La colère gronde chez les patrons

À l’issue de son dernier comité exécutif, le Medef-NC a tenu une conférence de presse, vendredi 26 octobre, afin de donner ses positions sur différents sujets d’actualité. Le mouvement patronal est inquiet à plus d’un titre et l’attitude du gouvernement ne le rassure pas vraiment. Il a été décidé qu’aucune action ne serait conduite avant le référendum. Une fois le 4 novembre passé, une mobilisation des entreprises est à prévoir.

C’est l’effervescence dans les entreprises calédoniennes. Ces dernières semaines, le froid des chefs d’entreprise a été mis à rude épreuve avec l’instauration de la TGC. Du côté du Medef-NC, quatre comités exécutifs ont été organisés en trois semaines. La multiplication de ces réunions traduisent le sentiment que l’économie traverse une crise globale. Un sentiment qui tranche avec celui du gouvernement qui présentait, la veille, un bilan plutôt positif (lire par ailleurs). Pour le Medef- NC, « il y a un décalage entre l’autosatisfecit et la situation que vivent aujourd’hui les entrepreneurs ».

La taxe générale sur la consommation est bien évidemment au cœur des préoccupations, surtout depuis que le gouvernement a commencé à agiter le chiffon rouge en annonçant le début des sanctions. « Nous attendons plutôt un accompagnement qu’une menace de sanction, pointe Éric Durand, le porte-parole du mouvement. L’environnement économique est de plus en plus difficile et le gouvernement en rajoute avec la réglementation sur les prix qui est une difficulté supplémentaire. Il faut ajouter à cela la pagaille et l’émotion des consommateurs. On peut dire que cette réforme est ratée ! »

Premiers impacts sur l’emploi

Alors que l’instauration de la TGC remonte à peine à un mois, le bilan du Medef-NC est sans appel et son porte-parole prévient, « nous ne nous interdisons aucune action et aucune proposition », ajoute Éric Durand. Pas question d’en dévoiler plus, le Medef-NC préfère fourbir discrètement ses armes pour l’après-référendum. Selon les chefs d’entreprise, la TGC a déjà commencé à produire des effets délétères. Une enquête en interne est actuellement en cours afin d’avoir une idée générale des conséquences sur l’emploi. Mais d’ores et déjà, un groupe de la grande distribution a indiqué réduire ses effectifs de 15 %. Une agence d’intérim a fait remonter une baisse de 51 % de ses recrutements pour des équivalents temps plein dans le commerce entre 2017 et 2018. Pour les grossistes, on annonce que les pertes d’emploi pourraient être comprises entre 5 et 10 %.

Le Medef-NC est également particulièrement inquiet pour le commerce de brousse. Ces petites structures vont avoir bien du mal à mettre en œuvre la réglementation. Le Medef estime même que la réglementation va avoir l’effet inverse de celui recherché, à savoir, favoriser les positions dominantes au détriment de la concurrence. Éric Durand rappelle au passage que l’Autorité de la concurrence s’était prononcée plutôt défavorablement à la réglementation adoptée par le gouvernement.

« Dictature économique ? »

Autant d’éléments qui font s’interroger le porte- parole sur l’évolution de la Nouvelle-Calédonie. « Est-ce que nous ne sommes pas devenus une dictature économique ? On se demande pourquoi le gouvernement veut la mainmise sur un certain nombre de choses sans tenir compte des avis de l’Autorité de la concurrence. Le but non avoué du gouvernement est d’imposer une baisse des marges. » « Cette réglementation est malsaine et fausse le système », enfonce Catherine Wehbé, la directrice de l’organisation patronale.

Mais la crise ne concerne pas seulement le commerce. Les propositions du gouvernement pour sortir le secteur du bâtiment de la dépression n’ont pas vraiment convaincu. Le Medef-NC a rappelé les chiffres : 2 500 emplois supprimés sur les trois dernières années et un chiffre d’affaires en baisse de plus de 25 % entre 2017 et 2018. Les entreprises ont besoin de chantiers et les annonces laissent de marbre les acteurs du bâtiment qui n’ont de certitude que les 20 milliards de francs engagés en 2019. Pour assurer le maintien du secteur, les entreprises ont besoin de chantiers à hauteur de 80 à 90 milliards de francs. On est donc loin du compte.

La réforme des protections de marché est un autre dossier qui fait parler les chefs d’entreprise. Le mouvement patronal souligne l’importance de la production locale que l’on doit encourager. « Il faut faire attention, insiste Eric Durand, c’est l’industrie locale qui fait le plus de valeur ajoutée. Et ce sont bien les investissements de ces producteurs qui créent les emplois. Sans compter que chaque année, l’emploi représente 100 milliards de francs de cotisations sociales. »

M.D.

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