Les Pays du Pacifique plaident pour un investissement massif dans les sciences océaniques

Les représentants des vingt- six États et territoires assurant la gouvernance de la CPS étaient réunis à Nouméa, la semaine dernière, à l’occasion de la onzième conférence de la Communauté du Pacifique qui avait pour thème : « Les sciences océaniques : un avenir durable pour le Pacifique bleu ».

La onzième conférence de la Communauté du Pacifique, organe directeur de la CPS, la plus grande organisation intergouvernementale de la région, a réuni, comme tous les deux ans, ses membres à Nouméa, Anse-Vata. Alors que les Nations unies ont proclamé la Décennie pour les sciences océaniques au service du développement durable pour 2021-2030 en lançant un appel à l’action sur cette question et que la COP25 s’annonce comme une COP « bleue », les leaders de notre région océanique ont affirmé qu’ils souhaitaient y jouer un rôle prépondérant.

Ils se sont officiellement engagés à établir une stratégie régionale pour la collecte de données scientifiques et souhaitent que la CPS joue un rôle central dans cette stratégie. Ils vont notamment œuvrer au développement du Centre de la Communauté du Pacifique pour les sciences océaniques (CCPSO), promouvoir la Plateforme de données océaniennes et demander aux bailleurs de fonds et partenaires d’investir plus massivement dans la recherche scientifique en vue d’évaluer ici les effets du changement climatique sur l’océan.

Aux premières loges

Toutes les interventions ont convergé : il faut que l’Océanie, seul « continent océanique » du monde, fasse œuvre de leadership dans cette décennie dédiée à l’océan, qui s’annonce comme l’une des plus importantes pour l’humanité. L’océan fait partie de notre identité, il nous nourrit et nous protège et nous avons plus intérêt que quiconque à ce qu’on le connaisse et le sécurise. Dans cette région à la fois très riche en ressources naturelles et se situant aux premières loges des effets du changement climatique, il constitue un immense laboratoire à ciel ouvert. Nous pourrions accueillir les scientifiques du monde entier et faire ainsi avancer cette cause capitale pour la planète.

Resituant les choses, les îles Salomon ont ainsi rappelé que l’océan absorbe 30 % des émissions de CO2 mondial dues aux activités humaines, que 80 % de nos populations vivent sur le littoral contre 40 % ailleurs, que nous possédons un quart des ressources halieutiques, mais aussi que les risques liés aux changements climatiques sont trois fois plus importants qu’ailleurs. Les coraux sont notamment massivement menacés d’extinction.

Dans son discours liminaire, le nouveau président de la CPS, le Premier ministre des îles Cook, Henry Puna, a qualifié nos pays « de grands États maritimes et non de petits pays océaniens ». Il a exprimé toute sa confiance dans les populations qu’il sait aptes et déterminées à construire un avenir durable pour la région. « Tous les peuples du Pacifique sont écologistes par nature. La conservation des océans fait partie de notre ADN. En protégeant nos espèces et nos écosystèmes, nous préservons aussi le patrimoine culturel qui nous a été transmis et que nous léguerons aux générations futures. »

Pour Fidji, les États océaniens sont même « dépositaires de la gestion des océans », liés ici à tous les aspects de la vie, et cette décennie doit être celle du « leadership océanien » avec l’opportunité d’une reconnaissance mondiale pour l’organisme qu’est la CPS. Le Vanuatu a aussi appelé les Océaniens à ne plus se positionner en tant que victimes, mais en tant que « responsables de l’océan ». La Nouvelle- Zélande a prévenu que « Moana » était « pleine d’amour », mais qu’elle pourrait aussi punir ses enfants « si nous ne nous occupons pas d’elle ».

Par la voix de Philippe Germain, la Nouvelle- Calédonie a fait état d’un « retard » en matière scientifique et d’une nécessité de « passer à la vitesse supérieure » en établissant une véritable stratégie en matière de recherche et en trouvant des financements.

Invité de la séance, le Fidjien Peter Thompson, envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour les océans, a estimé que les humains avaient trop longtemps négligé le cœur bleu de la planète. Il a évoqué les désastres du plastique, les 23 milliards de dollars de poissons pêchés illégalement chaque année se retrouvant dans nos assiettes, le gaz à effet de serre. Il a accusé publiquement les pays refusant de changer leurs pratiques « pour de l’argent », et appelé les Océaniens à « ne rien lâcher ». Il estime que le « génie humain » nous fera sortir de cette impasse. Pour Gilles Bœuf, biologiste, professeur à Sorbonne Université, autre invité, trois grands défauts ont mis l’humain dans cette voie : « l’imprévoyance, l’arrogance (surtout masculine) et la cupidité ». Il croit lui aussi en la résilience qui devra passer par une « réconciliation entre économie et écologie ».

Actions

Les pays de la région ont avancé ces dernières années en matière de protection de l’océan. Plusieurs ont interdit ou vont interdire prochainement l’usage du plastique à usage unique : Samoa, Vanuatu, Salomon, Nouvelle- Calédonie, Fidji, Palau…Le Vanuatu veut aller plus loin avec l’interdiction des couches jetables annoncée pour décembre. Les îles Cook ont instauré un « Marae Moana » sur la totalité de leur ZEE et ont établi un plan national de développement basé sur les ressources. La pêche au filet dérivant a été interdite aux Samoa et Fidji a interdit l’exploitation des fonds marins. À Palau, 80 % de la ZEE de l’archipel est fermée à la pêche commerciale.

La Nouvelle- Calédonie a son parc naturel et travaille sur la gestion du « patrimoine commun » avec l’Australie, le Vanuatu et la Papouasie Nouvelle-Guinée. Elle a aussi fait savoir qu’elle venait d’inscrire des crédits pour bâtir une « Cité de la connaissance » sur la biodiversité. Certains pays ont exprimé la volonté d’augmenter le nombre de sites reconnus au patrimoine mondial de l’Unesco.

L’Australie s’est focalisée sur la définition des limites maritimes et la sécurité des espaces. La ministre des Affaires étrangères, Marise Payne, a promis 3,5 millions de dollars supplémentaires pour aider la CPS à se pencher sur les risques liés aux limites maritimes en relation notamment avec les effets du changement climatique ce qui porte à 8,5 millions l’investissement du pays sur ce sujet. Les États-Unis participent de leur côté avec la NOAA à la cartographie des océans profonds, à la météorologie, et à l’observation des navires de pêches.

Pour la future stratégie, l’ensemble des États et territoires a justement évoqué la nécessité de cartographier les zones maritimes et côtières, d’explorer les fonds marins, de développer l’imagerie satellitaire. On comprend ici l’existence d’enjeux bien réels liés à l’exploitation des ressources halieutiques (potentiellement amenées à se tarir), mais également des ressources minérales encore mal connues et à fort potentiel. De nombreux pays de la région souhaitent visiblement développer l’exploration des sols et sous-sols marins pour définir ce potentiel, voire éventuellement bénéficier d’espaces prometteurs situés parfois dans des zones internationales et étendre, quand c’est possible, leur plateau continental à l’instar de ce qu’a fait la France. Il faut simplement espérer que demeure cette ambition louable portée par la CPS de mettre la science au service d’une « gestion durable » de l’océan…

C.M.

©M.D.

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