistes et plus largement la société civile que ce projet est non seulement viable, mais qu’il est le seul qui puisse recueillir une large majorité à l’occasion du scrutin de 2018.

Et Daniel Goa pose les contours de ce projet : « Aujourd’hui, il ne s’agit pas d’être indépendantiste ou non. Consciemment ou non, tout le monde l’est devenu par nécessité (…) Il s’agit pour nous d’unir la Calédonie parce que le moment est venu pour elle d’être intronisée afin qu’elle prenne sa place dans le concert des nations. »

Pour parvenir à ce large consensus, « l’équipe de référents » de l’UC suggère de redéfinir les relations avec la France par le biais d’une assemblée référendaire.

Mais que l’on ne s’y trompe pas, ce projet qui envisage différemment les rapports et les obligations mutuelles vis-à-vis de l’ancienne puissance administrative ne font pas encore l’unanimité à l’Union calédonienne, moins encore au niveau des instances du FLNKS. Quant à convaincre une majorité de Calédoniens…

Car le dessein de Daniel Goa et de ses partisans reste évidemment l’accession du pays à sa pleine souveraineté. Viendra ensuite, mais ensuite seulement, l’organisation de cette indépendance au regard des différents dépendances qui seront imposées par les organisations internationales et régionales, les organismes financiers transnationaux, les organisations non gouvernementales, les multinationales  et évidemment la France en tant qu’ex-puissance coloniale.

Alors certes, la coquille change quelque peu d’apparence, la main reste tendue, mais la finalité de la démarche ne change pas.

Ce n’est pas demain la veille que les indépendantistes renonceront à ce qui fonde leur combat politique et ce qui constitue incontestablement leur fonds de commerce : placer les Kanaks au centre du dispositif puis, comme l’a rappelé Daniel Goa « rassembler les Calédoniens sur notre vision du pays indépendant ».

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