La Côte oubliée Woen Vùù – Pwa Pereeù devient parc naturel

L’assemblée de la province Sud a voté à l’unanimité, le vendredi 12 avril, le classement en réserve d’une partie de la Côte oubliée. Cette zone difficilement accessible, située entre Thio et Yaté, a récemment fait l’objet d’études naturalistes et présente une biodiversité extrêmement riche. Un gros travail reste à accomplir sur le plan de gestion du parc.

Rien que son nom est évocateur. La Côte oubliée est l’une des dernières zones terrestres préservées de la Nouvelle- Calédonie. De récentes missions scientifiques, notamment la « Planète revisitée » du Muséum d’histoire naturelle, ont été réalisées et ont permis de mettre au jour l’incroyable biodiversité de cette zone et les enjeux environnementaux importants qui lui sont liés. La zone abrite notamment la moitié des forêts humides du territoire ainsi que de nombreuses espèces endémiques peu ou pas encore connues. Les richesses sont également culturelles puisqu’il existe un patrimoine oral important ainsi que des sites archéologiques attestant de la présence humaine remontant à 1 500 ans.

La Côte oubliée a également attiré l’attention des mineurs. Les concessions minières y sont importantes, 238 titres ont été recensés et concernent la quasi-totalité des sociétés minières calédoniennes et une société est actuellement en exploitation au niveau de la Ouinné. Et si cet exploitant n’est pas menacé par le classement de la zone en parc, le monde minier le sera, puisque la décision implique l’annulation de 102 titres, soit 41,3 % du domaine de la Côte oubliée, représentant 6 % du domaine minier total de la Nouvelle-Calédonie. Aucun mineur n’a toutefois trouvé à redire à la volonté des élus provinciaux, selon Philippe Michel, exception faite de la SLN, qui a réclamé une indemnisation de deux milliards de francs à la province. Une demande d’indemnisation qui a été balayée par le président de l’institution.

Un plan de gestion d’ici la fin de l’année ?

Ce classement de la Côte oubliée Woen Vùù – Pwa Pereeù va porter à 17 % la superficie de la province Sud mise en réserve, soit l’équivalent des objectifs d’Aichi, un plan stratégique pour la biodiversité adopté en 2010 au Japon. Un classement qui ouvre également la porte à une demande d’inscription de la zone au patrimoine mondial de l’Unesco. Tous les élus se sont félicités de ce classement qui est le résultat d’une vingtaine d’années de « combats », comme l’a souligné Ithupane Tieoue, élue FLNKS-Palika. Depuis de nombreuses années, les populations locales tentent de limiter l’impact minier, au point que les maires de Thio et Yaté avait conclu une sorte d’accord en 1989. Les stigmates de la mine y sont toutefois assez importants puisque, selon le rapport, 13 500 hectares de sites dégradés ont été identifiés en raison de l’activité minière, de la prospection ou encore des feux.

Le classement ne vaut toutefois pas une mise sous cloche puisque la bande littorale n’est pas concernée (là où se trouve l’exploitation actuelle). La partie classée représente 93 000 hectares pour sa partie terrestre et 29 000 hectares pour sa partie marine. S’il est acquis que les activités extractives seront interdites dans les parties classées, les usages autorisés et interdits ne sont pas encore définis. Ils le seront dans le cadre de l’élaboration du plan de gestion. Pour accomplir ce travail, deux comités de pilotage devraient être réunis d’ici la fin de l’année et une enquête sur les usages des populations locales y sera présentée. Tout l’enjeu est de parvenir à préserver l’environnement tout en permettant aux populations très enclavées de cette zone de pouvoir bénéficier des retombées de la création du parc et en particuliers celles issues du tourisme.

Si le plan est encore loin d’être sur pied, il prévoit déjà l’obligation pour les mineurs de financer des opérations de réhabilitation, reste à en préciser les conditions. Tout comme les moyens de surveillance du parc, comme l’a souligné Philippe Michel qui a également insisté sur le travail de concertation autour de ce dossier. La création de ce parc a largement associé les aires coutumières, le Sénat coutumier et les habitants de la région.

M.D.

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