Le Fiaf veut faire reculer l’illettrisme en entreprise

Le Fonds interprofessionnel d’assurance formation a présenté un diagnostic sur l’illettrisme dans le milieu professionnel. Son enquête montre que le problème touche 61 à 77 % des entreprises, un véritable frein au développement pour les salariés et les sociétés qui risque de s’accroître avec les évolutions notamment technologiques. Un plan d’action est en train de se dessiner.

En 2013, une étude IVQ publiée par l’Institut de la statistique et des études économiques avait démontré que 18 % de la population calédonienne éprouvait des difficultés dans les domaines fondamentaux de l’écrit et 38 % dans la maîtrise du calcul. 65 % des personnes en situation d’illettrisme vivaient en province Sud, 24 % dans le Nord et 11 % aux Loyauté. 45 % des personnes concernées étaient des travailleurs. En 2017, le RSMA s’était aussi penché sur le sujet : il avait évalué que 39 % des jeunes volontaires rencontrés étaient en situation d’illettrisme.

Mais la question plus particulière de l’illettrisme au sein des entreprises calédoniennes n’avait jamais été traitée auparavant. Le Fiaf, dont le rôle est d’accompagner les employeurs du privé dans le développement des compétences de leurs salariés, en a fait une priorité. Pour pouvoir cibler ses actions, l’association a commandé une enquête sur le sujet (Improve Consulting). Elle illustre précisément l’ampleur du problème et doit servir à faire évoluer les choses dans l’intérêt des salariés et des chefs d’entreprise.

Un problème sociétal

Deux enquêtes ont été menées. La première sur le terrain, entre février et mars 2019, a concerné 74 entreprises dans les trois provinces et 6 703 salariés. La seconde a été effectuée via un questionnaire en ligne diffusée par le Medef- NC et la CPME-NC avec 85 réponses reçues. Dans les grandes lignes, on apprend qu’entre 61 et 77 % des entreprises sont touchées par des difficultés de compréhension des consignes écrites ou orales au sein de leurs effectifs. 77 % des sociétés déclarent par ailleurs n’avoir jamais été sensibilisées à la question et entre 85 et 95 % ne procèdent à aucune action de repérage. 55 % ne savent pas comment déceler les indices de l’illettrisme ou comment aborder le sujet avec une personne concernée. En clair, on connaît les problèmes, mais on vit avec.

La bonne nouvelle, c’est que 85 % des entreprises rencontrées souhaitent faire du combat contre l’illettrisme une priorité et 52 % sont prêtes à s’engager. En revanche, elles estiment en majorité que si les actions de repérage relèvent des dirigeants, des managers et des responsables RH, le sujet doit ensuite être traité par des organismes de formation externes ou des formateurs internes avec des formations spécifiques.

Un frein au développement

Pour Valérie Zaoui, présidente du Fiaf, il faut absolument lever le tabou sur ce sujet tout en évitant de stigmatiser. « L’illettrisme peut toucher toutes les catégories socio-professionnelles y compris les chefs d’entreprise […] Et il n’est pas synonyme d’absence de compétences. Nous souhaitons vraiment que tout le monde comprenne que c’est une difficulté à un instant donné, mais que rien n’est figé. Il faut dire les choses, oser le signaler pour qu’on améliore la situation ».

Il s’agit même, selon la présidente, d’un « devoir collectif » : les emplois ne nécessitant pas de savoir lire et ceux demandant peu de qualifications deviennent rares et les exigences du marché ne vont cesser de s’accroître avec les évolutions technologiques et organisationnelles. La maîtrise imparfaite de la communication écrite et orale risque ainsi de devenir de plus en plus handicapante. Sans compter les risques que ces difficultés posent en matière de sécurité. À noter, selon le Fiaf, que contrairement aux idées reçues, « la fonction publique n’est pas épargnée par le phénomène ».

L’association organise ce vendredi une conférence sur le sujet. Elle réunira les représentants des organisations syndicales et patronales, les élus des trois provinces et du gouvernement, le vice-rectorat, la délégation de l’Union européenne pour le Pacifique… L’idée est de parvenir à travailler ensemble autour d’une démarche commune. Le fonds a déjà commencé à former des formateurs, à informer les responsables des ressources humaines, les représentants des élus. Il dispose de différents outils comme des kits de communication ou de sensibilisation pour les entreprises ainsi qu’une plateforme collaborative en ligne sur le sujet (fiaflab.nc).

Le rapport du Fiaf sur l’illettrisme est disponible sur wwww.fiaflab.nc.


Définition

On parle d’illettrisme pour des personnes qui, après avoir été scolarisées, n’ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture, du calcul, des compétences de base pour être autonomes dans les situations simples de la vie courante. L’illettrisme ne doit pas être confondu avec l’analphabétisme qui désigne les personnes qui n’ont jamais été scolarisées.


Qu’est ce que le Fiaf ?

Le Fonds interprofessionnel d’assurance formation a été créé en octobre 2015 suite à un accord interprofessionnel entre les partenaires sociaux. C’est une association de loi 1901 gérée paritairement par les organisations patronales et salariales. Elle fonctionne jusqu’en 2020 en mode expérimental. L’objectif étant de mesurer et de valider la pertinence de l’existence du fonds pour les employeurs locaux.


Manque d’outils

Les entreprises s’adaptent déjà au quotidien. Les notions de sécurité en particulier doivent absolument être comprises par tous et l’on utilise ainsi souvent des pictogrammes. Les échanges d’informations et les comptes rendus se font facilement à l’oral. Certaines s’impliquent aussi pour aider leurs salariés même si elles font état d’un manque d’outils spécifiques pour faire progresser les personnes.

C.M.

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